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CRÉATIONS

La parole au commencement

8 février 2006

La parole, qu’est-ce que c’est ? Quoi ? Qui de la parole ? C’est la première question posée. Au commencement. Faire de la parole agissante pensée en pensant en écrivant comme en marchant... l’acheminement a lieu et trouve son rythme à la saison de l’hiver : le sol blanc craque sous chacun des pas.






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La parole, qu'est-ce que c'est ?

 

 

Quoi  ?

Qui de la parole ?

 

C'est la première question posée

 Au commencement

 

Faire de la parole agissante pensée en pensant en écrivant comme en marchant... l'acheminement a lieu et trouve son rythme à la saison de l'hiver : le sol blanc craque sous chacun des pas.

 

Posée ici en toutes lettres, la question a maintenant déposé le commencement. Maintenant est matérialisé, donc. Au point de cisaillement entre ici et maintenant, la question compose avec le temps et le lieu. Elle invite, suggère, entre-ouvre l'inauguration du temps dans le temps. Elle fait venir, et advenir. Où ? Quand ? Au commencement.

S'il y a ici la présence d'une saison, comme la marque d'un moment particulier, distinct, la date en revanche importe peu. Car voici aujourd'hui même, sur sa trajectoire effective, que cela faisant n'aura pas mis en chemin vers

L'INAUGURATION D'UN INSTANT

Certes, il y aurait non-sens à le prétendre. Aucun instant n'inaugure jamais, ne s'inaugure lui-même, comme seul un Maintenant pourra le faire. Le dit dans un éclair de temps ne saurait lancer de dynamique instauratrice suffisante, jusqu'à mettre en onde la cristallisation d'un réel commencement (mais est-ce une impuissance ? et s'il ne le voulait pas). A la seconde où il est dit, il se consume. C'est là son dire et c'est tout dire, qu'il soit ainsi. Qu'il passe pour passer, s'efface toujours en se disant, et n'apparaisse enfin qu'en disparaissance de soi. Il s'éclipse à chaque instant. Sans se ménager de place mais fusant d'un instant à l'autre, file déjà à l'instant suivant, toujours en fuite du précédent, il défile et repart vers le suivant... nulle part chez lui, ou plutôt jamais. Ou pas encore... c'est peut-être sa plus réelle vraie semblance. Certes. Alors, sur la ligne du temps tracée à même l'écriture, à la fin se pourrait-il que ces météores filant dans l'instant, les mots d'instance (mais voilà aussitôt ravalée la particule "inst-ance"), dissimulent en réserve une impulsion toute contraire, l'enclenchement à rebours d'un mouvement opposé dans l'apprêté désir d'une insistance temporelle encore à venir ? L'encre coule pour l'instant. L'écriture, elle, ne s'ancre pas encore.

 

Comme un feu s'éteint à peine allumé, fffffffffffffff...

aussitôt dit, le tracé du dire s'efface aussitôt dit aussitôt ffffffait..

 

La proférance-allumette du dire, c'est-à-dire lorsqu'il parle ainsi (par l'incandescence) une consistance voisine de celle des cendres, joue avec les mots comme avec le feu. Les mots d'écorce, ceux dont la sève est le sens, sont d'une teneur tout autre. Et encore autres, les diverses tenues et contenances de tant d'autres mots possibles. Que la matérialité du verbe détienne en promesse la puissance de multiples possibles se proffffféra à cette façon de songe... à l'instant.

 

Derrière la fenêtre voltigent des flocons dans l'air

 

 

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