ET ALORS…

théorie des répressions*

 

vers 2400 avant 0 Sumer

2260 avant 0 Egypte

1750 avant 0 Mésopotamie

été 411 avant 0 Athènes et Samos

139/132 avant 0 Sicile

104/103 avant 0 Sicile

été 73 avant 0 / 71 avant 0 République romaine

132 / 9 avril 135 Judée

470 / 531 Perse

532 Constantinople Empire romain d’Orient

689 Mésopotamie

septembre 869 / 883 Marais du Bas-Irak

899  / 930 Ahsa Golfe Persique

997 Normandie

1056 / 1096 Milan Plaisance Crémone Florence

1358 France et Flandres

1381 Angleterre

24 février 1382 Rouen

1er mars 1382 Paris

1381/1384 Languedoc

1384/1389 Auvergne

1460 Catalogne

12 mai 1525 Böblingen Allemagne

février 1596 La Valette Malte

1593-95 / 1624 / 1635-37 / 1638-42 / 1643 / 1650 France

été 1675 Bretagne

20 novembre 1695 Brésil

1730/1733 Venezuela

mai 1775 France

10 mai 1795/ décembre 1796 Coro Venezuela

1798 Irlande

5/11 novembre 1811 Ile Bourbon (La Réunion)

27/29 juillet 1830 France

21/24 novembre 1831 Lyon

décembre 1833 Martinique

1836 Brésil

1837/38 Bas-Canada (Québec)

1848 / 1849 Lyon

18 mars / 28 mai 1871 Commune de Paris

1878 Nouvelle-Calédonie

22 janvier 1905 Saint-Pétersbourg

21 décembre 1907 Iquique Chili

5/12 janvier 1919 Berlin

7 août 1933 La Havane

1936 Espagne

août 1936 / 1939 Palestine

8 / 22 mai 1945 Sétif et Guelma Algérie

1946 Corée du Sud

7 janvier 1946 République Dominicaine

février 1946 Bombay (Mumbaï)

juin 1956 Poznan Pologne

1956 régions du Kham et de l’Ando Tibet

23 octobre 1956 Budapest

10 mars 1959, Lhassa, Tibet

19/29 avril 1960 Corée du Sud

décembre 1960 – janvier 1961 Belgique

17 octobre 1961 Paris

8 février 1962 Paris

29 octobre 1964 Bolivie

1965 Indonésie

24 juin 1967 mines de Catavi Bolivie

2 octobre 1968 Mexico

4 mars 1969 Puerto Montt Chili

16/17 décembre 1970 Gdynia Pologne

30 janvier 1972 Derry Grande-Bretagne

16 juin 1976 Soweto Afrique du Sud

24 juin 1976 Radom Pologne

29 avril/1er mai 1977 Addis Abeba Ethiopie

1er mai 1977 Istanbul

8 septembre 1978 Téhéran

19/20 avril 1980 Tizi Ouzou

18 / 27 mai 1980 Kwangju Corée du Sud

mars 1981 Pristina Kosovo

2 février 1982 Hama Syrie

août 1984 Sabokeng Afrique du Sud

6 / 8 octobre 1988 Alger

15 avril/4 juin 1989 Chine

9 février 1990 Niamey Niger

22 mars 1991 Bamako Mali

20/21 juillet 2001 Gênes

13 mai 2005 Andjan Ouzbekistan

2007 Birmanie

mars/juin 2008 Lhassa Tibet

11 novembre 2008 Tarnac France

29 septembre 2009 Conakry Guinée

31 mai 2010 eaux internationales Bande de Gaza

2010 / 2011 wikileaks

15 février 2011 Iran

17 mars 2011 Manama Bahrein

12 mai 2011 Athènes

2011 Tunisie

2011 Egypte

2011 Yemen

2011 Syrie

2011 Libye

 

 

frédéric dumond

 

 

 

 

* ce texte répertorie, à travers les époques et les continents — depuis que les faits sont consignés —, les  révoltes, soulèvements, rébellions… contre le pouvoir en place / manifestations en réaction à toutes formes d’oppression, qui éclatent en général quand le poids de la privation de libertés, et de toutes formes d’injustice sociale comme financière est devenu trop lourd à supporter.

 

cette théorie (suite/succession) de révoltes, qui ont duré un jour ou plusieurs années, ont toutes été réprimées avec violence. deux exceptions à cela, l’affaire wikileaks et celle des dix de Tarnac, où la répression s’est exercé et s’exerce avec les outils plus subtils (en tout cas moins sanglants)  du droit et de la communication, mais qui ont leur place dans cette théorie des répressions,

 

parce que l’enjeu y est de faire entendre ce qui est caché, ou déformé, par les autorités / cette pièce est de réunir un ensemble d’événements qui ont rompu le cours d’un régime, qui ont été autant de manifestations contre des formes d’oppression devenues, à un moment ou à un autre, insupportables.

une théorie des révoltes et de leur répression en écho à la manifestation  pacifique, organisée par le FLN à Paris, le 17 octobre 1961, qui s’est soldée par la mort de plus de 200 Algériens et Algériennes, tués par la police de Paris (aux ordres du préfet Papon) sans raison autre que la peur et le maintien du pouvoir.

à quelques exceptions près la théorie des révoltes et de leur répression qui forme cette pièce «et alors» pourrait tracer, à travers les siècles, les civilisations, les continents les contours (partiels) des logiques de la répression exercée par tout type de pouvoir contre ce qui le met en danger, de l’intérieur… / la question qui se poserait est celle d’une perpétuation des révoltes comme de leur échec à changer quoi que ce soit de manière durable (à peu de choses près). En somme, tant que… ouvriers et paysans, étudiants et employés, etc. s’en remettront à des représentants, quelque soit le degré de leur élection, pour exercer le pouvoir sur leurs vies, tout recommencera, sans doute…  mais «sei ruhig, es ist nur in gedacht» rassure Faust chez Goethe («sois tranquille, ce n’était qu’en pensée»)

 

ne sont pas pris en compte les exterminations de peuples entiers (Indiens, génocides, holocaustes,  guerres ; les révoltes libératrices contre le colonisateur ; pas plus que les assassinats ou la terreur perpétrés par un régime dictatorial, quelqu’en soit la nature (Argentine, Chili, Grèce, pays africains, Cuba, pays du bloc communiste pendant la Guerre froide, etc.) où la répression est d’emblée un élément de la prise de possession, de l’exercice du pouvoir, et de son maintien, et non pas une réponse à l’expression, révoltée ou non, d’un mécontentement ou désespoir populaire.

 

NB : il n’a pu être fait mention, cependant, des très nombreux soulèvements ponctuels (à l’échelle du village, ou de la ville) qui ont très souvent explosés, notamment en Europe, principalement aux moments des hausses d’impôts

 

 

 

INDEX

 

 

vers 2400 avant 0 Sumer

révolution sociale à Sumer contre les puissants et le clergé, qui renversa la dynastie d’Ur-Nanshé

 

 

2260 avant 0 Egypte

révolution sociale, violente et sanglante, contre les puissants : Pharaon et le clergé. Pharaon est destitué, le culte d’Osiris se répand sur l’ensemble du territoire. « Les riches se lamentent, les miséreux sont dans la joie et chaque ville dit : « laissez nous chasser les puissants de chez nous » écrit le scribe Ipouer. Crise de l’Etat («Soixante-dix rois en soixante-dix jours» écrira, des siècles plus tard, l’historien Manéthon dans son Histoire d’Egypte). cette période, qui coïncide avec les VIIe-Xe dynasties (vers 2180-1987 av. J.-C.), est appelée la Première Période Intermédiaire. les interdits religieux ne sont plus respectés, et la richesse change de mains. « La Sublime Salle de Justice, ses écritures sont enlevées, les places secrètes sont divulguées. Les formules magiques sont divulguées et deviennent inefficaces, parce que les hommes les ont dans leur mémoire. Les offices publics sont ouverts ; leurs déclarations (titres de propriété) sont enlevés (…) »

 

 

1750 avant 0 Mésopotamie

révolte sociale en Mésopotamie. le peuple ne peut rembourser les grains

ou l’argent empruntés, il s’enfonce dans l’endettement, et à la mort d’Hammourabi, malgré des mesures de remise de dettes prises par son fils, le roi Samsoullouna, le pays se soulève. le roi met 5 ans à mater la rebellion, mais perd le Sud de son royaume

 

 

été 411 avant 0 Athènes et Samos

révolte des marins de la Paralienne (croiseur rapide de la flotte Athénienne) contre l’oligarchie des 400 (régime autoritaire et non démocratique qui vient de prendre le pouvoir à Athènes). les marins de la flotte athénienne, dont ceux de la Paralienne, basés alors à Samos, se considèrent comme les véritables démocrates, et cherchent à contrer ou à renverser ce régime, par des mutineries et désobéissances aux ordres

 

 

139/132 avant 0 Sicile

première guerre servile. la révolte est motivée par l’extrême cruauté et dureté des propriétaires des esclaves de cette province romaine, véritable grenier à blé de Rome. la révolte part des esclaves de Damophile, maître particulièrement cruel, et est menée par Eunus. ils s’allient à d’autres esclaves, menés par Cléon de Cilicie, qui prête allégeance à Eunus. élu roi, Eunus prend le nom d’Antiochus et crée les bases d’un royaume d’esclave. au cours des ans, l’armée des esclaves compte de 60 000 à 200 000 hommes. les armées consulaires de Rome ont mis fin à cette révolte après sept année de massacres et de ravages. défaits et réduits à la famine, les esclaves seront crucifiés…

 

 

104/103 avant 0 Sicile

deuxième guerre servile, révolte d’esclaves dirigée par un ancien esclave oriental, Salvius Tryphon, qui voulut établir un royaume hellénistique dans le sud de la péninsule italienne. ses troupes d’esclaves furent rejointes par des paysans qui souffraient de la concurrence des grands domaines esclavagistes. la répression de la révolte fit environ 20 000 morts

 

 

été 73 avant 0 / 71 avant 0 République romaine

révolte de Spartacus, ou troisième guerre servile. Entre 70 et 78 esclaves gladiateurs de l’école de Lentulus Battialus s’enfuient, s’emparent d’armes et se réfugient sur les pentes du Vésuve, rejoints en route par des travailleurs agricoles, paysans et esclaves, des latifundia de Campanie. après avoir battu une armée de 3000 hommes, Spartacus rassemble de plus en plus de combattants. Rome le sous-estime, envoie plusieurs corps d’armée qu’il bat. en 71, il meurt au combat, alors que ses compagnons sont en déroute, vaincus finalement par les détachements de Crassus. terrible répression : 6000 esclaves sont crucifiés sur la via Appia entre Rome et Capoue, tandis que Pompée massacre 5000 autres esclaves en fuite dans le Nord de l’Italie

 

 

132 / 9 avril 135 Judée

révolte de Bar-Kochba. Chim’on Bar Kosiba organise une puissante rébellion contre les Romains, qu’il chasse de Jérusalem et de Judée. Hadrien réagit en envoyant douze légions pour écraser le soulèvement, rasant villes et villages de Judée, prenant la ville de Bétar où s’était installé Bar-Kochba, le 9 avril 135

 

 

470 / 531 Perse

révolution mazdakiste. Mazdak est le fondateur d’un mouvement religieux dérivé du manichéisme et/ou du mazdéisme. Outre l’aspect religieux, Mazdak prêchait aussi un nouvel ordre social, contre la société nobiliaire de l’empire sassanide, très hiérarchisée et divisée en classes. Mazdak prône un idéal pacifique, ouvre des hospices. on lui attribue aussi une volonté d’abolir la propriété privée, de destituer les prêtres et l’ensemble du clergé (il n’y a pas besoin de prêtres puisque les vrais religieux sont ceux qui ont compris l’univers qui les entoure et respectent les bons (sic) principes), et de confisquer les biens des riches. en 524/529, le mouvement a été puissamment persécuté, et décline alors, tout en survivant dans quelques zones reculées

 

 

532 Constantinople Empire romain d’Orient

révolte dite « Nika » contre Justinien. aux cris de «nika» (vainqueur), les insurgés (à l’occasion d’une course de chars, les deux équipes de chars s’affrontant, les verts (la plèbe) et les bleus (les patriciens)  s’allient pour destituer Justinien et son favori accusés d’autoritarisme et de malversation), brûlent Sainte-Sophie et marchent vers le palais impérial. si l’empereur songe à s’enfuir, l’impératrice Théodora prend les choses en main et fait envoyer la garde impériale sous le commandement de Bélisaire pour mater la révolte : plus de 30 000 personnes auraient alors été massacrées

 

 

689 Mésopotamie

révolte d’esclaves noirs employés à la construction de Bassorah, ou à l’assèchement des marais entre le Tigre et l’Euphrate, réprimée extrêmement violemment

 

