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ESSAIS

Sartre et le parti communiste français (PCF) après la libération (1944-1948)

2 mars 2006

Résumé : Dans cette analyse des rapports politiques entre Sartre et le PCF entre 1944 et 1948, je vais d’abord situer le PCF dans le paysage politique français tout de suite après la Libération. Ensuite j’examinerai les principales critiques lancées contre Sartre et l’existentialisme par le Parti et ses sympathisants. En conclusion j’évoquerai brièvement l’existence de différends entre le PCF et Sartre sur quelques questions politiques précises pendant cette période.
Abstract : In this analysis of the political relationships between Sartre and the PCF (French Communist Party), I’ll try, first, to show what was the place of PCF in the French political context during the months following the "Libération". Then I’ll discuss the main critics against Sartre and Existentialism launched by the Parti Comunniste and its followers. As a conclusion, I’ll describe several disagreements between the PCF and Sartre on particular political points during that time.






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Voir le Sommaire du DOSSIER : "Sartre : philosophie, littérature, politique..."

Dans cette analyse des rapports politiques entre Sartre et le PCF entre 1944 et 1948, je vais d'abord situer le PCF dans le paysage politique français tout de suite après la Libération. Ensuite j'examinerai les principales critiques lancées contre Sartre et l'existentialisme par le Parti et ses sympathisants. En conclusion j'évoquerai brièvement l'existence de différends entre le PCF et Sartre sur quelques questions politiques précises pendant cette période.

L'importance du PCF s'est affirmée lors des élections du 21 octobre 1945 où le Parti obtint 26,2 % des suffrages exprimés (contre 14,76 % en 1936) ce qui se transforma en 160 sièges dans la Chambre des députés. Ainsi, il dépassa la SFIO (23,4 % des suffrages exprimés, 142 sièges) sans parler des scores bien plus modestes des partis de centre-gauche, du centre-droit et de droite. Le PCF devint la première force politique et accepta quatre ministères dans le gouvernement dirigé par le général de Gaulle.1 (Le PCF restera au gouvernement français jusqu'à son expulsion du gouvernement de Paul Ramadier en mai 1947). Pendant les élections législatives de juin 1946, suite au rejet du projet de la Constitution soumis au référendum, et encore dans les élections législatives d'octobre 1946, le Parti continuait à bénéficier du soutien de plus de cinq millions d'électeurs, ce qui représentait plus de 25 % des suffrages exprimés.

Ce succès inouï qu'a connu le PCF est le résultat de plusieurs facteurs tous liés à la guerre. En premier lieu, l'engagement sans équivoque du Parti dans la résistance armée à partir de l'été 1941 avait fait oublier dans l'esprit de beaucoup sa conduite bien plus ambiguë entre la signature du pacte de non-agression entre l'URSS et l'Allemagne en août 1939 et l'offensive lancée par celle-ci contre l'URSS en juin 1941. Son succès électoral fut donc en partie une reconnaissance des sacrifices du « parti des 75 000 fusillés »2. Paradoxalement, l'image du PCF comme « le parti de la résistance » avait été renforcée par Vichy et les autorités allemandes qui avaient tendance, pour leurs propres raisons politiques, à attribuer tout acte de résistance aux « Communistes ».

En plus, le PCF, grâce à son adhésion au Komintern, a bénéficié de l'admiration qu'éprouvaient beaucoup de Français pour la contribution des partis communistes en Italie, en Yougoslavie et en Grèce à la défaite du nazisme et surtout pour le rôle joué par l'URSS et l'Armée rouge3. Edgar Morin, par exemple, écrira plus tard à propos de l'impact de la bataille de Stalingrad :

« Stalingrad balayait, pour moi et sans doute pour des milliers comme moi, critiques, doutes, réticences. Stalingrad lavait tous les crimes du passé quand il ne les justifiait pas. La cruauté, les procès, les liquidations trouvaient leur finalité dans Stalingrad. »4

Suite aux vœux de Staline de prolonger, au moins pour le présent, l'alliance forgée pendant la guerre avec les États-Unis et la Grande-Bretagne, le PCF n'a pas tenté de transformer la lutte de libération nationale en lutte révolutionnaire mais au contraire il a tenté d'étendre son influence dans les institutions sociales, politiques et économiques du pays.

« Tout devait être entrepris ou tenté pour qu'il devienne un grand parti et un grand parti de gouvernement capable de contrôler étroitement le pouvoir et même de le conquérir légalement si les circonstances intérieures et surtout extérieures venaient à s'y prêter. »5

Pour y arriver, le Parti cherchait à renforcer son autorité sur ses propres membres, surtout sur ceux qui s'étaient ralliés au Parti pendant la guerre et qui, d'après le Parti, avaient besoin d'être initiés aux traditions du centralisme démocratique du Parti et au marxisme. En même temps, le PCF se présentait comme le représentant de l'intérêt national et ainsi demandait une « épuration dure » contre les collaborateurs, tout en cherchant à obtenir un soutien politique aussi large que possible.

