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CRÉATIONS

Baptême

Polémoscope 1

18 juin 2008

Forts de la conviction qu’il est une pensée au poème, en poème, nous avons proposé que la poésie dans sa présence de réflexion et de création trouve à Sens public une place originale, en ouvrant cette page ’Polémoscope’.

Polémoscope : l’étymon, ici, devrait parler. Il s’agit bien d’entretenir un rapport batailleur de la pensée du poète avec l’événement & de donner à lire sa vision propre, autre, d’une actualité à long terme dont s’emparent en paroles spécialistes et médias.
Polémoscope : il s’agit aussi d’une petite lunette de théâtre de la fin du 18e siècle, laquelle, par un jeu subtil de miroir interne, permettait de visionner ce qui se passait sur les côtés, dans les loges voisines, tout en faisant croire que l’attention était rivée à l’action se déroulant sur la scène...

Polémoscope 1 – "Si l’on pose que certaines innovations techniques et/ou formelles ont pu modifier au 20e siècle l’écriture du poème (de la typographie mallarméenne du Coup de dés aux mots en liberté des futuristes italiens, de l’enregistrement de la Ursonate de Schwitters au montage cut-up de W.S. Burroughs, des symphonies lettristes à la poésie concrète et sonore, etc.), envisagez-vous que l’outil informatique puisse à sa manière influencer, sinon votre conception, du moins le devenir de l’écriture du poème ?"

Nous avons invité cinq auteurs à répondre - Michel Deguy, Patrick Beurard-Valdoye, François Rannou, Pascale Auger, Daniel Pozner - en deux temps, par une réflexion d’une part et une création ouverte d’autre part.

Olivier Apert et Carole Dely






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MP3 - 1018.8 ko

Lecture à plusieurs voix : Sur l’arête de l’adieu

 

 

Polémoscope 1 : voir la présentation et le sommaire

 

Vidéo de François Rannou sur le site Plexus

 

"cou cueilli" (poésie en pdf)

 


 

pour Pierre Daguet, libraire


1. typographie dense champ vertical - sur l'écran caractères à son sec : rythme des syllabes ou voix sous les doigts

2. ne peux plus rien y voir : pensée coupée des lignes d'attaque ? coulée du papier mains plongées au fond livres noyés - parole vive (poésie ?) sous l'eau : tout reprendre

3. baptême à l'envers ? : sur l'écran les images sont désormais nos mots contre les images et les mots 

4. connaissance technique contre l'asservissement à la technique : rive noire qu'il faut creuser  ; debout : la pensée lève

partir de ces quelques notes : friches (expérience en cours)

pas de fétichisme : vieille technique va de pair souvent avec vieillerie poétique etc.

où sont les éditeurs « papier » de poésie ? doigts de la main rongés : lèpre !

marché florissant des livres autophages pressions économiques toutes puissantes : livre poids-mort

morte eau

librairies ? nostalgie d'un temps révolu (Nourritures terrestres de Rennes devenues sandwicherie : à la lettre ! claquement sec du mot pour mot d'une société qui lamine).

librairies ? lieux intimes seuls placés en sursis - et toute la médiocrité tapageuse du produit-office ruine l'énergie la valeur même du travail !

d'amont en aval : textes vivants sur internet : travail d'édition réelle : choix des caractères, mise en page, épreuves, corrections, choix, dialogues

éditer un livre « numérique » : textes « classiques » annotés, textes de recherche, textes en cours, œuvres difficiles : espace du poème visuel sonore voix et corps ancrés dans le livre déplié surface-profondeur

« livre numérique » ? livre ?

« à télécharger en format pdf... et à lire... sur écran ? » Oui mais

lire sur les liseuses électroniques (e-book et autres) qui bientôt seront aussi familières que les téléphones portables, lecteurs MP3, I-Phone...

DAMNED !!!!

« je préférerais un vrai livre, quoi, un livre fait avec du papier »...

pourquoi opposer l'un à l'autre ?

a) je télécharge le livre « numérique »... que j'emmène avec moi sur ma liseuse électronique, que je lis sur écran au pire... surtout que je ne peux trouver ailleurs car les bons éditeurs « papier » sont rares ! et en difficultés ! ne peuvent endiguer le flux de la création qui se fait là pressée, pressante, ébouriffante

b) je l'adresse par mail à un bon imprimeur qui travaille en « impression numérique », il réalise l'ouvrage à coût faible avec le papier que j'ai choisi : qualité, grammage, couverture, intérieur, tranche...

c) en 1 exemplaire... ou en autant d'exemplaires que je veux offrir ! passage de témoin...

d) je deviens comme jamais proche de ces « lettrés » (mais sans plus aucun élitisme ici d'ordre social) de la Renaissance qui faisaient imprimer selon leur choix tel ou tel ouvrage en prenant soin de décider de sa mise en œuvre « réelle »...

e) le libraire devient libraire imprimeur : il s'abonne au site de tel ou tel éditeur, a accès à tout le catalogue et choisit les livres qu'il veut imprimer : il les défendra mieux, participera de façon active et raisonnée, librement surtout, à un vrai « commerce » : lien profond !

f) plus de diffuseur, de distributeur : auteur-éditeur-libraire, trio majeur de résistance

g) libraire : lecteur : liberté de respirer ! piles de produits-office envahissantes écroulées, refusées, « grosse cavalerie » pour grandes surfaces du livre seulement... le libraire retrouve son vrai travail, sa véritable nécessité... et du plaisir !

h) c'est un autre métier : libraire !

i) résistance à l'économie de masse, alternative qui s'appuie sur les techniques nouvelles de médiatisation pour recréer un autre espace de liberté singulière, et économiquement viable 

j) Renaissance : du livre, de la pensée (morte), des paroles vivantes à tisser de proche en proche, toutes distances parcourues

k) Poète (c'est-à-dire : ethnologue, sociologue, philosophe, psychanalyste, médecin, savant, historien, géographe, politologue, artiste...) : l'espace du livre se délivre ! Voix-corps écrit-bougeant-scénographie intérieure du monde réel !

(J'écris ces mots avec un vieux stylo bic... je me souviens encore des réunions d'institueurs-trices dans l'angoisse qui était la leur : abandonner la plume Sergent-Major !!)


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