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ESSAIS

Espaces publics liminaires en contexte semi-autoritaire

6 juin 2014




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Peut-il exister des espaces publics dans des contextes semi-autoritaires ? Dans l’affirmative, comment prennent-ils forme, que signifient-ils, quelles sont leur utilité et leur portée ? Le continent africain est sans doute l’une des régions du monde où ces questions se posent avec le plus d’acuité. Pour tenter d’y répondre et d’identifier l’originalité des processus politiques et cognitifs en cours, cet article revient sur les principales transformations qui ont conduit, depuis les années 1990, à la multiplication et à la mutation des espaces publics dans une Afrique largement façonnée par la croissance des régimes semi-autoritaires.

En partant d’un tour d’horizon des recherches récentes, ce texte met en lumière les principales caractéristiques des espaces publics qui se déploient dans ces contextes. L’objectif est de voir comment, en dépit du fatalisme qu’elles engendrent lorsqu’elles ne sont pas porteuses d’alternative, les configurations institutionnelles qui façonnent la démocratie formelle affectent les régimes et stimulent, comme les mouvements de protestations en Afrique du Nord et en Afrique de l’Ouest le montre, des pratiques plus franches d’opposition, de résistance, de lutte, d’insubordination et de délibération.

Les chemins houleux de la démocratie

En Afrique subsaharienne, la décennie des années 1990 a été marquée par une vague de démocratisation sans précédent qui trouve son origine dans quatre facteurs : (1) la chute du mur de Berlin en 1989 qui signe la fin de la guerre froide ; (2) les multiples, vigoureux et contagieux mouvements de contestation au début des années 1990 qui débouchent, dans plusieurs pays, sur l’organisation de conférences nationales souveraines (Afrique du Sud, Bénin, Comores, Congo, Ethiopie, Gabon, Mali, Niger, Tchad, Togo, Zaïre) ; (3) l’échec des politiques menées par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international qui a conduit ces organismes à exiger non seulement un ajustement structurel sur le plan économique, mais aussi un « ajustement politique » comme condition d’obtention de l’aide ; enfin, (4) les pressions politiques internationales, dont le discours de la Baule constitue un illustre exemple, qui ont encouragé un engagement plus net vers la démocratisation.

La pluralité politique, le multipartisme, la liberté de la presse, des syndicats ou des organisations de la société civile ont accompagné, avec plus ou moins d’efficacité, la transformation des espaces politiques africains. Selon les « transitologues »[1], les « nouvelles démocraties » devaient s’affermir au rythme de l’instauration de la décentralisation et de la création d’espaces publics locaux faisant l’interface entre les associations dites de la société civile et les institutions démocratiques. La décentralisation est devenue un point central du modèle dit de la « bonne gouvernance » dont le respect conditionne l’obtention des fonds de l’aide au développement. Des réformes ont accéléré la mise en place d’une décentralisation politique et d’une déconcentration administrative dans certains pays, dans d’autres, elles ont affecté les processus en cours[2].

Depuis cette époque, on peut distinguer de manière schématique deux grandes orientations dans les trajectoires politiques des pays d’Afrique subsaharienne. La première est marquée par le renforcement de l’État de droit et par l’instauration de démocraties avec alternance. Les régimes de ces pays partagent les failles des démocraties d’autres continents (corruption, népotisme, populisme, difficulté d’assurer la séparation des pouvoirs…), mais sont loin des systèmes de parti unique qui avaient marqué les années 1970 et 1980. Le Bénin, le Ghana, la Namibie sont des nations qui connaissent régulièrement des alternances au sommet de l’État et au sein desquels il existe une véritable opposition lorsqu’un parti est au pouvoir.

La seconde orientation est celle du pluralisme de façade. Ici les réformes n’ont pas empêché les hommes de pouvoir de se maintenir et d’éviter l’alternance. C’est le chemin suivi par de nombreux pays sur le continent : Angola, Burkina Faso, Cameroun, Congo Brazzaville, Côte d’Ivoire, Gabon, Guinée Conakry, Guinée équatoriale, Mauritanie, Ouganda, Togo, Zimbabwe…[3]

Les politologues ont forgé des adjectifs explicites pour décrire cette nouvelle forme d’organisation politique qui fait suite à la vague de démocratisation : « autoritarisme électoral » (Schedler, 2006), « démocratie défectueuse » (Collier et Levitsky, 1997), « régime hybride » (Diamond, 2001 ; Carothers, 2002), « nouvel autoritarisme » (Diamond, Linz et Lipset, 1995 ; Brooker, 2000), « autoritarisme compétitif » (Levitisky et Way, 2002), « autocratie libéralisée » (Bratton, Mattes et Gyimah-Boadi, 2005). Par-delà les nuances qui distinguent les positions associées à ces terminologies, elles semblent se rejoindre dans la description de régimes qui partagent un même mode opératoire que j’appellerais, par convenance, « semi-autoritaire » (Ottaway, 2003).