Le PCF cherchait à s'attirer l'appui des intellectuels sachant qu'il avait le soutien impressionnant de la classe ouvrière. Il s'inspirait d'une théorie qui prétendait expliquer la dynamique du « vieux monde », qui serait sur le point de s'écrouler, et aussi fournir les bases du nouveau monde qui était sur le point de naître. Le PCF semblait offrir aux intellectuels la possibilité d'un lien avec la classe ouvrière - la classe de l'avenir - tout en les assurant qu'ils pouvaient être utiles - même si, dans la pratique, le Parti faisait tout pour empêcher tout rapprochement entre ouvriers et intellectuels.

Pendant la guerre, le PCF avait considéré Sartre avec la plus grande méfiance et faisait même circuler la rumeur qu'il avait été libéré du stalag par les Allemands pour leur fournir des renseignements sur la Résistance6. Pourtant, au cours de l'hiver 1942-43, Claude Morgan, directeur communiste des Lettres françaises avait demandé à Sartre de contribuer au journal et d'adhérer au Comité national des écrivains (CNE) animé par les Communistes. Malgré les réticences de certains dirigeants communistes, Sartre a bien assisté aux réunions du CNE où sa participation fut bien appréciée par Morgan et d'autres7, et il a contribué à quatre articles aux Lettres françaises8. Selon Simone de Beauvoir, après la Libération, Sartre voulait continuer à travailler avec le Parti tout en gardant son indépendance. « Sur le plan politique, il pensait que les sympathisants avaient à jouer à l'extérieur du PC le rôle qu'à l'intérieur des autres partis assume l'opposition : soutenir tout en critiquant. »9 Ou, comme écrira plus tard Sartre lui-même, « issus des classes moyennes, nous tentâmes de faire le trait d'union entre la petite bourgeoisie intellectuelle et les intellectuels communistes. »10

Sartre ne cherchait pas à devenir membre du Parti pour deux raisons essentielles qui furent intimement liées. D'abord Sartre était à la Libération un socialiste anti-hiérarchique et libertaire, ce qui était en contradiction flagrante avec l'esprit et la pratique du PCF qui, d'après un historien du Parti, songeait

« [À] faire appliquer dans toute sa rigueur la loi stalinienne fondamentale : le Parti doit redevenir et demeurer, quoi qu'il arrive, articulé et structuré autour d'un appareil de professionnels qui en constitue le cœur, lui-même monolithiquement unifié derrière le secrétaire général, seul à détenir le pouvoir suprême. »11

Ensuite, Sartre refusait la conception du marxisme que défendait alors le Parti.

« [I]l tenait à sauver la dimension humaine de l'homme. Il espérait que les communistes donneraient une existence aux valeurs de l'humanisme ; il essaierait, grâce aux outils qu'il leur emprunterait, d'arracher l'humanisme aux bourgeois. »12

C'est dans ce contexte qu'on doit resituer l'observation faite par Sartre en novembre 1972, « je savais bien que mes objectifs n'étaient pas ceux du PC, mais je pensais que nous aurions pu faire un bout de chemin ensemble. »13

Il va sans dire que le PCF voyait les choses autrement. Considéré à travers son prisme marxiste, les intellectuels (même ceux qui furent membres du Parti) avaient tendance, à cause de leurs origines petit-bourgeoises, à être à la fois des opportunistes et des individualistes peu fiables. Leur rôle n'était nullement de formuler la politique du Parti ; ils ne devaient que l'appliquer et la populariser. Ils devaient pleinement participer à leurs organisations professionnelles ou syndicales et contribuer aux publications du Parti où leurs contributions devaient être approuvées par des « permanents » qui, dans beaucoup de cas, ne connaissaient rien en ce qui concernait le contenu.14 Pour le Parti, les intellectuels -même les intellectuels communistes- étaient un danger contre lequel le Parti devait toujours être vigilant. Comme le disait Laurent Casanova, dirigeant communiste plus particulièrement responsable des intellectuels, ils avaient tendance « à s'installer dans le Parti comme un corps distinct avec des prérogatives particulières. »15 Étant donné cette attitude extrêmement méfiante que manifestait le Parti envers les intellectuels - même « les siens »- les aspirations de Sartre - défendre une pensée qui voulait « corriger » et « humaniser » le marxisme « scientifique » du Parti et collaborer avec le PCF tout en gardant son indépendance- faisait preuve d'une certaine naïveté. Dès la Libération, Sartre et sa conception de l'existentialisme subissaient déjà des attaques dans la presse du Parti.16 Ces critiques s'intensifièrent après « l'offensive existentialiste » d'octobre 1945 et encore plus après le début de la guerre froide, et continuèrent jusqu'à son rapprochement avec le PCF au début des années 50.

