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CHRONIQUES

L’Europe et l’Amérique réussiront mieux ensemble que séparément

12 juillet 2014




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Le voyage du Président Obama en Europe est une occasion de s’inspirer de la vision qu’il présentait le 28 mai 2014 dans son discours de West Point, et d’élaborer un plan pour renouveler les relations transatlantiques. Cette colonne vertébrale de l’alliance des démocraties libérales du monde entier, pierre angulaire de l’ordre d’après-guerre, fait face à de nouveaux défis aujourd’hui.

Les réussites historiques de l’alliance transatlantique sont commémorées cette semaine à l’occasion du 70e anniversaire des débarquements du jour J. Nous avons libéré le continent européen du fascisme et du national-socialisme, l’avons défendu et protégé du communisme, et établi une architecture économique et de sécurité multilatérale qui a bénéficié au monde libre. Suite à l’effondrement de l’Union soviétique, les États-Unis et leurs partenaires européens se sont mis ensemble au travail pour étendre et soutenir la zone des démocraties libérales et mettre un terme aux conflits meurtriers aux marges de l’Europe dans les Balkans.

Cependant, les défis d’aujourd’hui prennent leur source dans de nouvelles dynamiques de la dernière décennie – les attentats du 11 Septembre et les menaces des réseaux terroristes, la guerre d’Irak de 2003 et ses conséquences, la première opération militaire de l’OTAN hors de sa zone en Afghanistan, et la crise financière mondiale de 2008. L’illusion que nous sommes arrivés à la fin de l’histoire a été définitivement brisée. Le triomphe inexorable de la démocratie libérale ne doit pas être tenu pour acquis – il exige un effort et une vigilance de tous les instants. 

Au cours des dernières années, cette alliance a souffert de négligence. L’élection du président Obama en 2008 a offert la possibilité de reformuler et redéfinir une relation mise à rude épreuve. Malheureusement, au cours de son premier mandat, les efforts déployés par le président Obama pour rééquilibrer les priorités en matière de sécurité globale des États-Unis – caractérisées par le “Pivot asiatique” – ont semé la confusion et l’insécurité parmi les partenaires essentiels au lieu de les rassurer et clarifier une nouvelle dimension de notre but. Ajoutons que la concentration de l’Europe sur la crise de ses dettes publiques et ses réflexions sur son propre avenir ont ouvert de plus en plus de fissures. Et tandis que notre alliance vacillait, d’autres régions du monde et des puissances émergentes, dont les valeurs et les modèles de gouvernance divergent des nôtres, ont continué de croître en importance géopolitique et économique. 

Pendant que la poussière des dernières élections européennes retombe et que la communauté transatlantique continue à lutter contre les nouvelles menaces posées par la Russie en Ukraine et au-delà, le moment est venu de prendre des mesures proactives pour revitaliser cette relation comme le fondement d’une alliance stratégique des démocraties libérales. Une alliance transatlantique rénovée reste essentielle pour garantir que nos valeurs prévalent sur la scène mondiale et que nos intérêts stratégiques et commerciaux sont protégés. Elle doit être construite autour de trois piliers communs : la sécurité, la prospérité et la diplomatie.

La sécurité commune : le sommet de l’OTAN à Bruxelles au début de cette année a réaffirmé les premières réactions de l’alliance à la Russie. Le prochain sommet, au pays de Galles en septembre, offre un moment important pour redéfinir son objectif à l’avenir. La semaine dernière, le Président Obama définissait sa vision d’une OTAN qui dépasse vraiment sa mentalité de guerre froide et remplisse de nouvelles missions tant à l’intérieur qu’au-delà des frontières européennes. Travailler à renforcer les États défaillants et affronter le terrorisme obligera l’OTAN à clarifier ses priorités, à répartir les charges plus équitablement, et à combiner ses moyens et sa vision stratégique. Les menaces grandissantes pour la sécurité en Libye sont l’un des tests les plus urgents à l’OTAN. La mission reste inachevée après une intervention audacieuse qui a renversé Kadhafi. Mais l’instabilité persistante en Libye constitue une menace pour la sécurité de l’Afrique du Nord et l’Europe du Sud. L’OTAN devrait redoubler d’efforts pour aider la Libye à lutter contre le terrorisme et à établir des institutions démocratiques qui fonctionnent.

La prospérité commune : l’année dernière, les États-Unis et l’Europe ont annoncé leur intention de la signer un Partenariat pour le Commerce et l’Investissement Transatlantique (PCIT) qui créerait le plus grand accord de libre-échange de l’histoire, représentant un tiers de la production économique mondiale. Le PCIT se trouve dans une passe difficile, les responsables européens et américains étant préoccupés par l’impact du récent succès de partis anti-establishment aux élections européennes et par la montée du populisme économique anti-commercial aux États-Unis. Nous devons dépasser ces différences et désaccords de politique intérieure, parce qu’il est évidemment dans l’intérêt commun de l’Europe et des États-Unis d’établir les normes régulatrices de l’économie mondiale du futur. A l’avenir, nos industries et nos services n’auront une croissance mondiale et ne donneront à la classe moyenne les emplois locaux pouvant contribuer à la lutte contre l’inégalité des revenus, que si nous sommes unis et travaillons plus dur à diffuser et faire respecter des normes communes dans le monde entier. 

La diplomatie commune : étant donné l’importance croissante de nouveaux forums globaux, comme le G20 et de nouvelles puissances mondiales comme le Brésil, l’Inde et la Chine, l’Europe et les États-Unis doivent identifier leurs intérêts communs et définir une stratégie politique et diplomatique partagée pour les défendre. Que nous souhaitions encourager les pays émergents à prendre plus de responsabilités dans la prospérité et la sécurité économique mondiale, ou à faire fonctionner plus efficacement les institutions de la gouvernance mondiale, une stratégie transatlantique est désormais indispensable. 

Comme l’a affirmé le président Obama la semaine dernière, « L’Amérique doit toujours avoir le premier rôle sur la scène mondiale ». Mais l’Europe et l’Amérique réussiront mieux ensemble que séparément. Nous devons piloter ensemble. Si nous ne le faisons pas, personne d’autre ne le fera. 

 

Matt Browne et Brian Katulis sont Senior Fellows au Center for American Progress.
 
Traduction française par Amudha Lingeswaran et Gérard Wormser.
 
 



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