Ces régimes, tout en affichant un respect des libertés politiques, en utilisant une rhétorique et des institutions formellement démocratiques, conservent des traits autoritaires plus ou moins marqués selon les circonstances et les équilibres internes et externes. Sans s’exposer aux risques de la pluralité et de la libre compétition, les gouvernants utilisent les nouvelles institutions pour se maintenir au pouvoir en disposant d’une légitimité qui satisfait les exigences des bailleurs de fonds et celles d’une partie, au moins, de l’opinion publique.

La démocratie et ses élections constituent une façade qui confère aux régimes leur légitimité sans les exposer au risque de la compétition. Ces régimes autorisent la liberté d’association et le pluralisme politique. Les médias libéralisés y façonnent un espace public mais, en même temps, des dispositifs non officiels (corruption, népotisme, violence, intimidation) rendent l’alternance politique pratiquement impossible. Les régimes semi-autoritaires sont, de part en part, traversés par une tension : pour exister ils doivent nourrir et rendre institutionnellement possibles les espérances politiques qu’ils cherchent à neutraliser. En d’autres termes, ils doivent permettre l’existence d’un espace public tout en limitant l’émanation d’un potentiel subversif au cœur de celui-ci. Ils doivent rendre la contestation possible, et même visible, sans qu’elle mette en péril leur hégémonie politique. Ils doivent poser les conditions formelles de l’alternance sans la rendre réalisable (Hilgers et Mazzocchetti, 2006).

Cependant, malgré le contrôle qu’exerce le pouvoir dans de tels régimes, les changements institutionnels façonnent une transformation des mentalités, une meilleure connaissance des mécanismes et des rouages politiques et, dans certains cas, de plus grandes velléités d’opposition et, donc, un potentiel subversif qui peut avoir des effets sur l’espace politique (André et Hilgers, 2009). La question est de savoir comment ces transformations institutionnelles (nouveaux pouvoirs locaux, élections, liberté d’association et de la presse…) rendent possibles et façonnent un espace imaginaire et pratique au sein duquel s’élabore une critique du pouvoir établi (Hilgers et Mazzocchetti, 2010). Sans apporter de réponses définitives, dans un tel contexte, l’observation de la transformation des espaces publics s’avère capitale pour comprendre la transformation des résistances et des luttes qui ont récemment marqué de nombreux régimes semi-autoritaires sur le continent. Ce texte est formulé comme un propos général, mais il est pour l’essentiel basé sur une connaissance livresque et de terrain des dynamiques politiques en Afrique de l’Ouest.

Les ambiguïtés de l’espace public

Dans le cadre d’une démocratisation revendiquée et imposée, la construction d’un espace public apparaît à la fois comme un enjeu national et, avec le processus de décentralisation, comme une nécessité locale (Olivier de Sardan, 1999). Reflétant les préoccupations des décennies 1990 et 2000, un certain nombre de recherches ont tenté d’analyser le statut de l’espace public en contexte semi-autoritaire.

Une grande partie de ces travaux met d’abord en doute l’adéquation de la notion d’espace public, forgée dans l’histoire des sciences sociales européennes, avec la réalité africaine (Laurent, 2002 ; Bidima, 2000 ; Jacob, 2002), et souligne les ambiguïtés d’une terminologie dont l’usage est croissant dans les discours sur la gouvernance et le développement (Le Bris, 1999 ; Leimdorfer, 1999). Ensuite, ces approches illustrent le caractère hybride de l’espace public dans les régimes semi-autoritaires. Pour nombre de spécialistes, cet espace s’avère « introuvable » (Olivier de Sardan, 1999) ou prend la forme d’un « trompe-l’œil » (Laurent, 2001). Les analyses de Pierre-Joseph Laurent résument bien cette position :

« La notion d'espace public semble se diluer dans une intention vertueuse, identifiée à "l’image officielle" qu'il convient d'afficher à l'adresse de partenaires occidentaux. Les structures démocratiques laissent apparaître leur nature hétéronome ; l'espace public ressemble alors à un trompe-l'œil, au sein duquel coexiste un double discours. Cet espace, au fonctionnement analogue à celui de la coopération, équivaudrait à un champ non isomorphe traversé par une dualité sémantique, dont l'ambiguïté entretenue devient la raison du dialogue entre l'État et ses bailleurs étrangers. Dans ce sens, l'espace public participe à la mise en spectacle de la démocratie, qui se réduit parfois à une sorte de "projet" ; ruse s'il en est, derrière laquelle se tiennent d'autres pratiques qu'il n'y a pas lieu de juger sur un plan moral, mais de décrire » (Laurent, 2000 : 170).