La plus grande partie des attaques communistes contre Sartre furent des attaques politiques qui visaient à saper la popularité des ses idées qui étaient considérées comme une menace pour le Parti. Comme l'a noté en 1947 Victor Leduc, le directeur communiste du journal Action à propos de l'existentialisme :

« Nous ne nous occupons pas de savoir si, comme le pensent de bons esprits, cette doctrine n'est pas une variété nouvelle de l'idéalisme philosophique. Ce qui intéresse notre sujet ce sont les interférences possibles de l'existentialisme avec le marxisme, c'est le retentissement politiques des idées. »17

Pour sa part, Sartre a formulé à trois reprises une défense de l'existentialisme.18

Une des critiques à laquelle Sartre répondait était celle qui voulait établir un lien étroit entre l'existentialisme de Sartre et le nazisme à travers l'association de l'existentialisme avec le philosophe allemand Martin Heidegger. Déjà en « À propos de l'existentialisme : Mise au point », publié dans Action en décembre Sartre, tout en regrettant l'adhésion de Heidegger à l'hitlérisme, pensait que cela pourrait s'expliquer « par la peur, l'arrivisme peut-être, sûrement le conformisme » mais il faisait remarquer que « Heidegger était philosophe bien avant d'être nazi. »19 En plus, il soulignait que

« Si nous découvrons notre propre pensée à propos de celle d'un autre philosophe, si nous demandons à celui-ci des techniques et des méthodes susceptibles de nous faire accéder à de nouveaux problèmes, cela veut-il dire que nous épousons toutes ses théories ? Marx a emprunté à Hegel sa dialectique. Direz-vous que Le Capital est un ouvrage prussien ? »20

De toute évidence, Sartre n'a pas réussi à convaincre ses critiques sur ce point. Dans une réponse à l'article de Sartre, Henri Lefebvre insistait d'un ton dérisoire  :

« Ne reprochons pas à M. Sartre d'avoir été le disciple du nazi Heidegger,21 et Georges Mounin d'accuser Sartre d'avoir réduit l'engagement nazi de Heidegger à "un manque de caractère" ».22

D'autres commentaires communistes étaient plus explicites. Dans un article publié dans Action en août 1948, peu avant son départ pour le Congrès mondial des intellectuels á Wroclaw (Pologne), Dominique Desanti faisait référence à Heidegger comme « [le] père de l'existentialisme » et comparait les Temps modernes à la Nouvelle Revue française sous la direction de Drieu la Rochelle pendant l'Occupation. En conclusion, voulant souligner le caractère réactionnaire et rétrograde des Temps modernes elle affirmait,

« La révolution anti-stalinienne dont ils rêvent comme l'âge d'or, n'est pas dans l'avenir mais dans le passé. Elle a eu treize ans d'existence. Elle s'appelait national-socialisme. »23

Ce prétendu lien entre l'existentialisme et le nazisme fut lié à la stratégie du PCF de se présenter comme l'authentique représentant de l'intérêt national français. Affirmer un lien entre l'existentialisme et le nazisme servait à la fois à discréditer l'existentialisme et en même temps à souligner l'image patriotique du PCF que voulait promouvoir le Parti. Même si la théorie marxiste avait été formulée par un Allemand et appliquée (d'après le PCF) en URSS, le marxisme avait une application universelle ; les origines de l'existentialisme, telles qu'elles étaient présentées par le PCF, étaient non seulement « étrangères », elles étaient allemandes (Husserl) et fascistes (Heidegger).

Les communistes considéraient que l'existentialisme n'était que la dernière manifestation de l'idéalisme, l'antithèse même du matérialisme dialectique et historique marxiste. Par exemple, Henri Lefebvre, dans un article publié un mois après la conférence au Club Maintenant, affirmait que « l'existentialisme s'inscrit dans la ligne de la métaphysique »24 et accusait Sartre d'avoir posé le problème humain « comme question individuelle, abstraite et théorique. »25

Lefebvre continuait en développant l'aspect individualiste de l'existentialisme de Sartre.