 

septembre 869 / 883 Marais du Bas-Irak

grande révolte des Zendjs, ou Zandjs, esclaves originaires d’Afrique noire orientale (de l’Éthiopie, du Kenya, du Malawi, et surtout de Zanzibar, île d’où vient le nom Zanj), qui menace le grand empire arabo-persan de Bagdad. ils sont menés par Ali ben Mohammed surnommé «Sahib al-Zandj» (le maître des esclaves), poète à la cour du calife, qui se dit descendant du calife Ali et se présente comme le Mahdi, l’ultime envoyé de Dieu. sous sa conduite, les esclaves s’emparent des villes du Bas-Irak, mettent en déroute plusieurs armées. ils en arrivent à fonder un embryon d’État avec ses tribunaux et sa monnaie. le 7 septembre 871, ils prennent Bassorah, capitale du Bas-Irak. en 883 enfin, les armées du calife de Bagdad ont raison des rebelles. la révolte des Zendj aura en définitive fait de 500 000 à 2,5 millions de victimes ainsi que le rappelle l’historienne Catherine Coquery Vidrovitch (Le livre noir du colonialisme, page 649, Robert Laffont, 2003) Selon Runoko Rashidi, dans son «Histoire millénaire des Africains en Asie» : «les travailleurs Zanj extrayaient les couches arables et en évacuaient les tonnes de terre pour planter, dans la couche inférieure moins saline du sol, des cultures qui, à l’instar de la canne à sucre, requièrent un labeur intense. Avec pour toute nourriture de faibles portions de farine, de semoule et de dattes, ils étaient en conflit permanent avec le système esclavagiste irakien.» Ils se révolteront à trois reprises (entre le VIIe et le IXe siècle)  contre les traitements inhumains que leur font subir les Arabes

 

 

899  / 930 Ahsa Golfe Persique

des ouvriers, des pâtres et des esclaves se révoltent dans de nombreuses régions de l’Empire Arabe pour instaurer un régime plus juste. ils s’emparent des idées de Qarmat qui avait fondé, en 890, en Mésopotamie, une communauté politique et religieuse, les Qarmates. Partie des régions pauvres du Golfe Persique, la révolution triomphe dans l’Arabie Orientale et gagne de grandes parties de la Syrie, de la Mésopotamie et de l’Inde Septentrionale. Elle permet, en 899, aux Qarmates de fonder un état autonome à Ahsa, sur le Golfe Persique. rassemblant «les tendances protestataires de ces IXe/Xe siècles qui correspondent à un moment d’extrême développement commercial, industriel et urbain, regroupant en un mouvement d’ensemble les grèves, les crises sociales et les révoltes, le qarmatisme développe une doctrine originale, insistant sur la liberté individuelle, le rejet de la loi formelle de l’Islam et l’affirmation du caractère relatif de tout système de relations humaines» Après la mort de Qarmat, la révolution est détournée par des dirigeants ambitieux (dont Al-Mahdi, qui fondera sa propre dynastie, les Fatimides, en Afrique du Nord) et des fanatiques religieux. le mouvement s’effondre après avoir conquis La Mecque et transféré la «Pierre Noire» sacrée dans la capitale des Qarmates à Ahsa

 

 

997 Normandie

insurrection de paysans normands contre l’oppression seigneuriale, contre les abus, notamment sur la jouissance des eaux et des forêts. la révolte fut matée par Raoul d’Ivry, qui fit couper les pieds et les mains des meneurs

 

 

1056 / 1096 Milan Plaisance Crémone Florence

soulèvement des Patarins, insurrection populaire contre les abus des prélats catholiques, contre la richesse de l’Eglise et les prêtres mariés…

 

 

1358 France et Flandres

Grande Jacquerie : soulèvement paysan en Ile-de-France, Picardie, Champagne, Artois et Normandie pendant la Guerre de Cent ans, et menée par Guillaume Carlet. il eut lieu en même temps que des mouvements insurrectionnels dans les grandes villes des Flandres et que l’agitation menée à Paris par Etienne Marcel.  cette révolte se développe dans un contexte où la noblesse est discréditée après ses deux défaites à Crécy (1346) et Poitiers (1356), où les compagnies armées traversent le pays et le rançonnent, où la pression fiscale due à la demande de rançon pour libérer le roi s’accentue, où les paysans vendent mal leurs récoltes… la révolte fut matée dans le sang notamment par le comte de Foix ou Charles le Mauvais qui, lors du carnage de Mello, se distingua par nombre d’atrocités. Guillaume Carlet fut supplicié puis décapité

 

 

1381 Angleterre

révolte des paysans, ou révolte des travailleurs : plusieurs dizaines de milliers de paysans, revendiquant la fin du servage, ont pris Londres… début du soulèvement en Essex où les paysans se révoltent contre un collecteur d’impôts, et bientôt des bandes armées de villageois et d’habitants des bourgs attaquent châteaux et édifices religieux du Kent, du Suffolk, du Hertfordshire et du Norfolk. le 10 juin, de tout le pays, des troupes marchent sur Londres. ils sont 100 000 en arrivant sur Londres, et demandent audience à Richard II pour lui exposer leurs revendications : abolition du servage, abolition du privilège de chasse et de pêche de la noblesse. Richard II se réfugie dans la Tour de Londres, les troupes incendient, ouvrent les prisons, détruisent les registres administratifs. le 14 juin, ils prennent d’assaut la Tour, tuent l’archevêque de Canterbury mais le roi s’échappe et accepte les négociations. beaucoup de paysans alors retournent chez eux, croyant leur cause gagnée. les meneurs, Jack Straw, John Ball et Wat Tyler conservent cependant d’importantes forces dans la capitale. Richard II a entretemps réuni 8000 soldats, convoque Wat Tyler pour fixer les détails du traité, le fait tomber dans un piège, et le tue. la bataille entre les insurgés et les troupes royales commence, faisant 1500 morts parmi les paysans. de son côté le maire de Londres fait exécuter 151 rebelles. la révolte se termine par la défaite des derniers insurgés lors d’une bataille qui les oppose à l’évêque de Norwich, qui fit massacrer tous les prisonniers après leur avoir donné l’absolution

 

 

24 février 1382 Rouen

harelle de Rouen (de  la « clameur de haro », forme de protestation judiciaire prévue par la coutume normande) : révolte qui éclate dans cette ville quand le peuple apprend le rétablissement des contributions indirectes sur les marchandises (notamment vin et sel). environ deux cents ouvriers « mécaniques », du textile surtout, se rassemblent autour de l’Hôtel de ville, où ils actionnent une des cloches du beffroi, puis commencent un carnaval : ils se choisissent un « roi », Jean le Gras, marchand drapier, qui préside malgré lui cette mascarade. Mais cela se transforme vite en émeute, les prisons sont ouvertes et, pendant trois jours les émeutiers pillent les demeures des notables, des officiers du roi et des riches bourgeois, le chapitre de la cathédrale, etc. la rebellion se mue en révolte sociale contre les riches, mettant même en cause certains titres féodaux qu’on lacère à Saint-Ouen. Charles VI réprime avec dureté cette révolte fin mars, faisant décapiter six des meneurs, augmentant les impôts de la ville, supprimant la commune et exigeant une lourde amende, supprimant les privilèges des Rouennais sur la Basse Seine

 

 

1er mars 1382 Paris

révolte des Maillotins contre la pression fiscale qui a considérablement augmenté sous la régence des oncles du jeune roi Charles VI (12 ans) : Louis d’Anjou, Jean de Berry, Louis de Bourbon et Philippe II de Bourgogne en profitent pour s’enrichir.  les Parisiens se révoltent, prennent les armes, notamment des maillets de plomb (d’où le nom de ce soulèvement) à l’Hôtel de Ville, se livrent au pillage, tuent des collecteurs d’impôts. la répression ne se fait pas attendre, les meneurs sont décapités ou pendus sans procès, la loi martiale est déclarée.

 

 

1381/1384 Languedoc

1384/1389 Auvergne

révolte des Tuchins contre les prélèvements fiscaux et la présence des mercenaires royaux sur le territoire.  elle est composée de bandes armées de paysans et d’artisans, et même soutenue par de grands seigneurs et des bourgeois. elle est une des révoltes qui a le plus menacé l’autorité royale, s’étendant au Velay, au Rouergue, à partir du languedoc, soit près d’un tiers du royaume de France

 

 

1460 Catalogne

mouvement des Remensas, révolte des paysans contre les traitements abusifs des seigneurs. «remensa» désigne le tribut à payer par le paysan pour quitter les terres du seigneur (en cette période de grande faiblesse démographique, famine et épidémies, les seigneurs veulent attacher les paysans à leur terre). la Catalogne est très touchée par la crise agricole, et c’est là que naît le Syndicat des Remensas, qui revendique la fin de l’asservissement et des «mauvais usages seigneuriaux»

 

 

12 mai 1525 Böblingen Allemagne

un des épisodes les plus sanglants de la guerre des Paysans : 15 000 paysans du Wurtemberg, de la Forêt-Noire et de l’Hegau furent massacrés par les chevaliers de la ligue de Souabe, menés par George III, écuyer «tranchant» de Waldburg

 

 

février 1596 La Valette Malte

révolte d’esclaves (presque entièrement occultée par les archives)

 

 

1593-95 / 1624 / 1635-37 / 1638-42 / 1643 / 1650 France

révoltes populaires des Croquants, la plupart du temps contre la pression fiscale. le peuple désignait la noblesse sous ce terme de croquants (croquer le peuple), terme que les nobles ont retourné sur la paysannerie. en 1624 dans le Quercy, entre 5000 et 16 000 hommes, révoltés contre la fin de l’exemption de la gabelle, prennent les armes et brûlent les domaines des collecteurs d’impôts. ils sont défaits à Cahors sans combat par l’armée de Richelieu, les meneurs sont exécutés / en 1635-37, émeutes en Guyenne (dans un contexte de hausse des impôts liée à la guerre contre l’Espagne) dont La Mothe de la Forêt, un gentilhomme, prend la tête. la révolte est matée le 1er juin 1637, un millier de croquants sont morts. le reste est amnistié / en 1643, les paysans du Rouergue se soulèvent, menés par Bernard Calmels, parviennent à arracher une décharge des tailles (impôt direct) pour le Rouergue, puis sont défaits par les troupes de Mazarin / en 1707 en Quercy, révolte de paysans contre la nouvelle taxation des mariages et baptêmes

 

 

été 1675 Bretagne

soulèvement dit «des  bonnets rouges», ou «du papier timbré» : une partie de la Bretagne se révolte contre Louis XIV. révolte citoyenne, antiseigneuriale, et antifiscale. de nouveaux impôts ont été décidés par Colbert pour financer la guerre contre les Provinces Unies (notamment Hollande) : gabelle, nouvelle taxe sur les objets en étain, papier timbré, monopole du tabac. les Etats Généraux de Bretagne ont refusé ces nouvelles impositions, et les premières émeutes ont débuté à Rennes en avril, où la population détruit les presses du parlement. Nantes, Saint-Malo se soulèvent à leur tour, puis la révolte gagne les campagnes. révoltes de la pauvreté d’une population écrasée par les taxes royales et locales. c’est dans ce contexte de révolte que naquît le code paysan : les paysans bretons y inscrivirent toutes leurs revendications de justice et antifiscales (comme la fin du champart qui pouvait être vue comme la revendication la plus radicale car le champart était alors la principale source de revenus de seigneurs bretons). ce code paysan (appelé aussi code «pessovat», «ce qui est bon» en breton) peut être vu comme une des origines des revendications établies dans les cahiers de doléance de 1789. pendant tout l’été 1675, les émeutes se succédèrent, notamment au centre Bretagne, là où les paysans étaient les plus pauvres : les villes de Pontivy et Carhaix furent saccagées et pillées, les agents du fisc, représentants de l’Etat, et les prêtres, alors symboles de la gabelle, devinrent les cibles des révoltés. fort de 30 000 hommes, le chef des bonnets Rouges, Sébastien ar Balp, s’apprêtait à l’insurrection générale quand il fut assassiné par le marquis de Montgaillard, alors son prisonnier. avec la mort de le Balp, l’insurrection, sans chef, fut rapidement réprimée par le duc de Chaulnes à qui Louis XIV octroya 6000 hommes pour rétablir l’ordre. les tortures et pendaisons se multiplièrent, notamment à Combrit où l’on put compter jusqu’à quatorze pendus sur le même arbre. les clochers qui avaient sonné le tocsin de la révolte furent détruits. Louis XIV ordonna le transfert du Parlement à Vannes pour une durée de quinze ans et imposa à la Bretagne le paiement de 3 millions de livres au trésor de guerre

 

 