Cette caricature d’espace public est rendue possible par l’institutionnalisation de contre-pouvoirs, en partie factices, qui renforcent la façade démocratique. La mise en scène et l’ambiguïté donne au régime l’allure d’une démocratie en chemin qui nécessite un couteux soutien pour se consolider. Le politique se joue ici sur deux plans : le plan officiel, théâtre d’ombres à destination des bailleurs, et le plan officieux où se déploient les rapports politiques réels. L’espace public est décrit comme une notion importée qui appartient au langage de la bonne gouvernance pour laquelle il constitue le pivot de la démocratie participative. Il devrait incarner l’interface entre société civile et institutions démocratiques, mais, en réalité, il est confisqué et monopolisé par les élites. L’analyse cherche à mettre en évidence les stratégies d’élaboration d’un espace public qui vise à légitimer le pouvoir, à capter des ressources et à mettre à distance des groupes potentiellement critiques.

Malgré leur intérêt, et dans certains cas leur pertinence, ces analyses ne sont pas sans poser problème. Sur le plan empirique, le premier écueil est qu’elles se limitent au champ de la coopération au développement (Dahou, 2005). En outre, si elles dévoilent la part illusoire des espaces publics conçus pour satisfaire les bailleurs de fonds, elles demeurent aveugles face à la transformation des jugements et des catégories du jugement politique que ces nouveaux espaces instillent. Enfin, limiter l’analyse des espaces publics à leur facticité suppose a priori que la neutralisation systématique des formes d’opposition en contexte semi-autoritaire conduit à l’impossibilité d’une critique sociale réelle, sans même dire efficace.

Ces analyses ignorent, par exemple, les recherches qui soulignent l’accroissement généralisé des capacités critiques et qui cherchent à rendre compte de la perception populaire des réformes économiques et politiques (Bratton, Mattes et Gyimah-Boadi, 2005). Pour ces raisons, malgré toute leur qualité, elles demeurent incapables d’appréhender l’effet des transformations institutionnelles et, a fortiori, incapables d’établir si celles-ci peuvent ou non façonner, fusse de manière lente, progressive et parfois involontaire, une transformation des mentalités, une meilleure connaissance des mécanismes et des rouages, voire, dans certains cas, de plus grandes velléités d’opposition (Hilgers, Mazzocchetti, 2011).

À travers une approche quantitative, le projet Afrobarometer, initié aux États-Unis, cherche, en partie, à répondre à cette question[4]. Les travaux de Bratton et de son équipe tentent de briser certains préjugés en montrant à quel point, dans les pays sondés, les populations locales aspirent à la démocratie, les groupes minoritaires rejettent l’autoritarisme, ou encore, contrairement à ce qu’avance Huntington, qu’il n’y a pas un moindre intérêt pour la démocratie chez les musulmans. Les enquêtes mettent en évidence les sources d’informations politiques et économiques des populations sondées. Elles interrogent leur intérêt pour les discussions politiques et économiques, cherchent à établir les lieux où celles-ci se passent. Elles tentent d’établir si les citoyens se sentent libres d’exprimer leur opinion, si la presse leur apparaît libre, critique et capable d’examiner les activités du gouvernement. Selon Bratton, Mattes et Gyimah-Boadi, les résultats de l’Afrobarometer project permettent d’établir l’existence d’un véritable apprentissage au fil des scrutins et des réformes. La corrélation directe entre la connaissance des affaires politiques, des réformes économiques et le niveau d’éducation indique toutefois que ce niveau d’apprentissage est variable. Sans surprise, les personnes les plus éduquées sont les plus critiques. Une condition de possibilité de l’émergence d’un espace public réside dans la capacité critique des acteurs face à leur condition présente. En rendant compte de l’accroissement généralisé des capacités critiques, voire même de l’émergence d’acteurs critiques nouveaux, les enquêtes de l’Afrobarometer attesteraient de l’existence progressive mais effective d’espaces publics locaux et nationaux. Toutefois, ces conclusions s’avèrent difficiles à défendre sur la base exclusive des résultats de l’Afrobarometer project. En effet, elles supposent que l’opinion publique construite par les enquêtes par questionnaire reflète l’existence effective d’un espace public. Or, la réalisation de sondages d’opinion ne démontre ni l’existence d’un espace public ni celle d’une opinion publique.

Les moyens engagés dans l’Afrobarometer project sont considérables[5]. Au regard de budgets, peu communs pour des recherches en sciences humaines et sociales consacrées à l’Afrique, on peut légitimement s’interroger sur les ambitions parascientifiques de ces analyses des perceptions politiques. Le sondage d’opinion constitue ici une force politique dont l’un des objectifs est de soutenir l’idée qu’il existe effectivement une opinion publique et, corrélativement, un espace public. Fusse de manière performative à travers sa mise en forme, les forces latentes du projet font exister cette opinion publique. Au-delà des moyens mobilisés, cet artefact est problématique si l’on ne peut établir précisément à quoi il correspond dans les sociétés locales[6].