« Implicitement on admet la querelle éternelle de l'essence et l'existence, et l'on en tire parti dans le sens d'une recherche individuelle, d'une aventure et d'une réalisation du possible individuel. »26

Dans L'Existentialisme est un humanisme, Sartre avait insisté, « notre point de départ est en effet la subjectivité de l'individu, et ceci pour des raisons strictement philosophiques. » Mais, continuait-il, avec une pique lancée contre le marxisme tel que le défendaient les communistes,

« non pas parce que nous sommes bourgeois, mais parce que nous voulons une doctrine basée sur la vérité, et non un ensemble de belles théories, pleines d'espoir mais sans fondements réels. »27

Une autre dimension de « l'individualisme abstrait » attaquée par le PCF, était la conception de Sartre de la liberté, une des clés de voûte de sa philosophie, qui était, d'après le Parti, totalement abstraite, présentée sans référence au contexte politique, social, économique ou historique. C'était donc une notion creuse et sans valeur. Pour Pol Gaillard, par exemple, « tout l'existentialisme découlait, se déduisait d'une certaine conception métaphysico-mystique de la Liberté avec un très grand L. »28 Sartre pour sa part rejetait cette interprétation abstraite et individualiste de la liberté qu'on essayait de lui attribuer. Il insistait sur le fait que la liberté était le fondement de toutes les valeurs, précisant « cette liberté se veut dans le concret. Nous voulons la liberté pour la liberté et à travers chaque circonstance particulière. »29

Roger Garaudy, citant les premières lignes célèbres d'un article de Sartre publié en septembre 1944, « Jamais nous n'avons été plus libres que sous l'occupation allemande »30, reprochait à l'auteur, en décembre 1945, de défendre une notion négative de la liberté. Pour Sartre, écrit-il, « [Ê]tre libre, c'est refuser. C'est le point de vue de ceux qui appartiennent au passé : la liberté est une négation. »31 Du point de vue des communistes, dans une société de classes basée sur l'exploitation, le prolétariat ne peut pas être libre même s'il est engagé dans une lutte pour sa liberté et la liberté de toute l'humanité. Insister sur le fait que tout individu était déjà libre risquait donc de saper cette lutte émancipatrice.

D'après Jean Kanapa, ancien membre du groupe de résistance « Socialisme et Liberté » fondé par Sartre et d'autres en 194132, qui devint par la suite un communiste pur et dur,

« La liberté de Sartre n'est que la liberté de Sartre. L'abstraction n'est, une fois de plus, que la transposition métaphysique d'un privilège exclusif de la bourgeoisie et en même temps un appareil destiné à désarmer la classe montant dans la lutte : "Pourquoi revendiquez-vous la liberté ? dit l'existentialiste au prolétaire. Vous l'avez !" »33

Dans son livre sur l'existentialisme, Henri Lefebvre aussi critiquait la conception de la liberté avancée par Sartre car, selon lui, Sartre ne donnait aucune indication sur nos critères de choix.

« L'existentialisme se donne pour une théorie de la liberté, donc du choix. Le drame de l'existence serait donc celui du choix. La liberté « existerait » comme nécessité du choix, nécessité incessante et perpétuelle. Mais que représenterait un homme qui choisirait tous les matins entre le fascisme et l'antifascisme ? Ce cas serait peut-être très pittoresque et intéressant, mais en quoi cet homme serait-il supérieur à celui qui aurait choisi une fois pour toutes la lutte contre le fascisme, ou qui n'aurait même pas eu à choisir. - Et n'est-ce pas là un exemple typique de faux problème, de problème spéculatif et métaphysique ? »34

Pourtant, dans L'Existentialisme est un humanisme Sartre avait déjà insisté sur l'aspect moral du choix.

« Choisir d'être ceci ou cela, c'est affirmer en même temps la valeur de ce que nous choisissons... ce que nous choisissons, c'est toujours le bien, et rien ne peut être bon pour nous sans l'être pour tous... Ainsi je suis responsable pour moi-même et pour tous, et je crée une certaine image de l'homme que je choisis ; en me choisissant, je choisis l'homme. »35

Sartre se trouvait confronté par l'accusation que sa conception de l'individu et de la liberté individuelle le menait obligatoirement à défendre le quiétisme, c'est-à-dire : les autres peuvent faire ce que je ne peux pas faire. Pour Garaudy, Sartre, ayant rejeté « la science » (c'est-à-dire le marxisme), « ne peut plus revenir vers l'action. Il ne peut ni fournir, ni même accepter une méthode efficace de transformation de la réalité. »36 Sartre rejette avec véhémence l'accusation que sa pensée menait à un quiétisme ; en effet le cœur de l'existentialisme -« l'existence précède l'essence »- voulait dire tout l'inverse.