20 novembre 1695 Brésil

mort au combat du roi Zumbi, qui marque la fin de la république libre noire de Palmares. beaucoup d’esclaves fuyaient les plantations, les mauvais traitements et les humiliations, et se réfugiaient dans les quilombos (mot Ki-Mbundu signifiant république) cachés au c?ur des forêts. chaque quilombo était inspiré, avec état et armée, de structures sociales africaines, et était révolutionnaire, par son existence même, à l’encontre des structures esclavagistes. le plus important d’entre eux fut celui de Palmares qui a duré un siècle et s’étendait sur 400 km2, véritable état indépendant au sein de la domination portugaise

 

 

1730/1733 Venezuela

rebellion de l’esclave Andresote au Vénézuela. Zambo Andresote est un ancien esclave métis qui s’est échappé de l’hacienda qui le possédait, et qui a organisé un soulèvement contre l’Empire espagnol et son monopole du commerce via La Real Compania de Caracas. il a organisé une contrebande avec les navires hollandais, ayant réuni une troupe de petits paysans blancs, d’Amérindiens, de métis et de Noirs. la Hollande, d’ailleurs, a soutenu financièrement la révolte. le 26 janvier 1732, il a vaincu un corps expéditionnaire de 250 soldats espagnols. mais l’armée espagnole revint en janvier 1733, et défit les troupes d’Andresote, qui s’enfuit à Curaçao

 

 

mai 1775 France

au début de 1775, le prix du pain renchérit ; les menaces de disette affolent la population. on accuse les accapareurs, mais aussi l’édit de Turgot. en avril, une émeute éclate à Dijon. l’agitation se propage en Picardie et en Île-de-France. des bandes se constituent, composées de malheureux affamés, de voleurs et de meneurs douteux. cette « armée de Jean Farine » (appelée ainsi par dérision) pille, saccage les fermes, les moulins, les marchés, les entrepôts et les boutiques, arrête les bateaux sur le fleuve et jette à l’eau les chargements de blé ou de farine. le 2 mai, les émeutiers pénètrent dans la cour du château de Versailles ; le 3, ils prennent d’assaut les Halles de Paris, volent le pain dans les boulangeries et le jettent sur le pavé. les troupes sont appelées ; à la fin de mai, les 25 000 hommes du maréchal de Biron liquident la rebellion

 

 

10 mai 1795/ décembre 1796 Coro Venezuela

la Rebellion de José Leonardo Chirino, soulèvement de Noirs et de Métis de Coro, qui ont proclamé la République, la liberté pour les esclaves et la suppression ou la diminution des impôts. les insurgés, armés, se livrèrent à des pillages. la répression ne tarda pas, avec l’exécution des troupes et la condamnation à mort du meneur Chirino

 

 

1798 Irlande

la Grande rebellion irlandaise : soulèvement révolutionnaire de grande ampleur contre le Royaume de Grande-Bretagne. elle a été menée par les Irlandais Unis, groupe révolutionnaire et républicain influencé par les idées des révolutions américaine et française. une sévère répression (entre 25 000 et 30 000 morts) y mit fin, accompagnée de déportations vers l’Australie, et d’une très forte émigration vers les Etats-Unis

 

 

5/11 novembre 1811 Ile Bourbon (La Réunion)

révolte d’esclaves de Saint-Leu, très violemment réprimée par les Britanniques (alors maîtres de ce que l’on appelait à l’époque l’île Bourbon). les plantations de caféiers, détruits par de très forts cyclones, ont été remplacés après 1807 par la canne à sucre plus robuste. la destruction a entraîné une crise économique, réduisant encore les dépenses des propriétaires, et notamment vis-à-vis des esclaves.  en outre, les conditions de travail dans les champs de canne à sucre étaient bien plus durs qu’au temps des caféiers : les rapports maîtres esclaves se sont donc durcis, et les esclaves craignirent moins leurs propriétaires après la victoire des  Anglais. et la nuit du 5 novembre la révolte débuta, menée par Jean, puis par trois frères Elie, Gilles et Prudent. le 11 novembre, les révoltés tombèrent dans une embuscade. bilan : 20 morts ce jour-là,  30 condamnations à mort. Saint-Leu vendra ensuite ses esclaves pour construire ses écoles…

 

 

27/29 juillet 1830 France

les Trois Glorieuses : Charles X tente un coup de force constitutionnel. par les ordonnances de Saint-Cloud, le 26 juillet, il supprime la liberté de la presse, dissout à nouveau la chambre des Députés, reporte les élections, et modifie les conditions du cens électoral. la population, à la suite des journalistes et des députés «de gauche», s’insurge. à Paris des barricades sont dressées le 27 au soir, les premiers morts tombent sous les balles de l’armée.  le 28 au matin, tout le Nord et l’Est sont hérissés de barricades, les 10 000 insurgés pillent les armureries, en fin de matinée ils occupent l’Hôtel de Ville… le 29, des régiments passent à la révolution, ce qui entraîne l’effondrement du dispositif militaire mis en place par Marmont. dans la soirée, l’insurrection a le contrôle de Paris, et l’armée s’est repliée au-delà de l’Etoile. le 30 la bourgeoisie reprend à son compte la révolution populaire, et met en place la monarchie constitutionnelle avec Louis-Philippe. les combats ont fait 800 morts chez les insurgés

 

 

21/24 novembre 1831 Lyon

première révolte des Canuts. ces ouvriers tisserands prennent possession de la caserne du Bon Pasteur, pillent les armureries, et se rendent maître de la ville, qui est évacuée par les autorités. au terme d’une rude bataille – environ 600 victimes dont quelque 100 morts et 263 blessés côté militaire, et 69 morts et 140 blessés côté civil –, les ouvriers occupent l’Hôtel de Ville, et tentent un gouvernement insurrectionnel. mais les autorités reprennent le contrôle de la ville à partir du 3 décembre 1831. une armée de 26 000 hommes, 150 canons commandée par le fils du roi et le maréchal Soult, entre dans Lyon et mate dans le calme la rébellion : 90 ouvriers arrêtés, 11 condamnés, finalement acquittés en 1832

 

 

décembre 1833 Martinique

révolte de la Grande Anse, soutenue par la ville de Marigot

 

 

9 / 15 avril 1834 Lyon

seconde insurrection des Canuts. le 9 avril marque le début de la « Sanglante semaine ». les casernes de la ville sont prises par les ouvriers, le drapeau noir flotte sur Fourvière, Saint-Nizier et l’Antiquaille. mais le 11 avril le quartier de la Croix-Rousse est bombardé par la troupe qui a reçu des renforts, et massacre tous les habitants de l’immeuble de la rue Transnonain. le 14 avril 1834, l’armée reconquiert progressivement la ville et attaque pour la troisième fois le quartier de la Croix-Rousse, massacrant de nombreux ouvriers. le 15 avril 1834, la répression vient à bout de la deuxième grande insurrection des Canuts : plus de 600 victimes sont à nouveau à déplorer. 10 000 insurgés faits prisonniers seront jugés dans un « procès monstre » à Paris en avril 1835, et condamnés à la déportation ou à de lourdes peines de prison

 

 

1836 Brésil

révolte des Malês, esclaves islamisés. cette révolte fut la plus sanglante de tous les soulèvements de houssas (esclaves convertis)

 

 

1837/38 Bas-Canada (Québec)

rebellion des Patriotes, conflit issu de plusieurs décennies d’affrontements politique et social avec la couronne britannique. les chefs de la rébellion sont Louis-Joseph Papineau, Robert et Wolfred Nelson, Edmund Bailey O’Callaghan… devant le refus des réformes demandées par les patriotes, ceux-ci organisent pendant l’été 1837 plusieurs assemblées publiques qui chauffent les esprits. le premier affrontement a lieu le 6 novembre entre deux groupes paramilitaires, les Fils de la Liberté (Patriotes) et le Doric Club (loyalistes anglais). eurent lieu ensuite les batailles de Saint- Denis (victoire sur les Britanniques le 23 novembre), de Saint-Charles le 25 novembre puis de Saint-Eustache le 14 décembre, au cours  desquelles les forces loyalistes vainquirent les insurgés. il y eut des centaines d’arrestations, la loi martiale fut décrétée, et certains Patriotes se réfugient alors aux Etats-Unis.  d’où ils reviennent en 1838. d’abord le 28 février, une première invasion qui se solde par l’arrestation des Patriotes à la frontière, les Etats-Unis s’alliant aux Britanniques. mais un des leaders, Robert Nelson, avait auparavant été proclamé Président de la République du Bas-Canada, et lu sa Déclaration d’indépendance avec des revendications très progressistes : le peuple est déclaré absout de toute allégeance à la couronne britannique, séparation de l’Église et de l’État, droits égaux pour les Blancs et les autochtones, abolition du régime seigneurial, liberté de presse, égalité des langues française et anglaise, etc. Nelson remet sur pied une autre insurrection, prévue pour le 3 novembre 1838. après plusieurs batailles (Beauharnois, Lacolle, Oddletown), les Patriotes sont arrêtés et transférés à la prison de Montréal

 

 

1848 / 1849 Lyon

deux révoltes des Voraces : au cours de la première, ils prennent possession de l’Hôtel de Ville, de la Préfecture et des forts de la Croix-Rousse. la seconde, en écho aux soulèvements parisiens, est violemment réprimée par l’armée

 

 