À travers la fiction d’une opinion publique, cette approche produit artificiellement l’image d’un espace public dynamique. En procédant de la sorte, l’un des objectifs implicite est de contribuer à faire exister un espace public dont la valeur augmente avec le nombre d’usagers : plus les enquêtes sont nombreuses, plus l’opinion publique reflète la société dans son ensemble, plus elle témoigne de la vigueur de l’espace public. Ce constat critique n’ignore pas pour autant la richesse des matériaux de l’Afrobarometer project. Outre la production de données sociologiques tout à fait utiles, la mise en lumière des mécanismes d’apprentissage des nouvelles configurations politiques, la comparaison entre la perception des performances du gouvernement et les attentes personnelles indiquent une réelle éducation par le vote et les élections. Néanmoins, le matériel empirique sur lequel repose ces analyses ne permet pas à lui seul d’établir une relation analytique claire entre opinion publique et espace public, ni même de démontrer l’existence d’une opinion publique ou d’expliquer comment s’opère la transformation des catégories de perception du politique.

Positionnées aux extrémités contraires de l’échiquier analytique, ces deux perspectives – l’approche socioanthropologique qualitative et l’approche politologique quantitative – se rejoignent dans le constat formulé précédemment : les régimes semi-autoritaires sont traversés par une tension entre la visibilité démocratique à laquelle ils sont contraints et la nécessité de refermer le jeu politique pour conserver le pouvoir. Cependant, leur portée heuristique s’avère insuffisante pour décrire précisément la transformation des mentalités induite par les changements institutionnels, les nouveaux espaces et les nouvelles potentialités politiques.

Prenant acte de ces limites, il semble d’autant plus important de se tourner vers les recherches, de plus en plus nombreuses, qui étudient les modalités délibératives hors des pouvoirs étatiques, les discussions relatives aux élections ou aux juridictions de proximité tout en proposant des inflexions, des usages et des réflexions sur l’application de notions plus en phase avec les réalités locales ou plus aptes à décrire leur transformation (Dahou, 2005 ; Leclerc-Olive, 2006 ; Holder, 2009). S’il n’y a pas d’école à proprement parler, les travaux n’en présentent pas moins des traits communs. D’abord, la nécessité de documenter empiriquement la transformation ou l’émergence de ces lieux de discussion et de délibération. Ensuite, l’importance de prendre en compte les transformations du cadre où ils se déploient (la croissance des médias, télévisions, radios, les transformations institutionnelles, l’importance des mouvements religieux…). Enfin, l’obligation de produire un vocabulaire théorique adapté.

Bon nombre de ces travaux montrent que malgré toutes ses limites, la décentralisation donne parfois l’opportunité aux populations de se tourner vers un pouvoir de proximité pour émettre leurs revendications. Elle a quelquefois conduit à la constitution d’enjeux communs et d’espaces de discussion dans les nouvelles agglomérations (Hilgers, 2009). Avec la décentralisation, malgré leurs différences et malgré leur opposition, les groupes qui composent les nouvelles municipalités partagent, d’une manière ou d’une autre, la conscience d’être liés à un destin commun. Leur perception de cet horizon collectif peut profondément différer.

Des débats peuvent naître et certains groupes peuvent être tentés d’investir la sphère publique et/ou politique pour faire valoir leur revendication. La comparaison d’études réalisées au niveau local indique par exemple qu’avec l’introduction du vote, dans certaines localités, les populations prennent davantage conscience de leur poids politique, des groupes majoritaires démographiquement mais minoritaires politiquement sont mieux représentés, et dans certaines municipalités, des maires ont été sanctionnés pour l’inefficacité de leur action (Banégas, 1998 ; Fay, Kone et Quiminal, 2006 ; Hahonou, 2008 ; Hilgers, 2008 ; Hilgers et Jacob, 2008).

Quels sont les rapports entre ces dynamiques politiques, les capacités de contestation et l’espace public ? D’abord, le fait que les nouvelles élections locales, mêmes si elles sont souvent sans surprise quant aux résultats, sont potentiellement porteuses de délibérations politiques. Dans tous les pays concernés (mais pas dans toutes les localités), l’instauration d’un nouveau pouvoir municipal élu a stimulé des compétitions politiques. En certains endroits, les transformations institutionnelles semblent avoir stimulé l’émergence de nouveaux espaces de discussion et dégagé des marges de manœuvre susceptibles de renforcer de manière substantielle la dynamique formelle de démocratisation.