« [L]'homme n'est rien d'autre que son projet, il n'existe que dans la mesure où il se réalise, il n'est donc rien d'autre que l'ensemble de ses actes, rien d'autre que sa vie. »37

Dans « À propos de l'existentialisme : Mise au point », Sartre insiste en outre sur le fait que sa conception de l'individu « ne s'éloigne pas beaucoup de la conception de l'homme qu'on trouverait chez Marx. Marx n'accepterait-il pas, en effet, cette devise de l'homme qui est la nôtre : faire et en faisant se faire et n'être rien que ce qu'il s'est fait.  »38. Il est clair aussi que Sartre n'excluait pas une action collective, comme le suggérèrent ses détracteurs communistes. Dans L'Existentialisme est un humanisme on lit :

« [V]ous pouvez, dans votre action qui sera, évidemment, limitée par votre mort, compter sur l'appui des autres. Cela signifie, compter à la fois sur ce que les autres feront ailleurs, en Chine, en Russie, pour vous aider, et à la fois sur ce qu'ils feront plus tard, après votre mort, pour reprendre l'action et la porter vers son accomplissement qui sera la révolution. »39

Même si Sartre écrivit « La lutte des classes est un fait, j'y souscris entièrement »40, il refusa d'accepter les « vérités historiques » que défendait le PCF telle que la défaite inévitable du système capitaliste, la victoire inévitable du prolétariat et l'émancipation de l'humanité. Pour lui les êtres humains étaient libres, il ne pouvait donc pas accepter que les gains du processus révolutionnaire soient permanents (« Je ne sais ce que deviendra la révolution russe »41) ; il ne pouvait pas non plus

« être sûr que des camarades de lutte reprennent mon travail après ma mort pour le porter à un maximum de perfection... demain après ma mort, des hommes peuvent décider d'établir le fascisme, et les autres peuvent être assez lâches et désemparés pour les laisser faire. »42

Ces attitudes confirmaient, si les communistes en avaient besoin, que Sartre n'était qu'un intellectuel individualiste et idéaliste qui défendait une notion abstraite et a-historique de l'individu et de la liberté et qui refusait absolument d'accepter la vérité du marxisme. Quant à l'ambition de « compléter » le marxisme du côté de la subjectivité, « l'existentialisme », d'après Garaudy, « ne complète pas le marxisme, il le contredit. »43 Ou, comme disait Henri Mougin en 1946, « Tout ce qui est nouveau dans la querelle de l'existentialisme ... c'est que la lutte y est plus ouverte contre le matérialisme ennemi. »44

Pour beaucoup de ses détracteurs communistes, l'existentialisme de Sartre était la dernière expression de la pensée bourgeoise. D'après l'orthodoxie communiste, le rationalisme avait été l'idéologie de la bourgeoisie quand elle était une force progressiste en lutte contre le féodalisme ; le rationalisme avait été remplacé comme idéologie bourgeoise dominante par le positivisme quand la bourgeoisie s'est installée comme classe dominante et conservatrice. Face à la montée du prolétariat, la bourgeoisie devenait une classe en déclin et réactionnaire et se tournait alors vers l'idéalisme. Dans ce scénario, l'existentialisme était la plus récente expression de cet idéalisme bourgeois. Il était le reflet d'une classe décadente qui, dans la France d'après-guerre, n'était plus capable, à cause de l'aggravation des contradictions internes du système capitaliste, de gérer les forces de production. C'est-à-dire, d'après les communistes, sentant que sa propre stabilité était compromise, et consciente que ses jours étaient comptés, la bourgeoisie fuyait la réalité et trouvait refuge dans une philosophie qui reflétait son déclin irrémédiable.

C'est dans cette optique qu'on peut placer les attaques du Parti contre les prétendus aspects morbides et sordides des écrits de Sartre, car si la bourgeoisie était une classe décadente en déclin il en était aussi pour sa culture dont Sartre étaient un des ces représentants. Par exemple, en novembre 1945 Lefebvre, qui aimait appeler l'existentialisme l'excrémentalisme, tout en avouant qu'il n'avait lu ni L'Âge de raison de Sartre ni Le Sang des autres de Beauvoir, ne se gênait pas de déclarer :

« il est évident que les œuvres de Sartre - L'Être et le néant particulièrement - donnent une importance spéciale à ce qui incline du côté de la douleur, et non du côté de la joie. Cette tendance me semble révélatrice de quelque chose de morbide, et me paraît témoigner d'un phénomène de pourriture qui est tout à fait dans la ligne de décomposition de la culture bourgeoise. »45