18 mars / 28 mai 1871 Commune de Paris

réaction contre le gouvernement de l’Assemblée nationale, et une des suites de la défaite face à la Prusse en 1870. le siège de Paris, en effet, a fortement marqué la population, qui a terriblement souffert de la faim, et l’armistice de 1871 est vécue comme une trahison par une population qui a résisté quatre mois aux Prussiens. le 9 mars le nouveau préfet de police interdit les journaux d’extrême gauche, dont le «Cri du peuple» de Jules Vallès. en outre, l’Assemblée nationale se déplace à Versailles le 10 mars 1971, loin d’un Paris «chef-lieu de la révolution organisée, (…) capitale de l’idée révolutionnaire», et met fin le même jour au moratoire sur les effets de commercee, acculant ainsi à la faillite des milliers d’artisans et de commerçants, et supprime la solde quotidienne des Gardes Nationaux. le 17 mars, Thiers et son gouvernement envoient la troupe de nuit sur la butte Montmartre, à Ménilmontant et à Belleville (lieux des fortifications) pour désarmer les canons, donc désarmer les Parisiens, et fait arrêter Blanqui dans le Lot. or, les Parisiens considèrent ces canons comme leurs, qu’ils ont payé de leurs impôts pendant la guerre contre la Prusse. si les canons sont démontés sans problème, le matin du 18 mars la population s’oppose à la troupe venu en renfort chercher les canons. puis des barricades s’élèvent et la troupe fraternise un peu partout dans Paris avec la population. deux généraux responsables de massacres en 1848 sont fusillés rue des Rosiers, c’est le début de l’insurrection. Thiers quitte Paris, suivi des habitants des quartiers riches. l’appel du 22 mars énonce que « les membres de l’assemblée municipale, sans cesse contrôlés, surveillés, discutés par l’opinion, sont révocables, comptables et responsables » et que leur mandat est impératif. c’est la consécration du gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple : une démocratie directe reposant sur une citoyenneté active, renouant avec l’esprit de la constitution de 1793 qui fait du droit à l’insurrection « le plus sacré des droits et le plus imprescriptible des devoirs ». la Commune de Paris ouvre la citoyenneté aux étrangers : « Considérant que le drapeau de la commune est celui de la République universelle ; considérant que toute cité a le droit de donner le titre de citoyen aux étrangers qui la servent... ». le 26 mars des élections sont organisées pour désigner les 92 membres du Conseil de la Commune. le conseil est représentatif des classes populaires et de la petite bourgeoisie, après la démission des 20 modérés : on y trouve 25 ouvriers, 12 artisans, 4 employés, 6 commerçants, 3 avocats, 3 médecins, 1 pharmacien, 1 vétérinaire, 1 ingénieur, 1 architecte, 2 artistes peintres, 12 journalistes. toutes les tendances républicaines et socialistes, même anarchistes y sont représentées. de son côté la population reste active politiquement, se réunit dans des clubs, discute et fait pression sur les élus. les clubs se fédèrent le 7 mai, pour peser de manière plus efficace sur les élus. plus de 70 journaux sont créés pendant les 70 jours de la Commune. la Commune administre Paris jusqu’au 20 mai. le Conseil de la Commune remet les loyers non payés d’octobre 1870 à avril 1871, suspend  les poursuites concernant les échéances non payées, accorde un délai de trois ans pour le règlement des dettes et des échéances, organise la solidarité : une pension est versée aux blessés ainsi qu’aux veuves (600 francs) et aux orphelins (365 francs) des gardes nationaux tués au combat, réquisitionne les logements vacants au profit des sinistrés des bombardements allemands et versaillais ; des orphelinats sont créés. question ravitaillement,  à l’exception du pain qui est taxé, les aliments se trouvent en suffisance grâce aux stocks accumulés après le siège et aux arrivages des terres agricoles et des jardins situés entre les fortifications et les lignes allemandes. mais le gouvernement Thiers impose le blocus ferroviaire de la capitale. le 22 avril, des ventes publiques de pommes de terre et des boucheries municipales sont créées pour soulager le budget des familles (dont les dépenses alimentaires constituent à l’époque l’essentiel). cantines municipales et distributions de repas fonctionnent, des bons de pain sont distribués. le 16 avril, un décret réquisitionne les ateliers abandonnés par leurs propriétaires (assimilés à des déserteurs) ; il prévoit de les remettre à des coopératives ouvrières après indemnisation du propriétaire. deux ateliers fonctionnent ainsi pour la fabrication d’armes ; la journée de travail y est de 10 heures et l’encadrement est élu par les salariés. le 20 avril, les bureaux de placement de la main d’?uvre, entreprises privées très florissantes sous l’Empire, monopoles agissant bien souvent comme des « négriers », sont supprimés et remplacés par des bureaux municipaux. le même jour, le travail de nuit dans les boulangeries est interdit, mais il faut lutter contre le travail clandestin par des saisies de marchandises et l’affichage de la sanction dans les boutiques.  pour contrer une pratique très répandue, la Commune interdit les amendes et retenues sur salaires, dans les administrations publiques comme dans les entreprises privées.  pour lutter contre le sous-salariat dans les appels d’offres concernant les marchés publics, un cahier des charges avec indication du salaire minimum est créé. la Commune annonce les prémices de l’autogestion : dans les entreprises, un conseil de direction est élu tous les 15 jours par l’atelier et un ouvrier est chargé de transmettre les réclamations. le 28 mars, le drapeau rouge est adopté et le calendrier républicain (an 79 de la République) remis en vigueur, la colonne Vendôme, vue comme le symbole du despotisme impérial, est détruite le 16 mai, et on confisque les biens de Thiers et détruit son hôtel particulier.  sous l’impulsion d’Elisabeth Dmitrieff, jeune aristocrate russe, et de Nathalie Lemel, ouvrière relieuse, se crée l’un des premiers mouvements féminins de masse, l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés. l’Union réclame le droit au travail et l’égalité des salaires (un commencement d’application est mis en place pour les institutrices), elle participe au recensement des ateliers abandonnés par leurs patrons (les francs fileurs) réfugiés à Versailles et organise des ateliers autogérés. la Commune reconnaît l’union libre (elle verse une pension aux veuves de fédérés mariées ou non, ainsi qu’à leurs enfants légitimes ou naturels). des femmes mettent en application le décret de séparation des Églises et de l’État dans les écoles et les hôpitaux, se battent, comme Louise Michel et d’autres, sous l’habit des « fédérés » et défendent Paris contre les « Versaillais » sur les barricades (elles sont une centaine, place Blanche, avec Nathalie Lemel). sur le chemin de l’émancipation des femmes, la Commune a marqué une étape importante. l’enseignement est laïcisé : l’enseignement confessionnel est interdit, les signes religieux chrétiens sont enlevés des salles de classe. quelques municipalités d’arrondissement, celle du 20e en particulier, qui ont alors la responsabilité financière de l’enseignement primaire, rendent l’école gratuite et laïque. le personnel enseignant, qui est à la charge des municipalités, reçoit une rémunération de 1500 francs annuels pour les aides- instituteurs et 2000 pour les directeurs, avec égalité de traitement entre hommes et femmes. le 2 avril la Commune décrète la séparation de l’Église et de l’État, la suppression du budget des cultes et la sécularisation des biens des congrégations religieuses. mais, de son côté, Thiers organise la contre-offensive pour mettre fin à l’insurrection, et bénéficie de l’appui du chancelier allemand Bismarck, qui libère 60 000 soldats prisonniers (au lieu des 40 000 prévus dans les négociations d’armistice) qui s’ajoutent au 12 000 soldats déjà mobilisés par Thiers. en tout, les Versaillais seront 130 000 au début de la Semaine sanglante, semaine qui marque la fin de la Commune.  les Versaillais sont commandés par le vaincu de Verdun, Mac Mahon. les Allemands, qui contrôlent encore les banlieues nord et est, laissent passer les Versaillais et, par convention avec le gouvernement Thiers, occupent le Chemin de fer du Nord, établissent un barrage de troupes de la Marne à Montreuil et massent 80 canons et 5000 soldats près de la porte et du fort de Vincennes tenus par la Commune, bloquant ainsi la sortie de la capitale par l’est. face à une armée nombreuse, expérimentée et bien armée, la Commune dispose des hommes de la Garde Nationale. depuis la Restauration, tous les hommes de 25 à 50 ans pourvus de leurs droits politiques en font partie. sous le Second Empire, tous les hommes mariés de 25 à 50 ans sont enrôlés. les armes sont fournies par l’État mais l’habillement reste à la charge du garde. à Paris, le recrutement se fait par arrondissement. la Commune décrète, le 5 avril, la mobilisation comme volontaires des jeunes gens de 17 à 19 ans et en service obligatoire des célibataires et hommes mariés de 19 à 40 ans. ces soldats n’ont pratiquement pas d’expérience militaire et s’ils sont animés d’ardeur républicaine, sont aussi assez réticents à la discipline. la troupe souffre, malgré quelques exceptions remarquables, d’une insuffisance du commandement, car les officiers sont élus plus sur leurs convictions que sur leurs capacités à diriger des soldats. les Versaillais passent à l’attaque les premiers, et occupent le fort du Mont-Valérien le 21 mars, position qui leur donne un avantage considérable. le 2 avril, ils s’emparent de Courbevoie et Puteaux. la Commune lance une contre-offensive mais échoue à Rueil et à Châtillon. pendant les trois semaines qui suivent, combats sporadiques mais bombardements intenses. le 8 mai l’enceinte de fortifications de Paris est fortement bombardée de Grenelle à Passy, et le même jour Thiers adresse un ultimatum aux Parisiens pour les faire capituler. le 21 mai, grâce à un piqueur des Ponts et Chaussées, Jules Ducatel, les Versaillais pénètrent dans Paris par la poterne du bastion n°64, porte de Saint-Cloud, qu’il a laissé ouverte. et c’est le début de la Semaine sanglante. Ducatel, arrêté par les fédérés, va être fusillé devant l’école militaire quand il est sauvé par l’arrivée de l’armée régulière. son acte inspire au directeur du Figaro, Henri de Villemesant, le lancement d’une souscription publique qui rapporte à l’intéressé 125 000 francs-or.  les derniers combats ont lieu au Père lachaise le 28 mai. la répression qui commence alors est impitoyable. exécutions sommaires, etc. le total serait de 20 000 fusillés sans jugement. des conseils de guerre se tiennent ensuite à Versailles, et les tribunaux prononceront 10 137 condamnations dont 93 à mort, 251 aux travaux forcés, 4586 à la déportation (en particulier en Nouvelle-Calédonie, les autres à des peines de prison variables. 23 condamnés à mort seront effectivement exécutés. les lois d’amnistie interviendront en 1880

 

 

1878 Nouvelle-Calédonie

sanglante révolte canaque menée par Ataï, Grand chef de Komalé. les Mélanésiens ne sont plus propriétaires de leurs terres après la prise de possession de la Nouvelle-Calédonie en 1853. une mainmise discrète au début, dans la mesure où les attributions de terres aux colons se faisaient dans un périmètre restreint autour des places fortes, mais en 1858 la colonisation des terres s’intensifie de Nouméa à Poya, ce qui débute un conflit foncier qui sera à l’origine de la révolte, et qui perdure aujourd’hui. en 1877, les terres accaparées atteignent 150 000 ha, et l’Administration déstabilise, en morcelant le territoire, toute l’agriculture vivrière des Mélanésiens, repousse les autochtones vers des terres de moins bonne qualité… en 1878, toute la population native est touchée sur la Grande Terre, ce qui contribua à unir la révolte, qui débute le 25 juin à La Foa, où 40 civils, propriétaires et colons, sont massacrés par les Canaques, dont l’avancée continue jusqu’à Poya les 10 et 11 septembre. panique à Nouméa, internement de Mélanésiens… suit une contre-offensive française qui échoue.  mais le lieutenant de vaisseau Servan, basé à Canala, réussit à retourner les chefs du Clan des Canala, ce qui entraîne la division et la défaite des insurgés. les troupes françaises, assistées de ces Canaques et de colons arabes surprennent le chef Ataï dans son campement, qui est tué par un Canala. Sa tête a été coupée et envoyée en trophée à Paris. l’insurrection continue cependant jusqu’en décembre 1878, de manière aussi violente mais plus sporadique. 5% de la population mélanésienne a été tuée au cours de ces luttes, tous les chefs de clan furent exécutés, l’administration coloniale confisqua les terres des rebelles, et des clans entiers furent déplacés

 

 

22 janvier 1905 Saint-Pétersbourg

le dimanche 22 janvier 1905, 30 000 personnes, pour la plupart ouvriers, marchèrent derrière le prêtre orthodoxe Gueorgi Gapon,  vers le Palais d’hiver, résidence du tsar à Saint-Pétersbourg, pour porter leurs réclamations au Tsar Nicolas II. procession respectueuse, avec des icônes et des portraits du tsar. mais Nicolas II n’y était plus, ayant laissé tous pouvoirs à la troupe. parmi les revendications des manifestants, la libération des révolutionnaires emprisonnés, de meilleures conditions de travail, la cession des terres aux paysans, la suppression de la censure et la création d’un Parlement. les gardes ouvrent le feu sur les manifestants dont certains sont venus avec leur famille, sur la perspective Nevski, faisant de 130 à 1000 morts (selon les sources), et des centaines de blessés. cela marque le début de la révolution russe, le tsar ayant ainsi perdu toute crédibilité

 

 

21 décembre 1907 Iquique Chili

le 21 décembre 1907, à Iquique, port de l’extrême nord du Chili, des centaines de travailleurs chiliens, péruviens et boliviens furent massacrés par l’armée et la marine chilienne devant les portes de l’école Santa María. cela mit fin à un mouvement social spontané mais qui s’appuyait sur des organisations ouvrières en formation. depuis 1903, des soulèvements ponctuels avaient lieu dans les mines et les usines, face aux conditions de travail et de vie, à chaque fois réprimés durement par le pouvoir en place. les revendications des ouvriers fin 1907, par exemple pour les mines de salpêtre de la province de Tarapacà, sont d’être payés en monnaie et non pas en bons (qui ne peuvent être échangés que contre des produits disponibles dans les commerces des entreprises qui les possèdent, qui sont les mêmes que celles qui donnent les bons, et où bien entendu les produits sont plus chers qu’ailleurs. également qu’il y ait une stabilité des salaires, que des protections soient données aux travailleurs. le 4 décembre, plus de trois cents travailleurs du chemin de fer transportant le salpêtre se mettent en grève à Iquique, rejoints par les ouvriers du port et par ceux de plusieurs industries. à cause de concessions insuffisantes données par les entreprises, ou de refus, le mouvement s’étend dans la région et les ouvriers marchent sur Iquique, rejoignant les grévistes sur place, là où se trouvent «les représentants des compagnies anglaises, chiliennes, allemandes, espagnoles et italiennes qui font de gros bénéfices grâce à l’exploitation de la fabuleuse richesse du nitrate arrachée par le Chili au Pérou et à la Bolivie durant la guerre du Pacifique (1879-1884).» le dimanche 15 décembre à l’aube, 2000 ouvriers arrivent à Iquique, et refusent d’en repartir tant que les revendications ne seront pas satisfaites. d’autres travailleurs de la pampa continuent d’affluer par milliers, avec femme et enfants pour certains, vers Iquique. les ouvriers de la ville, en grève, s’unissent le 16 décembre, aux travailleurs du salpêtre, et créent un Comité central de la pampa et du port unis, organe dirigeant de toutes les grèves. le même jour, d’importants contingents militaires sont envoyés à Iquique. les discussions restent dans l’impasse, entre patronat, ouvriers et militaires. les militaires ordonnent alors l’évacuation des grévistes, mais le comité de grève refuse de quitter les lieux. l’armée dispose alors des mitrailleuses devant l’école Santa María où étaient hébergés les ouvriers de la pampa, et à 15h45 l’armée commence à tirer sur l’école, puis y pénètre, tuant les ouvriers ou les poursuivant et arrêtant entre 6 et 7000 personnes. il y aura plusieurs centaines de morts dans ce qu’on appelera le massacre de l’école de Santa Maria.

