HAÏKUS SUR IMAGES

 

 

 

c’est un tout petit
oiseau bleu
il est pétrifié devant
l’insistance du tonnerre
qu’il ne prévoyait pas

personne pour cueillir
sans autre loi
les cassis mordorés
mûris sur les pentes
du volcan sacré

circonspection sentimentale
la gracile silhouette
penche la tête au-dessus du pont
les larmes du couchant
s’écoulent lamentablement


deux animaux à corne
errent sur la route déserte
interdits et lents
les cloches tintent
sur un paysage neutre


la jeune fille accroupie
au bord de la crevasse
ne pense pas ne voit
que ses cheveux jaunes
sur son tablier d’écolière


qu’est-ce qui fait trembler
les hêtres asséchés
il n’y a pas de vent
pourquoi perdent-ils déjà
leur écorce d’argent ? 


figure sur un polaroïd
une petite voiture
rouge restée
sur le parking où
elle brille intensément

comme un film muet
un groupe silencieux
s’est formé autour d’un poteau
il attend immobile
l’évacuation annoncée

le petit chien abandonné
remue aussitôt la queue
qu’il entend
un moteur vrombir
derrière lui

face à la caméra
enlève son masque
message : nous
nous sommes réunis
afin de protéger nos enfants


effet d’annonce
les prochains jeux
Olympiques sont invoqués
pour porter secours
aux enfants et leurs parents

il fait très chaud
nous portons des manches
longues des pantalons
et un masque blanc
par principe

ce que la vidéo
ne dira pas
la vitesse déliée
le ralenti imposé
un agrandissement volontaire


l’image tremble
le geste est hésitant
chute d’objets
l’homme filme
une femme à terre

que faire à présent
de toute cette eau
les cuves sont pleines
et personne ne le voit
sur la réverbération des écrans

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Hélios Sabaté Beriain, 2011