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ESSAIS

Les medias entre les citoyens et le pouvoir

12 juillet 2006

Résumé : Est-il vrai, comme le soutient Ignacio Ramonet, directeur du Monde Diplomatique, que les médias, jadis sentinelles de la démocratie, soient devenus un problème pour les démocraties ? Le propos a été tenu sur l’île pittoresque de San Servolo, à Venise, lors du séminaire international "Les médias entre les citoyens et le pouvoir" organisé par The World Political Forum et la Province Éthique de Venise (23-24 juin 2006).
Riassunto : È vero, come sostiene Ignacio Ramonet, direttore di Le Monde Diplomatique, che i media da sentinelle della democrazia si sono trasformati nel problema delle democrazie ? Siamo nella suggestiva isola di San Servolo, a Venezia. Qui venerdì 23 giugno e sabato 24 si è svolto il seminario internazionale "I media tra i cittadini e il potere" organizzato da The World Political Forum insieme alla Provincia Etica di Venezia.






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Est-il vrai, comme le soutient Ignacio Ramonet, directeur du Monde Diplomatique, que les médias, jadis sentinelles de la démocratie, soient devenus un problème pour les démocraties ? Le propos a été tenu sur l'île pittoresque de San Servolo, à Venise, lors du séminaire international "Les médias entre les citoyens et le pouvoir" organisé par The World Political Forum et la Province Éthique de Venise (23-24 juin 2006). Il s'agit de lancer un projet qui entend restituer à Venise, par-delà sa fastueuse réputation touristique, une dimension de recherche culturelle internationale. Laura de Lucia Coletti, organisatrice de l'évènement, expose qu'il s'agit moins « de regarder le monde que de redécouvrir la potentiel de ces lieux : être un port, une porte ouverte au monde, entre Orient et Occident, pour un dédouanement des nouvelles marchandises : les informations ».

San Servolo peut devenir un point de référence, un espace symbolique et physique où rassembler et structurer les données, en synergie avec les organisations de journalistes, les universités régionales et les acteurs nationaux et internationaux. San Servolo se propose d'être un centre de documentation pour interroger le statut du système de l'information, entre ses tutelles structurelles et l'autonomie fonctionnelle de ses opérateurs, observant la relation entre les nouvelles technologies et la gouvernance, entre la démocratie et le droit à l'information, entre la concentration de la propriété des médias d'une part, les pouvoirs financiers et politiques d'autre part.

Cette petite île, d'à peine cinq hectares, a été un monastère pendant mille ans. Puis elle a accueilli les malades mentaux. En 1978, la réforme de la psychiatrie a conduit à la fermeture de l'hôpital qu'il s'agit désormais de convertir en un centre de recherche international qui relance le dialogue entre les cultures en exerçant un contrôle concret sur les moyens de communication. L'idée est née de la rencontre entre le World Political Forum, association fondée par Mikhail Gorbatchev, et le projet de la Province Éthique de Venise et elle s'est matérialisée lors d'une première rencontre (en octobre 2005) sur Éthique et communication.

Avec Mikhail Gorbatchev, on parle donc de Glasnost, de transparence, de démocratie vue comme une circulation plus vaste et limpide de l'information. La démocratie ne peut pas être circonscrite au pouvoir de la majorité. La démocratie est, au contraire, un moyen pour toutes les minorités d'être soutenues par le dialogue social et c'est donc un problème qui concerne la communication sociale.

Pour Gorbatchev, la politique est en retard par rapport aux changements sociaux, elle est en dette. Un retour de la politique s'impose parce que seuls les individus, comme citoyens, peuvent changer les choses. Ce n'est même pas seulement au nom de la démocratie, c'est surtout que la politique ne bouge pas et reste inerte sans cette implication civique. D'où l'importance des médias qui doivent mettre ces deux sphères en contact. En URSS, la Glasnost n'entendait pas seulement démonter l'appareil bureaucratique : elle voulait donner confiance aux gens pour faire en sorte qu'on ne se sente pas manipulé. C'est ce qui a mené, soutient Gorbatchev, du totalitarisme à la démocratie.

Le problème, c'est que les médias ne font pas que communiquer : ils créent aussi ces réalités télévisées et virtuelles qui font dire maintenant, sans hésitation, que qui n'apparaît pas dans les médias n'existe pas. Aux États-Unis, selon Gore Vidal, les médias sont et resteront au service du pouvoir. Ils mentent. Et lorsque l'on commence à mentir on n'arrête plus le mensonge. Le pays est géré par le mensonge. Informer signifie définir, montrer et assombrir la réalité. Ne parlons pas des États-Unis comme d'un modèle de démocratie : il n'en est pas un et ne l'a jamais été. C'est plutôt un régime totalitaire, dans lequel, toujours plus, tout, même la vie quotidienne de chaque citadin, est sous contrôle.

Aujourd'hui la politique est la politique des médias. Cela ne signifie cependant pas que les médias contrôlent les citoyens. Ils doivent conquérir le public en permanence, ils se concurrencent dans leur lutte pour l'audience, qu'ils mènent par tous les moyens à leur disposition. Selon le sociologue Manuel Castells, comme pour Gorbatchev, les institutions se sont éloignées de ceux qu'ils représentent. D'après les Nations Unies, 2/3 des citoyens du monde ne se sentent pas représenté par leurs gouvernements. Dans l'Union Européenne, cette distance entre les institutions et leurs représentants est évaluée à 61%. La démocratie formelle a perdu toute crédibilité. Nous sommes à la recherche de nouvelles formes de démocratie et dans ces nouvelles formes, les médias auront – comme cela a été réaffirmé à Venise – un rôle central et essentiel.

 

Traduit de l'italien par Giorgia Rossani

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