 

 

5/12 janvier 1919 Berlin

révolte spartakiste : de nombreux travailleurs prennent spontanément le contrôle du siège d’un journal, dans la Kochstraße, à Berlin et montent des barricades dans les rues. d’autres travailleurs les rejoignent bientôt et bloquent de nombreuses rues dans le quartier du journal, dont le bureau de Vowärts, organe officiel du SPD, qui a publié de nombreux articles hostiles aux spartakistes depuis quatre mois. les meneurs de l’USPD et du KPD décident rapidement de soutenir la révolte et appellent à la grève générale à Berlin pour le 7 janvier.  500 000 travailleurs se mettent en grève et manifestent dans le centre-ville de Berlin ce week-end-là. un comité d’action révolutionnaire composé de 52 membres, dont font partie Karl Liebknecht et Georg Ledebour, est créé dans le but de prendre le pouvoir, mais dans les deux jours qui suivent la manifestation, les disputes internes empêchent la formulation d’une marche à suivre. certains appellent à l’insurrection armée quand d’autres préfèrent défendre le principe de la négociation. ce sont les travailleurs, qui occupent toujours les bâtiments, qui engagent les premiers combats de rue : c’est le début de la Semaine sanglante. les travailleurs découvrent l’existence d’un tract du Vorwärts intitulé « Die Stunde der Abrechnung naht ! » (« L’heure de la vengeance approche ! »), et apprennent que l’administration du SPD a engagé les Freikorps (Corps francs), milice paramilitaire contre-révolutionnaire, pour contrer la révolte ouvrière. le comité d’action révolutionnaire arrête alors  les discussions avec le SPD, et la Ligue spartakiste appelle ses membres à prendre les armes. le même jour, le 8, Friedrich Ebert du SPD ordonne aux Freikorps d’attaquer les travailleurs en révolte. la milice est composée d’anciens militaires ayant participé à la Grande Guerre, et qui possèdent toujours leurs armes, ce qui lui donne un formidable avantage. les Freikorps reconquièrent donc rapidement les rues bloquées par des barricades et les bâtiments occupés. beaucoup de travailleurs se rendent, ce qui n’empêche pas les soldats de tuer plusieurs centaines d’entre eux. un nombre inconnu de civils meurt également durant les combats. Rosa Luxemburg est arrêtée avec Karl Liebknecht le soir du 15 janvier, puis assassinée dans la nuit par une unité de Corps Francs, sur ordre de Gustav Noske, « commissaire du peuple » social-démocrate chargé de la répression de l’insurrection. le corps de Rosa Luxemburg est jeté dans un canal de la Spree. il ne fut retrouvé que plusieurs semaines plus tard, mais symboliquement un cercueil vide fut enterré le 25 janvier en même temps que celui de Karl Liebknecht et de 31 autres victimes de la répression. seuls deux de ses assassins furent jugés, condamnés, et plus tard amnistiés

 

 

7 août 1933 La Havane

après avoir entendu l’annonce faite par des radios pirates que le dictateur Machado avait démissionné, plus de 4000 personnes descendent dans les rues. elles sont encerclées par les forces du dictateur qui leur tirent dessus. bilan 20 morts et plus de 200 blessés.

 

 

1936 Espagne

la guerre d’Espagne a été la conséquence, sur le long terme, des malaises sociaux, économiques, culturels et politiques qui accablaient l’Espagne depuis plusieurs générations. après la proclamation de la IIe République en 1931, l’exacerbation croissante des tensions entre Espagnols culmina avec l’insurrection durement réprimée des Asturies en 1934 et la résurgence de troubles civils et de violences réciproques au printemps 1936, après la victoire électorale du Front populaire.  l’insurrection ouvrière et populaire qui a débuté à Barcelone est une réaction au soulèvement militaire qui commença le 17 juillet au Maroc espagnol, quand Franco prend le commandement des troupes, puis s’étend aux casernes d’Andalousie et du reste du pays. le gouvernement républicain tente de négocier avec les militaires, mais échoue. à Barcelone, le 19 juillet, la population et les ouvriers s’arment, et fait basculer la guardia civil et la garde d’assaut de son côté, obligeant ainsi les militaires à se rendre.  à Madrid, le gouvernement républicain décide finalement d’armer la population, distribue des armes mais sans culasses !! la population lance quand même l’assaut contre la caserne de La Montana et s’en empare. la Navarre, Castille et Leon, la Galice, l’Andalousie tombent aux mains des militaires, mais Madrid, Valence et Barcelone restent fidèles à la république. le patronat dans sa grande majorité, par peur des ouvriers armés, rejoint le nationalisme ou fuit à l’étranger, ce qui conduit la population à s’emparer des usines (70% d’entre elles en Catalogne, par exemple). les paysans, de leur côté, collectivisent les trois quarts des terres, les biens de l’Eglise sont saisis. le gouvernement républicain n’a plus aucun pouvoir, ce sont les forces de gauche qui mettent alors en place les organes d’un nouveau pouvoir, organisent des milices pour combattre le front nationaliste, réorganisent les usines vers une production de guerre, s’occupent de l’approvisionnement de la population. de partout en Europe, des intellectuels et des volontaires se sont joints aux insurgés pour lutter contre le fascisme au sein des Brigades internationales. mais Franco a été soutenu par les puissances totalitaires, Italie et Allemagne, si ce n’est par les démocraties européennes, qui ont laissé de facto Franco écraser la résistance démocratique de gauche… le bilan de cette guerre civile est très lourd, estimé entre 380 000 et 451 000 morts, en conséquence directe de la guerre, auxquels il faut ajouter les victimes de la famine, estimées à 300 000

 

 

août 1936 / 1939 Palestine

contexte : l’immigration juive en Palestine dans les années 30 a entraîné un effondrement presque total de l’économie arabe de la Palestine (un ouvrier juif était mieux payé qu’un ouvrier palestinien, déjà, beaucoup d’ouvriers palestiniens ont été mis au chômage, et surtout les investissements juifs ont augmenté avec l’immigration de manière considérable ; en outre, les capitaux d’origine juive contrôlaient 90% de concessions accordées par le mandataire britannique (la Grande-Bretagne administrait la Palestine entre les deux guerres). ainsi la politique de licenciement des travailleurs arabes par des compagnies contrôlées par des capitaux juifs a déclenché de terribles affrontements. ainsi, par exemple, dans les colonies juives de Malbis, Dairan, Wadi, Hunain et Khadira, en février 1935 6214 ouvriers arabes y travaillaient. ils n’étaient plus que 617 début 1936, un an plus tard. en ce qui concerne la paysannerie, les colons juifs occupaient de plus en plus de terrain, achetés à de petits paysans ou à de gros propriétaires arabes palestiniens. en 1936, donc, explosa la Révolte des arabes palestiniens pour la création d’un Etat indépendant. révolte dirigée contre les Britanniques, contre les partis arabes liés aux mandataires et contre l’immigration juive. l’échec de la révolte en 1936 entraîna le démantèlement des forces paramilitaires palestiniennes, l’exil des dirigeants (dont certains se sont rapprochés de l’Allemagne nazie…), et le renforcement des forces paramilitaires juives. la révolte a commencé par une grève générale, puis s’est développée en affrontements armés sporadiques (attaques de pipelines, de trains, ou de Juifs. les arabes palestiniens ont également refusé de payer l’impôt. les Britanniques ripostent par des assassinats ciblés et le couvre-feu. les actions se calment un temps, pendant les travaux de la commission Peel (mandatée pour comprendre les raisons de la révolte) mais reprennent en 1937 après le refus par les Palestiniens d’un partage de la Palestine entre Arabes et Juifs. la révolte cesse en 1939, les Britanniques ayant décidé pour mater la révolte de détenir «administrativement» (sans fait ni preuve) l’élite politique palestinienne, ou les personnes soupçonnées de soutenir l’insurrection, d’utiliser la torture, ainsi que de recourir à une politique de destruction des maisons. pendant ces trois années de révolte, 5 000 Arabes, 500 Juifs et 200 Britanniques ont été tués

 

 

8 / 22 mai 1945 Sétif et Guelma Algérie

on appelle massacres de Sétif et de Guelma des répressions sanglantes de manifestations nationalistes. le 8 mai 1945 un défilé est organisé en Algérie française pour célébrer la libération de Paris. de leur côté, les partis nationalistes algériens en profitent pour manifester et revendiquer une Algérie libre. la manifestation est autorisée par les autorités à condition qu’il n’y ait pas de symboles revendicatifs, de drapeau, de slogans anticolonialisme, etc. à Sétif, un policier tire sur un jeune scout musulman, Aïssa Cheraga, portant un drapeau algérien, le tue, ce qui déclenche immédiatement une émeute meurtrière : une centaine de morts européens et une quarantaine de morts Algériens. le mouvement s’étend rapidement, et le soir même a lieu une manifestation à Guelma. les autorités tirent sur les manifestants, le cortège se disperse. commence une période de grande inquiétude pour les Européens qui se barricadent, des violences se multiplient contre eux. le 11 mai 1945, de Gaulle ordonne l’intervention de l’armée, et c’est le général Duval qui mène une répression sans merci, avec l’appui de la marine et de l’aviation : tirs sur des villages, sur les populations civiles, etc. certaines victimes devaient creuser leurs tombes, des groupes de prisonniers sont enchaînés et écrasés par des chars, des bébés sont projetés contre des rochers…le bilan est terrible : entre 8000 (historiens) et 17 000 morts Algériens (rapport des services secrets américains). furent ensuite organisées par l’armée des cérémonies d’humiliation et de soumission où tous les hommes devaient se prosterner contre le drapeau français et répéter en ch?ur : «Nous sommes des chiens et Ferhat Abbas est un chien»

 

 

1946 Corée du Sud

insurrection ouvrière qui part de Taekou et Busan (grand port du Sud), grève des cheminots et affrontements armés. la réaction américaine (les USA alors occupants le Sud après la partition) se manifeste sous la forme d’une répression très forte et l’arrestation des militants

 

 

7 janvier 1946 République Dominicaine

une énorme grève générale éclate dans l’Est du pays, qui fait plier la dictature de Trujillo qui réagit cependant par la répression. mais très vite les concessions sur le temps de travail et les salaires acceptées. le leader Baez fuit à Cuba et de nombreux dirigeants sont assassinés

 

 

février 1946 Bombay (Mumbaï)

le 18 février, 20 000 marins, casernés à Bombay, et 20 bâtiments ancrés au port se soulèvent contre la domination anglaise, établissent un comité central de grève. les 22 et 23 février, la bataille fait rage dans Bombay où la population ouvrière a pris le parti des mutinés, et est violemment réprimée : 250 morts. parti du Congrès et Ligue musulmane contraignent finalement les marins à se rendre et le comité de grève déclare : « nous nous rendons à l’Inde mais pas à l’Angleterre »

 

 

juin 1956 Poznan Pologne

en juin 1956, les 15 000 ouvriers des usines Staline de Pozna’n se mobilisent. l’armée réprime le mouvement avec 200 chars, et fait 53 morts et 400 blessés

 

 

1956 régions du Kham et de l’Ando Tibet

dans le Kham et l’Ando, suite à la collectivisation de l’agriculture, une des conséquences de la domination chinoise au Tibet, des centaines de rébellions éclatèrent au cours desquelles 10 000 Tibétains furent tués selon certaines sources

 

 

23 octobre 1956 Budapest

grande manifestation des étudiants hongrois en soutien à la Pologne. parmi les revendications, le multipartisme, des élections libres, le retrait des troupes soviétiques… Vers 21h les premiers tirs sont échangés, l’armée arrive mais le gros de la troupe refuse de tirer sur les manifestants, certains fraternisent et leur donnent des armes, la statue de Staline est mise à terre, et des combats opposent les insurgés et l’AVO, la police politique du régime. le Comité central se réunit en urgence, rappelle Imre Nagy pour rétablir l’ordre, mais établit en même temps la loi martiale, et fait appel à l’armée soviétique pour mater la rébellion. à 3 h du matin, le 23 octobre, 6000 hommes et 250 chars soviétiques entrent à Budapest, tirent, et font 350 morts et des centaines de blessés

 

 

10 mars 1959, Lhassa, Tibet

le 10 mars 1959 (après des rumeurs d’enlèvement, entre 30 000 et 300 000 Tibétains (selon les sources) entourent le palais du dalaï-lama pour l’empêcher de partir et/ou d’être enlevé. cela marque le commencement du soulèvement à Lhassa. le 11 mars, des membres du gouvernement tibétain se réunissent, renient l’accord en 17 points traité avec la Chine, et proclament l’indépendance du Tibet. le 12, des manifestants réclament l’indépendance du Tibet, et les forces chinoises comme tibétaines prennent position à Lhassa. des échaufourrées ont lieu les jours suivants, et le 17 deux projectiles atteignent Norbulingka, le palais du Dalaï-lama, qui fuit en exil. les combats commencent le 19, et le 20 la rebellion tibétaine est écrasée par l’armée chinoise : dans la nuit, l’armée tire sur le Norbulingka, y faisant entre 5 et 6 000 morts. les tirs continuent toute la journée, faisant des milliers de morts dans toute la ville