Pour sa part, Garaudy décrivait l'existentialisme de Sartre comme « une maladie » ajoutant que « la thèse de Sartre sur L'Être et le néant, ne sort pas de ce domaine de la pathologie métaphysique. La philosophie de l'homme sain commence au-delà. »46

Dans sa réponse aux accusations que « l'existentialisme se complaît dans l'ordure et montre plus volontiers la méchanceté des hommes et leur bassesse que leurs beaux sentiments »47, Sartre remarqua : « Héroïsme, grandeur, générosité, abnégation, j'en demeure d'accord, il n'y a rien de mieux, et, finalement, c'est le sens même de l'action humaine » tout en insistant : « je me méfie des gens qui réclament que la littérature les exalte en faisant étalage de grands sentiments, qui souhaitent que le théâtre leur donne le spectacle de l'héroïsme et de la pureté. »48

Dans un article publié en mai 1947, Cécile Angrand, professeur de lycée proche du PCF, reprenait beaucoup des thèmes que nous avons déjà identifiés. Elle soulignait les aspects scandaleux des romans de Sartre :

« Sartre se plaît à décrire les nuits de Montmartre, les boîtes de Montparnasse, les casinos de la Côte d'Azur, les mœurs des invertis, les épisodes érotiques... Les romans existentialistes qui respirent le mépris de la famille, l'horreur du mariage, les mœurs « libres »... »49

Elle citait Heidegger et Kierkergaard « ces deux maîtres obscurantistes » comme « les véritables pères des existentialistes » sans oublier de noter « des prédications d'Heidegger pour une soumission aveugle à la force nazi, pour une force magique du Füher de la grande Allemagne » ; elle présentait l'existentialisme, « [C]ette métaphysique obscurantiste, pour se vouloir une idée nouvelle [comme] rien d'autre qu'un aspect déguisé de l'idéalisme philosophique » etc.50 Elle a néanmoins apporté une observation originale en ce qui concerne les existentialistes. Sans nommer Sartre, elle notait :

« les existentialistes sont, pour la plupart, des agrégés de philosophie ou de littérature ; beaucoup sont anciens élèves de l'École Normale Supérieure, presque tous ont été professeurs de l'enseignement secondaire. »51

Pourtant, d'après elle, bien que la plupart d'entre eux soient issus de la bourgeoisie moyenne et libérale, ils se heurtèrent après l'agrégation à de cruelles déceptions car ils durent faire face à la contradiction entre la conscience de leur valeur individuelle et le sentiment de leur infériorité sociale qui venait du fait que « [L]a fonction enseignante, volontairement dévalorisée en France, ne permet pas aux professeurs de participer aux privilèges des classes possédantes. » Elle continuait en disant que ces

« Professeurs, malgré eux, impatients de délaisser un métier qui ne paie pas, plein de mépris pour leurs collègues qui acceptent une situation subalterne, les existentialistes ont découvert l'existentialisme pour se tailler une place au soleil du régime capitaliste. L'existentialisme fut leur entreprise commerciale. »52

Si la plupart des communistes et leurs sympathisants ont souligné l'aspect bourgeois de l'existentialisme, Roger Vailland, alors sympathisant du PCF, (il deviendra membre du Parti au début des années 50), insista sur la dimension petit-bourgeoise de l'existentialisme. Dans sa contribution au livre Pour et contre l'existentialisme il nota que « Les existentialistes sont ... des fils de petits bourgeois. »53 Il explique que le petit bourgeois appartient à une classe qui a perdu tout espoir d'accéder au pouvoir depuis que la concentration des capitaux et des entreprises a réservé à une minorité privilégiée la puissance réelle dans la société capitaliste. La petite bourgeoisie est donc une classe délaissée et anxieuse de son délaissement.

« Ce sont les termes mêmes qu'utilisent les existentialistes pour définir la condition humaine. Ils ne font que définir leur condition de petits-bourgeois. »54

Ayant identifié les thèmes avancés par les détracteurs communistes contre Sartre et l'existentialisme, il faut poser la question suivante. Comment se fait-il que les communistes réservent à Sartre et à l'existentialisme une offensive si brutale et si prolongée ? C'est Sartre lui-même qui apporta plus tard ce qui me semble être la clé de cette attitude.

