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CHRONIQUES

À propos de Tomas Tranströmer, Prix Nobel de littérature

Il trouve la profondeur dans la simplicité

20 novembre 2011




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Vendredi 7 octobre 2011

Nul doute que ce fut une académie très satisfaite qui tint sa réunion hier à 11h30 à la Bourse. Les académiciens présents (au nombre actuel de 15) prirent place dans la salle de réunion. Quinze points à l’ordre du jour dont l’un était le Prix Nobel de littérature. Ils savaient déjà ce qu’ils allaient bientôt communiquer au monde – et que le monde allait être ébranlé.

Tomas Tranströmer, nominé depuis au moins 20 ans, reçoit le Prix Nobel de littérature. Le huitième Suédois depuis la première remise du prix en 1901.

Une excellente nouvelle pour les poètes et les amoureux de poésie.

L’Académie était certainement très satisfaite d’avoir réussi à briser une double et longue malédiction avec le candidat de cette année. Aucun poète n’a eu le prix depuis la poétesse Wislawa Szymborska en 1996. Quatorze ans de cela, un record dans le contexte du Prix Nobel. Et de plus, aucun poète qui obtiendra ensuite le prix ne pourra dire ce qu’il devait à Tranströmer qui ne l’aurait pas eu. Seamus Heaney de même que Szymborska avaient ainsi embarrassé l’Académie suédoise de cette manière.

Mais il s’est passé quelque chose. Suite aux longues discussions liées au prix de Evyvind Johnson et de Harry Martinson, l’Académie suédoise a sciemment évité de donner le prix à des écrivains nordiques. Et dans un sens, on a institué le prix nordique (remis en 1986 pour la première fois) comme une sorte de prix de consolation. Tomas Tranströmer l’a reçu comme de nombreux autres écrivains nordiques célèbres. L’Académie a aussi laissé entendre que le quota pour les candidats suédois et nordiques avait déjà été plus ou moins rempli.

Mais chaque académie change avec sa nouvelle composition et c’est intéressant de voir comment les “vieux péchés” ont été expiés par l’Académie actuelle. Quand Horace Engdahl devient Secrétaire perpétuel en 1999, le prix est décerné à Günter Grass, et deux ans plus tard à VS Naipaul. Puis, après des années de dur labeur au service de la littérature pendant les années 2000 , le prix reviendra à Harold Pinter, Doris Lessing et Mario Vargas Llosa. Cinq nouveaux membres de l’Académie- la plupart de remarquables poètes - ont pris place durant cette période et la paralysie semble avoir disparu pour de bon.

Nous pouvons peut-être espérer une série de poètes uniques qui seront récompensés dans le futur.

La signification de Tomas Tranströmer comme poète et comme inspirateur est inestimable. Dans son premier recueil 17 dikter, il montrait déjà cette unique musicalité de la langue et cette sensibilité qui marquent tout ce qu’il a écrit depuis.

Il trouve la profondeur dans la simplicité.

C’est la richesse des images, du choix et de l’architecture des mots qui fait qu’autant de personnes y trouvent l’affirmation de leur propre monde et le redécouvrent comme nouveau – en Suède et ailleurs.

Félicitations, Tomas Tranströmer. Félicitations, la poésie.

 

Traduit du sudéois par Françoise Sule.

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