 

 

19/29 avril 1960 Corée du Sud

manifestations étudiantes dans tout le pays, qui a fait suite a de nombreux rassemblements, notamment en réaction aux fraudes électorales massives qui ont abouti à la réélection du dictateur en place Syngman Rhee. à Séoul, les étudiants marchent sur le Capitole et le palais présidentiel, bientôt arrêtés par la police qui tire, faisant 21 morts. deux jours après, le 21, le bilan s’élève à 104 morts et de nombreux bâtiments officiels détruits ou saccagés. le 26 avril, nouvelles manifestations : les insurgés montent sur les chars, d’autres renversent la statue du dictateur, qui s’enfuit le 29 hors du pays, après les suicides de sa femme et de son fils aîné

 

 

décembre 1960 – janvier 1961 Belgique

grève insurrectionnelle déclenchée par le programme d’austérité du gouvernement Eyskens, la Loi Unique, mesures destinées à faire baisser la dette publique, importante notamment à cause de la décolonisation du Congo. elle paralysa la Wallonie, alors que la reprise du travail était massive en Flandre. il y eut des affrontements avec l’armée, faisant quatre morts. et l’austérité a été votée malgré tout par le Parlement

 

 

17 octobre 1961 Paris

massacre par la police française, à Paris sous les ordres du préfet de police Maurice Papon, de 200 Algériens jetés dans la Seine au Pont de Neuilly, et de plusieurs dizaines d’autres dans Paris, notamment sur les Grands Boulevards. ce massacre est l’issue donnée par les autorités françaises à une manifestation pacifique de travailleurs algériens, désarmés, partie des bidonvilles de Nanterre et d’ailleurs. manifestation organisée par le front de libération nationale algérien (FLN) pour l’indépendance de l‘Algérie, en riposte au couvre-feu discriminatoire décrété par le préfet de police de Paris (qui répond à la demande de fermeté des policiers (interdiction de circuler de nuit pour les travailleurs algériens dans Paris, et autorisation d’interpeller tout Algérien, de jour comme de nuit, sans motif. tous les Algériens, homme, femme et enfants doivent participer, port d’armes interdit. la préfecture a mobilisé un total de 1658 hommes pour faire face à la manifestation. la tension des policiers est très élevée, il y a eu des meurtres de policiers (au cours des mois précédents, 22 policiers sont tombés en France métropolitaine, tués par le FLN). le FLN avait prévu de concentrer la manifestation sur trois grands secteurs, zone de l’Etoile pour les Algériens de la banlieue Ouest, dont ceux de Nanterre ; boulevards saint-Michel et Saint-Germain pour ceux de la banlieue sud, et les Grands Boulevards pour ceux de la banlieue nord et nord-est. environ 10 000 Algériens et Algériennes, issus des bidonvilles de Nanterre, Bezons, Courbevoie, Colombes et Puteaux se dirige vers le Pont de Neuilly, où ils sont bloqués par la police. et la confrontation a lieu, plus de 200 manifestants sont jetés dans la Seine où ils se noient.  sur les Grands Boulevards, les affrontements sont particulièrement sanglants, tout comme sur les boulevards Saint-Michel et Saint-Germain. des milliers d’arrestation ont lieu, passages à tabac, et entre 17h et minuit, les cars de police emmènent de 6000 à 7000 Algériens au palais des Sports de la Porte de Versailles, et après 1h du matin 2623 Algériens sont emmenés vers le Stade de Coubertin. dans ces endroits où les manifestants arrêtés sont parqués, les violences policières continuent

 

 

8 février 1962 Paris

une manifestation pacifique (interdite par les autorités) des partis de gauche contre la guerre d’Algérie et les attentats de l’OAS s’est terminée en bain de sang, au Métro Charonne, où la police charge les manifestants : bilan 9 morts. plusieurs témoins font part de comportements extrêmes de la part de certains policiers, qui ont projeté sur les manifestants des grilles fixées au pourtour des arbres, les ont poursuivi dans le métro, ou même dans les étages d’immeubles où ils tentaient d’échapper aux poursuites, et tabassé

 

 

29 octobre 1964 Bolivie

en 1963, le leader nationaliste restructurait violemment les mines d’Etat et brisait toute protestation en faisant tirer à balles réelles sur les mineurs. le 29 octobre 1964, il faisait à nouveau casser une grève ouvrière par l’armée

 

 

1965 Indonésie

le 1er octobre au matin un officier de l’armée annonce à la radio être à la tête du «mouvement du 30 septembre», mouvement révolutionnaire dirigé contre le conseil des généraux. l’après-midi, il est annoncé qu’un conseil de la Révolution» va assumer le pouvoir, soutenu par l’armée de l’air, très pro-communiste. Suharto, un général inconnu alors, organise la répression et en 48 h le rebelles sont arrêtés. cela marque le début d’une répression ultra-violente anti PKI (parti communiste indonésien), qui entraîne la mort de 500 000 à 1 million de personnes. La terreur s’abat sur les membres du parti et les sympathisants, mais également sur des athées, des hindouistes ou des musulmans modérés

 

 

24 juin 1967 mines de Catavi Bolivie

dans le gigantesque complexe de mines Catavi-Siglo XX, qui employait 5000 travailleurs, l’armée a écrasé une grève des mineurs le 24 juin, faisant plusieurs dizaines de morts

 

 

2 octobre 1968 Mexico

l’armée a tiré sur les étudiants rassemblés sur la place des trois cultures de Tlatelolco à Mexico, après trois mois de contestation estudiantine contre le gouvernement socialiste du PRI. la proche ouverture des Jeux Olympiques de Mexico a décidé le président Gustavo Diaz à assurer par la force la sécurité des Jeux, selon la raison officielle. la répression du mouvement étudiant s’est soldé par plusieurs centaines de morts parmi les manifestants, et des centaines d’arrestations ou de «disparitions»

 

 

4 mars 1969 Puerto Montt Chili

ce jour-là, des familles de mal logés ou de sans-abri des quartiers populaires, soutenues par des militants de gauche, s’installent sur des terrains laissés à l’abandon par un grand propriétaire terrien de la région, réalisant ainsi une des promesses non tenues du gouvernement. mais le 10 les forces de l’ordre lancent des bombes lacrymogènes dans les baraquements montés à la hâte, y mettent le feu. certaines familles s’opposèrent à la police, soutenus par les habitants d’un bidonville proche. et les carabiniers ouvrirent le feu, tuant 11 personnes et en blessant une trentaine

 

 

16/17 décembre 1970 Gdynia Pologne

arrêts de travail spontanés dans toutes les villes du littoral de la Baltique, à Gdynia, Gdansk et Szczecin, suivis de manifestations. à Gdynia, les membres du comité de grève qui ont négocié avec la direction des chantiers sont arrêtés, ce qui entraîne la colère de la foule ouvrière qui met le feu à la direction du parti unique et fait le siège des commissariats. les faits se répètent à Gdansk et Szczecin. les forces de l’ordre répliquent par des arrestations, des tortures et des assassinats dans les commissariats. des ouvriers des chantiers de Gdansk sont fusillés près de l’entrée. l’armée fait évacuer les chantiers de Gdansk. à Gdynia, les travailleurs sont battus au cours d’une offensive d’une grande violence, à la mitrailleuse et par des attaques d’hélicoptères, le 16 décembre. le 17, l’armée et la milice tirent sur les grévistes qui occupent le chantier Warski, à Szczecin

 

 

30 janvier 1972 Derry Grande-Bretagne

Bloody Sunday : 15 000 manifestants entament une marche pour les droits civiques des catholiques. ils se heurtent rapidement à des barricades dressées par l’armée britannique. des manifestants lancent des pavés, et l’armée tire avec des balles en plastique. puis, dans le Bogside, des parachutistes tirent à balles réelles, 13 hommes sont tués, dont 6 de 17 ans. « J’étais là lorsque les parachutistes sont entrés, personne ne leur a tiré dessus », a témoigné Ed Daly aussitôt après le drame, « pas même des pierres, les gens courraient et les soldats ont ouvert le feu » (par hervé amoric)

 

 

16 juin 1976 Soweto Afrique du Sud

des écoliers et des lycéens noirs se rassemblent dans la rue pour protester contre l’obligation décidé par le gouvernement de l’aparteid d’apprendre l’Afrikaans (langue du pouvoir blanc). la police réplique en tirant sur la manifestation, faisant plusieurs centaines de morts (entre 500 et 600). des émeutes se propagent ensuite dans les townships du pays, rapidement réprimées, alors que les chefs des partis noirs sont arrêtés, dont Steve Bliko (Conscience noire, parti à l’origine de la manifestation des lycéens et écoliers)

 

 

24 juin 1976 Radom Pologne

à Radom, la milice tire sur la foule qui manifeste contre la hausse des prix et les conditions de vie.
17 personnes sont tuées

 

 

29 avril/1er mai 1977 Addis Abeba Ethiopie

massacre d’un millier d’étudiants et de lycéens

 

 

1er mai 1977 Istanbul

fusillade de la place Taksim. cette place est un lieu important pour les manifestations politiques. au cours du rassemblement de plusieurs centaines de milliers d’ouvriers pour la Fête du Travail, 36 manifestants ont été tués par ce qui semble être des membres de groupes d’extrême-droite

 

 

8 septembre 1978 Téhéran

ce jour-là, une foule massive est descendue dans la rue pour protester contre le régime du Shah Mohamad Reza Pahlavi. le pays était en proie à des mouvements de contestation depuis plusieurs mois, ce qui avait décidé le souverain a promulguer la loi martiale.  le 8 septembre, ou Vendredi Noir, l’armée utilisa chars et hélicoptères pour disperser les manifestants, ce qui causa panique et cohue générale, faisant de nombreux morts parmi la foule, en majorité des étudiants (entre 88 et plusieurs centaines selon les sources). cet événement a détruit toute confiance entre la population et le Shah, et entraîné d’autres manifestations d’envergure, dont une grève générale paralysant l’industrie pétrolière.  cependant, il apparaît aujourd’hui que ce massacre a été orchestré par des éléments étrangers, mêlés à la foule, qui ont les premiers commencé à tirer, de manière à créer le chaos et faire riposter l’armée…

 

 

19/20 avril 1980 Tizi Ouzou

l’armée donne l’assaut à l’université de la ville, bloquée depuis quelques temps par les étudiants. vers 4 h du matin, commandos et chiens d’attaque ont investi les campus, faisant des centaines de blessés et plusieurs morts parmi les étudiants (une rumeur faisant état de 32 morts a fait aussitôt le tour de l’Algérie). quand la foule découvre les faits, elle érige des barricades, et des villes et villages environnant arrive une population qui se mobilise contre la violence d’Etat

 

 

18 / 27 mai 1980 Kwangju Corée du Sud

plusieurs milliers d’étudiants manifestent contre la loi martiale et se heurtent à des régiments de parachutistes qui tuent, à la baïonnette. le 19, plus de 50 000 personnes affrontent l’armée, et plus de 260 sont tuées. après plusieurs jours de luttes, ce sont 200 000 insurgés qui prennent la ville, incendient les stations de radio. le mouvement s’étend à plusieurs villes qui tombent ainsi aux mains de la population. des négociations sont entamées avec le gouvernement, mais le 27 mai 17 000 soldats prennent d’assaut Kwangju et matent la rébellion, faisant plusieurs centaines de morts, entraînant des milliers d’arrestations, et 39 000 personnes sont envoyées dans des camps militaires à fins de rééducation…

 

 

mars 1981 Pristina Kosovo

dans cette région, une des plus pauvres du pays, éclate en mars de puissants mouvements sociaux, contre la baisse des salaires, le chômage, la vie chère et la pauvreté. la manifestation de Pristina, qui réunit étudiants, ouvriers  et chômeurs  vire à l’émeute et dure plusieurs jours. les forces de Sécurité la répriment avec violence, faisant deux cents morts, et des milliers d’arrestations, suivies de lourdes condamnations d’emprisonnement

 

 

2 février 1982 Hama Syrie

la population de la ville se soulève, menée par des officiers insurgés, contre le pouvoir en place. l’armée syrienne riposte en assiégeant la ville et la bombardant pendant 27 jours : un tiers de la ville est complètement détruit, et l’armée massacre les colonnes de réfugiés quittant la ville…

 

 

août 1984 Sabokeng Afrique du Sud

quelques jours après les élections, les émeutes qui éclatent dans la région de Johannesburg, sont violemment réprimées, faisant officiellement 29 mort officiellement. à Sabokeng, une grande cité noire, 7000 policiers tentent de détruire les groupes noirs armés: ils occupent la ville, fouillent les maisons : bilan officiel : 95 morts

 

 