Ensuite, la libéralisation politique et la progression du processus de décentralisation ont donné l’opportunité à des collectifs locaux structurés autour de régimes normatifs spécifiques, nourrissant des intérêts propres et exprimant des revendications, de participer à une politisation du monde commun et de renforcer leur incidence sur les institutions. La capacité à faire exister concrètement des espaces publics, à émettre des revendications collectives et à s’immiscer dans le jeu politique est directement liée à la structure, à l’organisation des collectivités et à leur expérience de mobilisations. C’est, peut-être, l’une des raisons pour laquelle les mouvements religieux ont tant d’importance dans les récentes transformations politiques en Afrique. Que ce soit par l’incitation à l’organisation de conférences nationales (Eboussi Boulaga, 1993 ; Bratton et Van de Waele, 1997 ; Banégas, 2003), par l’engagement parfois critique vis-à-vis des politiques mises en œuvre (Bratton, Gyimah-Boadi et Mattes, 2005), par l’implication dans les sphères politiques décentralisées, ou encore par l’investissement de l’espace public, parfois sous des modalités visant à le « délaïciser » ou à dissimuler le politique sous des enjeux religieux (André et Hilgers, 2009 ; Holder 2009 ; Sounaye, 2009). Ainsi ces mouvements religieux, parmi d’autres, parce qu’ils ne se limitent ni à la sphère privée ni à l’individu, constituent une ressource du politique et, par leur action, leur structure et leur influence, un élément constitutif de l’espace public (Holder 2009).

Enfin, le délestage des prérogatives de l’État engendre un réinvestissement de certaines communautés dans des problématiques publiques. Il est courant que des groupes prennent en charge la mise en place d’infrastructures éducatives, que des collectifs s’occupent de l’approvisionnement en eau potable, de la réfection de tronçons de route, que des associations fassent de la sensibilisation, créent des radios, organisent des formations.

Pour autant, si des groupes peuvent contribuer à (re)vitaliser l’espace public, leur action et les discussions qui touchent à l’avenir du collectif ne s’opèrent pas nécessairement, ou pas exclusivement, dans les lieux officiellement ouverts au débat. Toute l’ambiguïté étant que des discussions publiques prennent place dans des lieux semi-privés (mosquée, église) ou privés (cour, maison). Cela pose de nombreuses questions : notamment, celle de l’inégalité d’accès à l’espace public, celle de la construction sociale de l’intérêt pour la chose publique, celle d’établir qui participe, pourquoi et comment, ou encore celle de la dissociation entre discussion et décision, en d’autres termes, de la relation entre le pouvoir souverain et les discussions publiques.

Qu’est-ce que l’espace public dans un contexte semi-autoritaire ?

En partant de la description esquissée ci-dessus, on peut reprendre les questions formulées au début de ce texte : comment l’espace public prend-il forme dans un contexte semi-autoritaire ? Que signifie-t-il ? Quelles en sont l’utilité et la portée ? En guise d’éléments de réponses, je propose de mettre en lumières six caractéristiques principales des espaces publics en contexte semi-autoritaire.

La première est la dimension fonctionnelle de l’espace public officiel. Le pouvoir a besoin d’un espace public visible à l’intérieur et à l’extérieur du pays pour assurer sa légitimité. Cependant, au-delà de cet usage fonctionnel, les conditions de constitution de cet espace et de sa légalité impliquent nécessairement la possibilité que des groupes s’associent et discutent librement. Voilà pourquoi on ne peut assimiler l’espace public au seul domaine officiel construit à l’usage des bailleurs de fonds et largement sous contrôle du pouvoir. Les enjeux et les débats locaux, mais aussi les frustrations, les rancœurs, les désillusions et les protestations donnent naissance à des espaces de proximité qui deviennent des lieux privilégiés pour leur expression. Parce qu’ils sont en périphérie de l’espace officiel, souvent minimisés et marginalisés par le pouvoir, parce que leur modalité de fonctionnement est multiple et contradictoire, ces lieux constituent des formes liminaires d’espaces publics.

Voilà pourquoi, en contexte semi-autoritaire comme ailleurs, il n’y a pas un espace public uniforme et homogène. Il existe plutôt des espaces publics et ceux-ci ne sont pas toujours en relation entre eux. Il convient donc de distinguer l’espace public officiel des espaces publics liminaires[7]. Voilà pourquoi, enfin, les contextes semi-autoritaires invitent à une lecture des espaces publics qui se dégage de l’exacerbation des règles procédurales ou des seules descriptions phénoménologiques qui marquent les analyses académiques pour s’ancrer dans une approche praxéologique[8].

Le deuxième élément est à l’image des régimes. Ces espaces ne sont ni tout à fait ouverts ni tout à fait fermés (puisqu’ils sont publics). Leur degré d’aperture est déterminé par plusieurs facteurs. D’abord, l’espace public officiel et les espaces publics officieux sont soumis à deux principes de clôture, les droits d’accès, dont il faut s’acquitter, et les risques liés à la prise de parole. Le contenu de ces principes varie selon les lieux de leur application et selon la consistance plus ou moins autoritaire du régime. Ensuite, et ceci est plus directement lié au contexte semi-autoritaire, pour réguler la critique, le régime conserve la possibilité de limiter (couvre-feu, interdiction de rassemblement etc.), voire de fermer ces espaces et de les rouvrir lorsqu’il estime qu’une tempête risquant de le mettre en péril est passée.