« C'est très simple, c'est qu'à ce moment-là j'avais de la clientèle, et qu'ils voulaient me reprendre ma clientèle. C'est tout. »55

Plus précisément, le PCF craignait l'influence de Sartre surtout parmi les jeunes. Il y avait ceux qui s'étaient ralliés au Parti pendant la guerre pour participer à la Résistance mais, étant donné les circonstances, n'avaient pas été initiés à la culture autoritaire du marxisme-léninisme du Parti. Le PCF avait peur que ces nouvelles recrues, ainsi que d'autres jeunes gens, soient tentées par la philosophie de la liberté que prônait Sartre. Comme dira Sartre en novembre 1972, « un des dirigeants [du PCF] me dit alors que je freinais le mouvement qui entraînait les jeunes intellectuels vers le Parti. »56

On trouve un écho à cette crainte dans le texte d'Angrand quand elle écrit : « Il s'ensuit que la principale clientèle des romans existentialistes, en France, est présentement constituée par les jeunes lycéens qui lisent Sartre sous le pupitre, en cachette de leurs parents. » Selon Angrand, l'existentialisme « risquerait d'empoisonner les jeunes gens et les jeunes filles des classes supérieures de nos lycées. » Et elle observe plus loin, « on comprend dès lors que les lecteurs hâtifs ou des jeunes gens innocents aient tenu l'existentialisme pour un mouvement « de gauche » et progressif. »57

Raymond Aron, décrivant les rapports entre Sartre et le PCF en 1946 constate que c'est un « étrange dialogue, dans lequel l'un des interlocuteurs affirme son amitié et ne reçoit que des rebuffades en retour. »58 Sartre confirme cette observation :

« [J]e n'ai jamais attaqué les communistes avant un article intitulé Matérialisme et révolution, paru en 194759, qui traitait uniquement, et courtoisement, de problèmes philosophiques et idéologiques, et non pas de la politique du parti. Il y avait déjà deux ans et demi, à ce moment-là que j'étais traité de traître, qu'on déclarait que j'étais payé par l'Ambassade américaine ou que je soutenais une bourgeoisie mourante. »60

Si on constate un ton courtois dans « Matérialisme et révolution », texte où Sartre avançait une critique philosophique des bases « scientifiques » du matérialisme dialectique que défendait le PCF et ensuite proposait sa propre philosophie de la liberté, on trouve une approche beaucoup plus robuste dans « Qu'est-ce que la littérature ? » (1947). Dans ce texte, Sartre n'hésitait pas à affirmer « que le sort de la littérature est lié à celui de la classe ouvrière » mais constata sa frustration de ne pas avoir accès à la majorité du prolétariat français qui était « corsetée par un parti unique, encerclée par une propagande qui l'isole » et qui « forme une société fermée, sans portes ni fenêtres. Une seule voie d'accès, fort étroite, le PC. »61 Il s'en prend au conservatisme et à l'opportunisme du Parti et aussi à sa volonté de ménager la bourgeoisie. Affirmant que « la politique du communisme stalinien est incompatible avec l'exercice honnête du métier littéraire »62, Sartre continue en dénonçant les « procédés conservateurs » des communistes :

« on persuade par répétition, par intimidation, par menaces voilées, par la force méprisante de l'affirmation, par allusions énigmatiques à des démonstrations qu'on ne fait point en se montrant d'une conviction si entière et si superbe qu'elle se place d'emblée au-dessus de tous les débats... On ne répond jamais à l'adversaire : on le discrédite, il est de la police, de l'Intelligence Service, c'est un fasciste. Quant aux preuves, on ne les donne jamais... »63

La véhémence de ces lignes s'explique non seulement par la façon dont le Parti avait traité Sartre mais aussi du fait que la rédaction de ce texte coïncidait avec une campagne menée par le PCF contre Paul Nizan, ami de jeunesse de Sartre et ancien communiste qui avait démissionné du Parti en 1939 au moment du pacte germano-soviétique. Après sa mort au combat près de St Omer en mai 1940, le Parti faisait circuler la rumeur que Nizan avait été un mouchard à la solde de la police française. Les attaques contre Nizan réapparurent en 1946 avec la publication de L'Existentialisme, d'Henri Lefebvre. D'après une lettre de Sartre au CNE, Louis Aragon avait de nouveau affirmé (à Sartre cette fois-ci) que Nizan « fournissait des renseignements sur l'activité du parti communiste au ministère de l'Intérieur. »64 En avril 1947 une déclaration signée par 25 intellectuels dont Sartre65, exigea que le PCF fournisse des preuves de la prétendue trahison de Nizan. En fin de compte, la vigoureuse réaction des signataires de la lettre eut raison des accusations communistes, Sartre commentant plus tard :

« [S]ommés publiquement de produire leurs preuves, ils se débandèrent en nous reprochant de ne jamais leur faire confiance et de n'être vraiment pas gentils. »66

Cet épisode n'a évidemment pas arrangé les choses entre Sartre et le PCF.