6 / 8 octobre 1988 Alger

dans la nuit du 5 au 6, des jeunes attaquent l’administration, les sièges du FLN, brûlent des voitures, dévastent des magasins, inaugurant un soulèvement qui s’étend les jours suivant à l’ensemble du pays, en réaction à la hausse insupportable du coût de la vie et au chômage qui touche une grande part de la jeunesse. en réponse, l’armée tire sur les manifestants (dont certains n’ont que 12 ans), et tue, soutenue par des chars. le 8 octobre, l’intifada des jeunes a gagné la majeure partie du pays. le soir, à Alger, l’armée tire sur des attroupements de jeunes, faisant 62 morts. le bilan s’élève, partout dans le pays, à des centaines de morts

 

 

15 avril/4 juin 1989 Chine

mouvement du 4 juin* : manifestations place Tian’anmen, mouvement d’étudiants, d’intellectuels et d’ouvriers chinois qui demandent des réformes politiques vers la démocratie, et dénoncent la corruption du régime. la contestation est partie des plus importantes villes de Chine pour aboutir sur la place Tian’anmen. entre le 15 avril et le 4 juin, le nombre de manifestants  ne cesse de grossir, quelques soient les interdictions lancées par le régime. de plus, la presse, non censurée alors, diffuse dans toute la Chine des informations sur ce qui se passe à Beijing, et le mouvement s’étend même à Hong Kong, à Taïwan, touche la diaspora chinoise et la Mongolie Intérieure les dernières négociations ont lieu entre le 16 et le 19 mai avec le pouvoir, divisé sur la question, entre la faction conservatrice, menée par Li Peng, adepte d’une solution autoritaire, rejoint par le réformiste Deng Xiaoping, et Zhao Ziyang, qui souhaite une solution pacifique et négociée. mais le 19, Zhao Ziyang est mis en minorité, et le soir même la loi martiale est déclarée, les soldats de la 38e armée prennent position autour de Beijing immédiatement. de leur côté, les étudiants restent sur la place Tian’anmen, et érigent des barrages aux portes de la ville. puis les soldats et les chars des 27e et 28e armées sont envoyés sur la place pour rétablir l’ordre. la rumeur de leur arrivée en ville se répand parmi la population, qui envahit les rues et érige des barricades à chaque carrefour pour les arrêter. des bus sont brûlés pour servir d’obstacles. l’armée se met à tirer à belles réelles, des habitants sont touchés dans leurs appartements… vers 1 h 00, l’armée atteint la place Tian’anmen et attend les ordres du gouvernement. les soldats ont pour consigne de ne pas ouvrir le feu, mais aussi d’évacuer la place avant 6 h 00 — sans exception ou retard. ils font une dernière offre d’amnistie, valable si les quelque milliers d’étudiants restants se retirent. vers 4 h 00, les leaders étudiants soumettent la question à un vote : quitter la place, ou rester et en subir les conséquences.  à 5 h 40 le 4 juin, la place est vidée. le matin du 5 juin, des manifestants tentent de pénétrer sur la place qui reste interdite et sont abattus par les soldats leur tirant dans le dos lorsqu’ils prennent la fuite. ces faits se répètent à plusieurs reprises. dans les jours qui suivent, l’armée occupe Beijing. des affrontements sporadiques ont encore lieu la nuit. le mouvement étudiant est également réprimé en province et une purge sévère est menée dans tout le pays. après plusieurs tentatives de négociation, le gouvernement chinois instaure la loi martiale le 20 mai 1989 et fait intervenir l’armée le 4 juin 1989. la répression du mouvement provoque un grand nombre de victimes civiles (de quelques centaines à quelques milliers selon les sources), et de nombreuses arrestations dans les mois qui suivent. par la suite, un coup d’arrêt durable est porté aux réformes politiques en République populaire de Chine. la répression est immortalisée dans les médias occidentaux par des séquences vidéo et des photographies devenues célèbres, telle celle de « Tank Man ». c’est un homme seul, vêtu d’une chemise blanche, debout devant une colonne de chars qui tente de quitter la place. prise le 5 juin, alors que la colonne approche d’une intersection sur l’avenue Chang’an (avenue de la Paix éternelle), la séquence montre l’homme sans arme au beau milieu de la rue, arrêtant la progression des blindés. comme le conducteur de char tente de le contourner, « Tank Man » se déplace selon sa trajectoire, continue de défier la colonne pendant quelques instants, puis grimpe sur la tourelle du char de tête afin de parler aux soldats. après son retour à sa position initiale, l’homme est tiré sur le côté par un groupe de personnes, dont l’identité divise les témoins oculaires. témoin de ce face-à-face, Jan Wong est convaincue que ce groupe est constitué de citoyens voulant l’aider à fuir, tandis que le journaliste Charlie Cole estime que « Tank Man » a probablement été exécuté après avoir été enlevé par la police secrète, hypothèse s’appuyant sur le fait que jamais le gouvernement chinois ne pourra le présenter pour faire taire les protestations bilan : entre 10 000 morts (chiffres donnés par l’Union soviétique d’alors) et 186 morts (formellement identifiés fin 2006) il est à noter que des habitants et des journalistes font état de corps brûlés pour faire disparaître les victimes…  * l’expression “4 juin” étant taboue sur l’Internet chinois, les dissidents en ont inventé une autre celle du “35 juin”

 

 

9 février 1990 Niamey Niger

grève des étudiants, qui protestent contre la dégradation de leurs conditions d’études. ils marchent à travers Niamey et, à hauteur du pont Kennedy qu’ils veulent traverser, les forces de l’ordre chargent et tirent : vingt morts et de nombreux blessés parmi les manifestants

 

 

22 mars 1991 Bamako Mali

dès 1990, la pauvreté a atteint des niveaux sans précédents, la révolte gronde et les revendications sociales commencent à émerger, malgré la peur du régime, corrompu, qui emprisonne et torture. une première manifestation pour le multipartisme, réunissant plus de 10 000 personnes, a lieu le 10 décembre 1990. c’est la plus grande organisée sous le régime de Moussa Traoré, et elle se déroule dans le calme. une deuxième manifestation a lieu le 24 janvier 1991, au cours de laquelle cette fois des routes sont bloquées et des bâtiments publics saccagés. les forces de l’ordre ouvrent le feu sur les manifestants faisant de nombreux morts et blessés. le 25 janvier, des chars sont déployés contre les manifestants et les écoles sont fermées. le 28 janvier, à la nouvelle de l’arrestation de plusieurs élèves et étudiants, le mouvement explose en insurrection la jeunesse estudiantine, vite rejointe par celle des quartiers populaires, qui envahissent les rues de la capitale, brûlent des magasins et des édifices publics, ainsi que des voitures. les résidences de plusieurs membres du gouvernement et du parti unique, dont celle du directeur général des douanes, beau-frère du président Traoré, sont entièrement saccagées. des barricades sont érigées dans Bamako, et l’insurrection gagne les villes de province. la répression continue, le nombre de morts et de blessés augmente. le 2 février, les Touaregs du nord du Mali attaquent l’usine de phosphates de Bourem, à une centaine de kilomètres de la ville de Gao. le 22 mars, de violentes manifestations parcourent la capitale. les forces de l’ordre tirent à balles réelles et tuent. c’est un véritable carnage à la mitraillette et à la grenade offensive

 

 

20/21 juillet 2001 Gênes

300 000 manifestants contre le G8. les manifestations ont dégénéré en émeutes, par le fait d’activistes ou des violences policières : des voitures ont été brûlées des magasins ou banques détruits, et  Carlo Giuliani a été sauvagement tué par la police (voir le film de Christina Commencini, Dorian Films), par ailleurs responsable de nombreuses violences et humiliations sur les manifestants arrêtés (obligation de chanter des chants fascistes, menaces de viol, frappes à coup de saucisson ou de matraque sur les testicules, brûlures à la cigarette, filles mises à nues….) la mort du jeune Carlo Giuliani constitue pour Amnesty International «la plus grave atteinte aux droits démocratiques dans un pays occidental depuis la fin de la seconde guerre mondiale»

 

 

13 mai 2005 Andjan Ouzbekistan

dans la matinée, des hommes armés à Andijan ont attaqué des bâtiments gouvernementaux, tué des officiers de sécurité, et pris d’assaut une des prisons de la ville pour libérer plusieurs centaines de personnes, dont 23 hommes d’affaires. ils s’emparent ensuite de la mairie, et établissent une tribune. plusieurs personnes y critiquent le gouvernement. ce qui a entraîné une manifestation de protestation : des milliers de personnes ont exprimé leur mécontentement à l’égard du gouvernement. les forces de sécurité ont alors tiré dans la foule, et des centaines de personnes, dont la grande majorité étaient des manifestants non armés, ont été prises au piège et tuées par les forces gouvernementales. le gouvernement ouzbek n’a pas exigé que ses forces rendent des comptes pour les massacres. le bilan, selon certaines ONG, va de 500 à 1000 morts…

 

 

2007 Birmanie

révolte «Safran» : après une brusque augmentation des prix, et le passage à tabac trois semaines plus tard de bonzes par des soutiens de la Junte, des dizaines de milliers de moins bouddhistes se révoltent et manifestent contre le régime de la junte militaire au pouvoir, très vite rejoints par la population birmane. l’ampleur de la rébellion a fortement menacé la Junte, qui a répliqué par une sanglante répression, qui a fait au moins 31 morts

 

 

mars/juin 2008 Lhassa Tibet

à partir du 10 mars 2008, manifestations pacifiques de moines bouddhistes à Lhassa, pour réclamer la libération des moines emprisonnés en octobre 2007. le 14, elles dégénèrent en émeutes violentes dirigées contre les habitants non tibétains et leurs biens, et les autorités chinoises reprennent en main la contestation. bilan : entre 19 et 80 morts (selon les sources) et de très nombreux commerces et bâtiments publics détruits

 

 

11 novembre 2008 Tarnac France

arrestation de plusieurs membres d’une communauté basée à Tarnac, dont Julien Coupat, fondateur de Tiqqun (revue) dans le cadre d’une enquête sur des sabotages de voies de réseau ferré de France. ils sont mis en examens et emprisonnés sous des chefs d’inculpation relevant des lois antiterroristes. selon Marcel Gay, grand reporter de l’Est Républicain, « Julien Coupat et ses amis sont devenus bien malgré eux les symboles de la dérive sécuritaire du pouvoir » (in Le coup de Tarnac, contre-enquête publiée chez Florent Massot).

 

 

29 septembre 2009 Conakry Guinée

révolte populaire : des milliers de manifestants se réunissent dans un stade à Conakry contre une éventuelle nouvelle candidature du président Dadis Camara aux prochaines élections. les forces de Sécurité ont tiré dans la foule et fait plus de 150 morts et 1200 blessés…

 

 

31 mai 2010 eaux internationales Bande de Gaza

abordage de la flottille pour Gaza : menée par l’armée israélienne  le 31 mai 2010, cette attaque d’une flottille de bateaux de  militants pro-Palestiniens a fait 9 morts et 28 blessés parmi les militants. cette flottille de huit bateaux et 700 passagers (flottille de la Liberté, ou Free gaza) a tenté de forcer le blocus de la bande de Gaza mis en place par Israël depuis des années.  les bateaux transportaient de l’aide humanitaire et des matériaux de construction (ciment, acier, tuiles, groupes électrogènes, maisons préfabriquées, fer, équipements médicaux… le 22 septembre 2010, la mission d’enquête du Conseil des droits de l’homme des Nations-Unies apporte les premières « preuves claires » de « crimes » commis par les soldats israéliens. après la décision de Conseil des Droits de l’homme, les trois représentants des activistes turcs Av. Ramazan Ariturk, Av. Ugur Sevgili et Av. Buhari Cetinkaya ont saisi le Cour pénale internationale le 14 octobre 2010, pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis par les responsables israéliens

 

 

2010 / 2011 wikileaks

affaire wikileaks et emprisonnement de son porte-parole et rédacteur en chef Julian Assange, cyber-activiste australien. wikileaks a été fondée par des dissidents chinois, des journalistes, des mathématiciens et des ingénieurs en technologies informatiques issus de Taiwan, d’Europe, des Etats-Unis, d’Australie et d’Afrique du Sud. c’est une organisation internationale à but non lucratif qui publie des documents classés secrets, diplomatiques ou autre, dans le but d’éclairer sous un jour plus complet certains faits actuels ou récents. ainsi le site a publié environ 400 000 documents relatifs à la guerre en Irak, appelé Journal de la guerre en Irak, qui ont permis de cartographier chaque mort d’Irak… en avril 2011, le site a commencé à publier des câbles diplomatiques secrets relatifs aux détenus de Guantanamo. ainsi que des câbles diplomatiques secrets relatifs à la guerre en Afghanistan. wikileaks existe grâce à des informateurs anonymes, et est financée sur des fonds privés, donations, etc. le site a été longtemps hébergé par PRQ en Suède, puis chez Banhof, sur un site physique qui fut autrefois un abri antinucléaire. wikileaks pallie au manque de transparence qui est devenu la règle dans les gouvernements démocratiquement élus. l’organisation a été récemment attaquée, pour cette raison, et Julian Assange arrêté le 7 décembre 2010 à Londres, sous accusation d’abus sexuels en Suède. il est libéré après versement d’une caution mais doit porter un bracelet électronique. en juillet 2011, son extradition vers la Suède est toujours suspendue . une des sources de wikileaks (sur les fichiers relatifs à la guerre en Irak), le soldat Bradley Manning, a été incarcéré pour «collusion avec l’enemi» depuis le 29 juillet 2010 dans une prison de haute sécurité