Plus ces espaces gagnent en autonomie, plus l’exercice de la répression pour les contrôler doit être important. Moins ils sont susceptibles d’atteindre le régime, moins l’État a intérêt à chercher à les contrôler. En théorie, les débats sur des enjeux dépolitisés, c’est-à-dire des enjeux qui, dans les esprits, ne sont pas associés au mode de gestion du régime même s’ils ressortent du politique, comme le sida ou l’excision, ou sur des enjeux strictement locaux qui ne paraissent concerner les régimes que de manière très indirecte, sont plus libres. Cependant, lorsque ces débats émergent, ils font exister des espaces publics porteurs de ressources potentielles et sont très vite réinvestis et réappropriés par des proches du pouvoir[9].

Le troisième trait a déjà été évoqué : les nouvelles opportunités et les nouveaux espaces politiques sont appropriés de façon plus efficace par des groupes et des collectivités qui peuvent s’appuyer sur des ressources organisationnelles et normatives structurées (religieuses, coutumières, associatives). Ces collectivités exercent donc une incidence décisive sur la forme, la structuration et le contenu des débats et des discussions.

La quatrième caractéristique, dont les médias nationaux sont la plus vivante incarnation, est le contrôle de l’espace public officiel par le pouvoir et, par contraste, la liberté relative des espaces liminaires. Les espaces liminaires sont porteurs d’une vision critique. Les médias critiques, essentiellement une petite partie de la presse écrite, sont moins diffusée et doivent demeurer prudent. En même temps, des tracts anonymes sont diffusés et fleurissent en périodes de crises. Les espaces liminaires peuvent être investis par le pouvoir, mais ils ne le sont pas de façon systématique et, surtout, ils ne sont pas le fruit de sa création. Une pratique courante est de débaucher ceux qui les font exister et qui créent des poches subversives[10].

« L’ingestion » par le pouvoir d’intellectuels susceptibles de le critiquer, d’organiser et de diriger politiquement et idéologiquement les groupes protestataires demeure une méthode prisée. Le dévoiement du leadership des organisations populaires, des syndicats, des mouvements religieux, bref des contre-élites qui du fait de leur trajectoire et de leur position dans la structure sociale sont enclins à épouser la cause des dominés, constitue une stratégie particulièrement efficace (Bayart, 1989 ; André et Hilgers, 2009).

Ainsi, les débats ont un impact limité, ne concernent pas nécessairement tous les domaines de la vie sociale, ne sont pas accessibles à tous et ont souvent lieu hors des espaces officiels. Néanmoins, ils peuvent porter sur des domaines nouveaux et parfois s’organiser de manière novatrice. Enfin, de son côté, le parti dominant, par son pouvoir de captation d’élites hétérogènes, devient épisodiquement un lieu où se développent des débats contradictoires dont l’enjeu est souvent, in fine, d’accéder à la « mangeoire ».

Cinquième trait, corrélatif du précédent, dans un contexte semi-autoritaire l’espace public est un lieu de discussion plutôt qu’un lieu de décision. Cela se répercute sur les espoirs placés dans les effets du débat. Alors que différentes postions et différentes prises de positions peuvent être publiques, les véritables décisions sont souvent négociées de façon confidentielle. Par des mécanismes connus (cooptation, violence, intimidation), le pouvoir étouffe la pluralité qui s’exprime dans la discussion. Afin de décrire la réalité et non juste une fiction théorique, il faut considérer l’importance des dimensions « invisibles » du pouvoir dans les processus de délibération les plus publiques, et donc dissocier les espaces publics de l’illusion libérale de la transparence démocratique et du sens commun de la politique participative.

En Afrique, comme ailleurs ni plus ni moins, pour étudier les ressorts du politique, il faut aller bien au-delà des apparences, investir les réseaux et les lieux de décision. L’analyse des règles procédurales et de la raison discursive officielle ne permet pas d’accéder à tous les lieux du politique et ne permet pas non plus de saisir, d’expliquer et de comprendre les mécanismes qui régissent le fonctionnement des espaces publics. C’est pourquoi l’un des défis analytiques est d’identifier aujourd’hui la portée des espaces liminaires et, notamment, d’établir si la multiplication de la presse, des associations, des partis, l’émergence de nouveaux enjeux communs conduit à la transformation du langage, de l’expérience et des catégories de perception du politique.

La dernière caractéristique concerne précisément l’impact des espaces publics sur l’imaginaire politique et sur l’expérience. La vie sociale est construite à partir de valeurs implicitement et explicitement partagées (Dassetto, nd). Dans certains cas, ces valeurs sont débattues. Même lorsqu’un espace public officiel est établi pour intégrer l’appareil de domination d’un pouvoir semi-autoritaire afin de le stabiliser et d’éviter l’alternance, il induit des transformations dans les pratiques, les perceptions et les imaginaires.