 

 

15 février 2011 Iran

répression contre des manifestants qui s’est soldée par un mort, plusieurs blessés et des dizaines d’arrestations. les violences policières s’aggravent depuis 2009

 

 

17 mars 2011 Manama Bahrein

des centaines de protestataires chiites rassemblés sur la place de la Perle depuis un mois en ont été délogés par des policiers anti-émeutes à coup de gaz lacrymogènes et de carabines. leurs tentes ont été incendiées, et les portables des activistes ont été déconnectés, ce qui les a totalement isolés. trois manifestants au moins ont été tués et on compte des dizaines de blessés. la traque aux opposants chiites, qui faisaient exploser des bonbonnes de gaz, a duré plusieurs heures, dans une ville morte, quadrillée par des policiers guidés par des hélicoptères de reconnaissance

 

 

12 mai 2011 Athènes

de jeunes manifestants se sont servi de marteaux pour briser le marbre et le pavé des façades des immeubles et de la chaussée, lançant des débris et des bombes incendiaires aux policiers, qui ont répliqué par une volée de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes. les affrontements se sont poursuivis à travers les rues du centre d’Athènes, les manifestants mettant le feu à des conteneurs à déchets et l’un d’entre eux brûlant le drapeau grec. les violences ont éclaté lors d’une manifestation de quelque 5000 sympathisants de groupes de gauche et membres de syndicats, qui visait à dénoncer la brutalité policière alléguée contre un homme de 31 ans blessé lors de la manifestation de la veille contre les mesures d’austérité du gouvernement.

 

 

2011 Tunisie

révolution du jasmin. elle a lieu dans un contexte politique extrêmement corrompu : népotisme total du clan Ben Ali, sa famille et celle de son épouse, les Trabelsi, qui ont la mainmise sur l’ensemble des biens du pays. le déclencheur est un abus des forces de l’ordre envers un vendeur de fruits et légumes ambulant de 26 ans, Mohamed Bouazizi, habitant Sidi Bouzid, une ville du centre-ouest. il n’a pas de permis, son activité fait cependant vivre sa famille, il se fait confisquer son étal et son stock à de nombreuses reprises, les autorités lui refusant sa restitution. désespéré, le 17 décembre, il s’immole par le feu devant le siège du gouvernorat, et meurt le 4 janvier des suites de ses brûlures. l’indignation populaire se mue en révolte, la grande majorité de la population connaissant de très dures conditions d’existence, à l’image de celle du jeune martyr. une impressionnante succession de manifestations et de sit-in, tous non-violents, ont eu lieu de décembre 2010 à janvier 2011 — partie de plusieurs villes du pays, la contestation gagne Tunis le 27 décembre, touche d’autres couches de la société (avocats en grève dès le 6 contre les violences policières) — et ont abouti à la fuite de Ben Ali vers l’Arabie Saoudite le 14 janvier. entretemps, les émeutes dégénèrent régulièrement en affrontements violents avec les forces de l’ordre, portant à plus de cent le nombre de victimes, et à plusieurs centaines le nombre de blessés, dont certains très graves, conduisant par exemple le personnel de l’hôpital de la ville de Kasserine à protester officiellement contre «le nombre élevé de victimes et la gravité des blessures». Ben Ali reprend la parole le 10 janvier, mais pour dénoncer «des voyous encagoulés aux actes terroristes impardonnables… à la solde de l’étranger», et annonce la fermeture temporaire des universités et écoles (la jeunesse du pays étant trop éduquée…). quelques minutes après son discours, des émeutes éclatent à Bizerte, le 12 janvier la grève générale est déclenchée à Sfax, des scènes de pillage se multiplient. mais la population soupçonne la milice d’en être responsable et s’organise en groupes d’auto-défense.  le 14 avril, Ben Ali décrète le limogeage du gouvernement, puis l’état d’urgence et le couvre-feu. mais l’armée ne suit plus le président et protège les manifestants contre la police, ce qui provoque la fuite du président Ben Ali.  dans les jours qui suivent, des bandes de fidèles au président parcourent Tunis à bord de 4x4, sèment la terreur, et pillent. le 16 janvier, l’armée donne l’assaut au Palais présidentiel de Carthage où se sont retranchés des fidèles du régime. des mesures sont prises très vite pour geler les avoirs de la famille Ben Ali, en Tunisie et dans le monde (elle se serait tout de même enfuie en emportant une tonne et demie d’or subtilisé aux réserves du pays (soit 45 millions d’euros environ)). plusieurs gouvernements de transition se succèdent, chacun refusés par la population qui maintient sa pression et sa mobilisation. en mars et avril, le processus de transition démocratique entre  dans une véritable première phase de constitution, menée par une Haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, révolution dont le bilan s’élève au 25 janvier à 238 morts et plusieurs centaines de blessés graves

 

 

2011 Egypte

le 25 janvier commencent les manifestations de la révolution égyptienne. la révolution débute dans un contexte politique d’état d’urgence permanent (depuis la Guerre des Six Jours en 1967) — régime qui donne à la police des pouvoirs renforcés, débouchant sur des abus, dont la torture—, de chômage élevé, de corruption généralisée de l’appareil politique et administratif, d’augmentation des prix des denrées alimentaires ainsi que de l’absence de réelle liberté d’expression. la population majoritairement urbaine a ainsi vécu ces dernières années une dégradation profonde de son niveau de vie. les revendications des manifestants, issus de toutes les classes sociales du pays et réunis sur la place Tahrir au Caire le 25, étaient d’obtenir la fin de l’Etat policier et une meilleure répartition des richesses.  le 11 février, Hosni Moubarak, au pouvoir depuis 1981, qui prévoyait que son fils lui succéderait, quitte le pouvoir et se retire dans son palais de Charm-el-Cheikh. après le transfert du pouvoir à l’armée, l’occupation de la place Tahrir a continué, pour rester vigilant dans le changement de régime.  entretemps, la répression de la révolution par le régime a été très active, notamment : mise en place de tireurs d’élite embusqués sur les toits des bâtiments pour tirer sur la foule, ou le fait que des véhicules de police ont roulé volontairement sur des manifestants. les compagnies de téléphone ont également coupé les réseaux sociaux, là aussi très déterminants dans les rendez-vous et la mobilisation, des vagues d’arrestation ont lieu (journalistes, éditeurs, cyberactivistes), du pétrole est répandu dans les rues pour l’incendier au passage des manifestants. mais dans plusieurs villes, les militaires fraternisent avec la population (le 28 janvier) le 29 janvier, l’armée tire sur les manifestants qui tentent de prendre d’assaut le ministère de l’Intérieur. la place Tahrir, délaissée depuis le 25, est à nouveau envahie et cette fois les manifestants resteront sur place nuit et jour, pour faire aboutir leurs revendications. le 1er février, 2 millions de personnes manifestent place Tahrir pour réclamer le départ de Moubarak. ils sont 1 million à Alexandrie. mais le pouvoir fait attaquer les occupants de la place par ses partisans montés sur des dromadaires, armés. les manifestants les encerclent, les font prisonniers et les livrent à l’armée. le pouvoir fait alors marche arrière, rétablit Internet et les réseaux sociaux, libère les cyberactivistes, dont Wael Ghonim (qui avait lancé l’idée de la manifestation du 25 janvier) les 8 et 9 février, des grèves apparaissent dans tous les secteurs, 8000 paysans bloquent les routes et les voies ferrées dans le Sud du pays, les administrations et les chemins de fer se mettent en grève, les manifestations continuent et s’amplifient

 

 

2011 Yemen

révoltes pour un changement de gouvernement, plus de liberté et de meilleures conditions de vie. les manifestations sont pacifiques mais le pouvoir les réprime dans la violence. depuis le 27 janvier, les manifestants demandent le départ du président Saleh, au cours de manifestations régulières, qui se soldent le plus souvent par des morts, comme le 18 mars où 52 personnes sont tuées à Sanaa. le 6 juin, «les jeunes de la révolution» appellent à la formation d’un conseil présidentiel interimaire pour diriger le pays, à un moment où le président Saleh se fait soigner après le bombardement du palais à Sanaa…

 

 

2011 Syrie

ensemble de manifestations populaires — dans ce contexte des «révolutions arabes» de l’année 2011 — très nombreuses par laquelle les manifestants demandent un meilleur respect des droits de l’homme, plus de liberté et de démocratie. un appel à manifester est lancé sur les réseaux sociaux pour les 4 et 5 février. mais rien n’eut lieu, le pouvoir ayant arrêté les organisateurs, stoppé l’accès aux réseaux, procédé à nombre d’intimidations. par précaution, le gouvernement de Bachar el Hassad annonce des mesures : baisse des taxes sur les produits de première nécessité, création d’un fonds social pour aider 420 000 personnes, recrutement de 67 000 fonctionnaires, des dizaines d’autres, corrompus, sont mutés ou renvoyés… mais le 13 mars quinze écoliers sont arrêtés après avoir tagué des slogans de la révolution égyptienne. après des rassemblements demandant leur libération, brutalement dispersées, des manifestations ont lieu à Daraa, Damas, Homs, Banias, Alep. à Daraa, la police tire à balles réelles sur la foule, faisant quatre morts et des centaines de blessés, dont certains sont enlevés par la police à l’hôpital. dès le 20 mars, la contestation s’amplifie, s’étend à d’autres villes du pays. le pouvoir réprime avec une extrême violence les manifestations, les forces de sécurité tirant chaque jour dans le foule, l’armée assiégeant des villes rebelles comme Daraa ou Al-Rastan et les bombardant, et faisant des centaines de morts, hommes femmes et enfants. des dizaines d’opposants sont arrêtés. malgré le bilan extrêmement lourd de la répression et la détermination du pouvoir à massacrer les opposants tout en tenant des discours conciliateurs, la mobilisation ne faiblit pas

 

 

2011 Libye

la contestation a débuté le 15 février dans les principales villes de Cyrénaïque El Beïda, Darnah, Benghazi puis s’est étendue aux autres villes et à Tripoli : les manifestants demandent plus de liberté et de démocratie, un meilleur respect des droits de l’homme et une augmentation du niveau de vie. dès le 16, la répression menée par le régime de Kadhafi est intense, alors les manifestations se muent en révoltes, et des cadres et haut dignitaires du régime commencent à faire défection, et des unités de l’armée, comme à Benghazi, rallient les insurgés. le 17 mars le Conseil de sécurité des Nations Unies adopte la résolution 1973 autorisant des frappes aériennes occidentales pour venir en aide aux insurgés. la révolte se mue en guerre civile, faisant des centaines de morts et de blessés dans des combats quotidiens entre forces aux mains du pouvoir, qui tient bon, et insurgés. le 24 août, les insurgés ont réussi à prendre Tripoli, au terme de longs jours de combat, dont le bilan s’élève à 400 morts et des milliers de blessés.

 

 

sources :  «l’Egypte au temps des pharaons de viviane Koenig ; Catherine Coquery-Vidrovitch (Le livre noir du colonialisme, page 649, Robert Laffont, 2003  /  wikipédia  /  Résistances et révoltes contre les pouvoirs établis, de l’Antiquité à nos jours, sous la direction de Lucien Abénon, Nejnad Fejic et annie saulnier  /  www.matierevolution.fr  / http://rrhh.free.fr/moyenage.htm  /  http://www.herodote.net/  /  http://www.theyliewedie.org/ressources/biblio/fr  //  http://communismeouvrier.wordpress.com  /  http://www.cetri.be  /  http://www.lanation.info/  /  http://www.suite101.fr  /  http://www.hrw.org/ (human right watch)  /  http://www.peplums.info/pep24a.htm  /  http://www.acontresens.com  /  http://www.blackwellreference.com/public/tocnode?id=g9781405184649_yr2011_chunk_g978140518464988  /  http://www.minci.gob.ve/actualidad/2/5566/la_rebelion_de.html  /  http://www.monde-diplomatique.fr  / 

 

 

 

texte issu d’une pièce murale présentée de septembre 2011 à janvier 2012

à l’occasion de para doxa, hétérodoxies de l’événement,

centre d’art municipal de la Villa des Tourelles, à Nanterre.