Lorsque l’espace public officiel est saturé par la domination de l’autorité légale, les discussions se déplacent. Elles ont lieu ailleurs, peuvent parfois avoir un ton plus libre, prendre une tournure publique et rendre visible de nouvelles problématiques. Les espaces publics liminaires sont nombreux. On y discute des choix qui concernent une collectivité, un quartier, on y délibère parfois sur les manières dont on peut être représenté dans la municipalité, on y évalue épisodiquement les candidats aux élections locales. Ces échanges, ces représentations, ces pratiques participent à l’élaboration d’un espace de discussion à partir duquel s’élaborent des interprétations du monde social au sein duquel se retrouvent des groupes qui, malgré leurs différences et malgré leur opposition, partagent la conscience d’être liés à un destin commun.

En ce sens, ces espaces publics liminaires sont potentiellement porteurs de transformations sociales. En même temps, la captation des élites émergentes, la progressive constitution d’une classe moyenne supérieure située dans le giron du pouvoir, l’inamovibilité du sommet de l’État nourrissent une désillusion cynique qui contraste avec le dynamisme que peuvent connaître les débats sur des enjeux locaux. C’est le statut et l’effet de cette ambivalence sur la perception populaire du politique qui devront faire l’objet d’une analyse dans la durée.

Conclusion 

« La libération est d’abord libération dans l’imaginaire » (Balandier, 1971). Le paradoxe des régimes semi-autoritaires est que l’imaginaire trouve un espace abstrait de libération, mais que les transformations politiques concrètes, elles, demeurent limitées. Cette tension peut conduire au sentiment que le politique est un espace caractérisé par l’« absence de possible. » (Hilgers et Mazzocchetti, 2006)

Quel est dans ce cas le véritable potentiel de transformation sociale de ces configurations politiques ?

Au-delà de l’apparence et du simulacre que décrivent certaines analyses, l’observation de la multiplication et de la mutation des espaces publics suggère la possible existence d’une lente mais puissante transformation des modes de perception et de pratique du politique. Pourtant, ce constat doit d’emblée être nuancé, la généralisation des mécanismes de corruption, de captation et d’incorporation des contre-élites, de dissolution ou de minorisation des dissidences, la faiblesse en même temps que la force, l’omniprésence en même temps que l’absence de l’État, la consolidation des groupes dominants dans les semi-autoritarismes stabilisés limitent la portée des espaces publics et en font des zones d’ambivalence.

Pour des raisons liées à leur organisation institutionnelle, les régimes semi-autoritaires libèrent nécessairement des espaces de discussion au sein desquels s’élaborent des dynamiques politiques. Souvent le pouvoir les ignore, les marginalise, les réduit. Cette configuration sociale et politique produit des tensions. Ainsi, au Burkina Faso, des études quantitatives montrent que le nombre de protestations en milieux urbains a directement augmenté avec la progression de la décentralisation (Harsch, 2009). Dans d’autres pays, les marches de protestation – marches militaires, marches universitaires, marches contre la vie chère… – sont plus nombreuses, plus spontanées, plus violentes (Capitant, 2008). Elles font vivre un espace public oppositionnel dont un des paradoxes le plus marquant est qu’au moment où il secoue ces régimes, la dynamique politique, critique et démocratique qui s’y déploie peut les renforcer, les stabiliser et les légitimer au moins vis-à-vis de l’extérieur. Cependant, lorsque les tensions s’accroissent et qu’il s’avère incapable d’instrumentaliser la critique en la faisant passer pour l’expression d’une agitation normale en démocratie, qu’elles le conduisent à un point de non-retour, elles le contraignent à renforcer son pôle autoritaire pour se maintenir[11].

Les espaces publics liminaires constituent une voie d’émancipation pour des acteurs dont les capacités critiques ne cessent de croître. La liberté d’association, la multiplication de la presse, la pénétration de l’État dans des zones où il était absent, la multiplication des scrutins, le renforcement des enjeux locaux donnent chaque fois prétexte à de nouvelles discussions, à de nouvelles délibérations et, parfois, à de nouvelles manières de penser et de mettre en forme le bien commun et l’avenir collectif. C’est de ce paradoxe que relèvent les espaces publics liminaires. L’avenir nous dira si leur multiplication conduit à adoucir ou à renforcer les autoritarismes au visage démocratique.

En attendant, pour établir comment la reconnaissance des espaces publics liminaires et leur capacité à influencer l’État affectent les rapports à la chose publique et pour saisir comment les sociétés construisent leur devenir en tant que collectivité politique, il nous faut historiciser et décrire la transformation des rapports privé-public. On pourrait le faire en croisant deux axes d’analyse[12] : le premier établirait une typologie du continuum public-privé qui dépasse la dichotomie de la tradition philosophique occidentale pour mieux rendre compte de la variété et de la multiplicité des espaces publics[13] ; le deuxième décrirait les modes de régulation collective spécifiques à chacun de ces niveaux afin d’identifier par quels processus ils se construisent comme espaces collectifs. Une telle observation, menée sur la longue durée, permettra d’établir si l’on assiste à une réelle mutation des catégories de perception et des pratiques du politique et d’envisager le potentiel de transformation de ces changements sur les sociétés dans lesquels elles se déploient.

 

Notes


[1] La « transitologie » renvoie à un courant de recherches multidisciplinaires qui a tenté de formuler un corps d’hypothèses universels pour expliquer la transition de l’autoritarisme à la démocratie. Ces chercheurs ont eu un rôle important dans l’élaboration de recommandations institutionnelles formulées par les institutions internationales comme conditionnalités à l’obtention de financement.
 

[2] Il s’agit parfois, comme pour le Sénégal, de la troisième génération du processus de décentralisation.
 

[3] Il y a, bien entendu, des exceptions aux deux extrêmes de ces orientations, avec d’un côté des pays plus démocratiques – l’Afrique du Sud, le Botswana ou le Cap Vert – et des pays autocratiques tels que le Soudan, la Somalie ou le Swaziland, monarchie absolue sans parti d’opposition depuis 1968.
 

[4] Les données de l’Afrobarometer project, initié par Michael Bratton peu après les réformes ayant soutenu la vague de démocratisation des années quatre-vingt-dix, sont aujourd’hui utilisées dans un nombre considérable de recherches dans le monde anglo-saxon. En dépit des immenses biais épistémologiques propres aux enquêtes quantitatives, redoublés ici par la difficulté de les réaliser dans des contextes souvent peu propices, ces données ont permis de produire certains résultats intéressants. La base de données du projet, accessible sur internet, s’élève aujourd’hui à plus de 80 000 enquêtes par questionnaire, réalisées dans une vingtaine de pays, en français, en anglais et dans différentes langues locales. L’ouvrage Public Opinion, Democracy and Market in Africa, coécrit par Bratton, Mattes et Gyimah-Boadi (2005), propose une analyse générale des résultats.
 

[5] Plus de six millions huit cent mille dollars financés par la Banque mondiale mais aussi la Suède, le Danemark, la Hollande, l’Angleterre et les USA entre 2000 et 2010, et un total dépassant huit millions cinq cent mille dollars en considérant les financements indirects. Ce montant prend en compte les frais connexes finançant indirectement l’Afrobarometer : séminaire de formations aux enquêtes, enquêtes sur la perception de la démocratie et des réformes économiques dans différents pays….
 

[6] Habermas avait déjà noté qu’en supposant l’existence d’une opinion publique, la science politique recourt à une « fiction institutionnalisée (…) corrélative du public formé par les citoyens » mais qu’elle demeure en réalité incapable de l’ « identifier en tant que réelle immédiatement » (Habermas, 1986 ; p. 247). Dans le même ordre d’idée, les critiques de Bourdieu (1980) à l’encontre de la notion d’opinion publique peuvent être utilement rappelées ici : la production d’une opinion n’est pas à la portée de tous (que signifient dans ce cas ces statistiques ?), toutes les opinions ne se valent pas (le poids de ceux qui les posent n’est pas le même dans l’espace social), une même question posée à des individus différents induit le sentiment qu’il y a un consensus sur les problèmes identifiés (or ce n’est pas toujours le cas).
 

[7] Ce dernier terme, sans être pleinement adéquat, a le mérite de subsumer les qualifications multiples qui ont permis de décrire les espaces publics : espace public religieux, espace public oppositionnel, espace public périphérique, espace public officieux.
 

[8] On entend praxéologique (théorie de la pratique) au sens de Bourdieu (1972) et de Hilgers (2007).
 

[9] Comme le montre par exemple le versant officiel de la lutte contre le sida ou l’excision, avec la mobilisation des premières dames de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, Chantal Compaoré au Burkina Faso, Larba Tanja au Niger ou Mariama Mané Sanha en Guinée-Bissau.
 

[10] C’est le cas, par exemple, dans de nombreuses luttes étudiantes dont les « délégués » sont, par la suite, devenus des figures notables du régime.
 

[11] Le traitement télévisuel de la crise entre février et août 2011 au Burkina Faso était parfois un bel exemple de la tentative de normaliser la contestation. Ainsi, certains journaux parlés retraçaient l’histoire des mouvements de contestations populaires dans le pays depuis l’indépendance, réalisaient des reportages dans les quartiers dont la trame narrative s’apparentait au traitement médiatique des émeutes dans les banlieues françaises.
 

[12] Je reprends et adapte ici une proposition formulée par Felice Dassetto dans une longue, généreuse et stimulante réaction à une version antérieure de ce texte.
 

[13] À titre indicatif, préliminaire et sans exhaustivité : public étatique, public civil, public étatique privatisé, privé publicisé… variant selon l’espace (facial, non facial, matériel, immatériel) et la sociabilité (publique, en public mais privé, domestique, privée).
 



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