Les rapports entre Sartre et le PCF ont encore empiré suite à l'adhésion de celui-là au Rassemblement démocratique révolutionnaire au début de 194867. Ce mouvement, lancé par David Rousset, Jean Rous et Gérard Rosenthal se présentait comme une alternative et aux « pourrissements de la démocratie capitaliste » et à « la limitation du communisme à sa forme stalinienne », et espérait rassembler les militants du PCF, de la SFIO (sans les obliger à quitter leur parti) et ceux sans parti. Dès le départ les communistes, toujours hostiles à toute organisation de gauche, voyaient dans le RDR un rival et lui réservaient « leurs flèches les plus venimeuses. »68 Par exemple, un meeting du RDR à la salle Pleyel en décembre 1948 fut décrit par Pierre Hervé comme un « meeting anti-soviétique organisé... par une clique d'intellectuels dont les généralités clinquantes et les slogans de chapelle littéraire dissimulent mal une acceptation délibérée du régime capitaliste... »69 Cet article n'a pas raté l'occasion d'associer de nouveau Sartre avec les idées d'extrême-droite : « La fête n'aurait pas été complète s'il n'y avait eu sur le plateau Simone de Beauvoir et Sartre, qui a poussé sur des thèmes déatistes[71] 70 le couplet européen. »71

Par ailleurs Sartre et Rousset furent présentés comme les pions du gouvernement et de Wall Street.72 Cette accusation était liée, en partie au moins, à la différence entre les positions prises par Sartre et le PCF à propos du Plan Marshall. Après la déclaration officielle d'André Zhdanov en septembre 1947 de la division du monde en deux blocs, la lutte contre l'influence du bloc impérialiste et antidémocratique à la tête duquel se trouvaient les États-Unis devenait encore plus importante. Si le PCF montait une campagne vigoureuse contre le Plan Marshall, la position du RDR et celle de Sartre fut beaucoup moins claire. Le RDR rejetait « une attitude stérile d'hostilité négative »73 envers le Plan et la position de Sartre était franchement naïve et irréaliste. Apparemment ignorant qu'un des buts du Plan Marshall était de combattre l'influence socialiste et communiste en Europe, Sartre déclara que « l'apport américain doit être contrôlé et distribué par des organismes européens et socialistes et qu'il doit être utilisé pour la construction de l'Europe socialiste... »74

Sur le plan national, Sartre et le RDR se trouvaient également attaqués par le PCF pour leur prétendu silence à propos de la grande grève des mineurs à la fin de 1947, une accusation qu'ils rejetèrent vigoureusement.75 Il y eut aussi une réaction féroce dans la presse communiste à propos de la pièce de Sartre, Les Mains sales,76 présentée pour la première fois en 1948. Malgré les protestations de Sartre affirmant qu'il ne s'agissait à aucun degré d'une pièce politique, mais plutôt d'une pièce sur la politique, Sartre fut accusé par Pol Gaillard en avril 1948 d'avoir manifesté « un anti-communisme militant. »77 Quelques mois plus tard, l'écrivain soviétique, Ilya Ehrenbourg[,] écrivant lui aussi dans Les Lettres françaises décrivait Les Mains sales comme « un pamphlet anti-communiste et anti-soviétique mûrement réfléchi » ajoutant plus loin :

« Le fait que Sartre ait écrit Les Mains sales au moment de la chasse aux communistes, au moment de la campagne anti-soviétique acharnée qui n'est rien d'autre que la préparation de la guerre, ce fait signifie qu'il a lié son sort au sort de M. Jules Moch, au sort de M. Dulles, de M. Churchill et des autres inspirateurs de la "croisade". »78

À la Libération, quatre ans et demi auparavant, Sartre voulait travailler en collaboration avec les communistes ; au tout début de 1949, on l'accusa d'être complice du ministre de l'Intérieur français et de deux des partisans principaux de la guerre froide. Ce n'est qu'en 1951 qu'il y aura un rapprochement entre Sartre et le PCF autour de la campagne pour la libération d'Henri Martin et entre 1952 et 1956 il deviendra compagnon de route du Parti.


 

Londres, 2005

 

Notes

1 S. Berstein et P. Milza, Histoire de la France au 20e siècle, Éditions complexe, 1991, p. 24.

2 Ce chiffre est certes contesté, étant donné que le chiffre officiel du nombre de personnes fusillées en France par les Allemands fut 29 620. Pourtant, si on reprend la formule du leader Maurice Thorez - « 75 000 communistes qui sont morts pour la France et la liberté » ce qui comprend non seulement les fusillés mais des soldats communistes tués au combat, des communistes morts en déportation ou sous la torture, ce chiffre même s'il reste une exagération, paraît plus réaliste.

3 En septembre 1944, en réponse à la question « Quelle nation a le plus contribué à la défaite de l'Allemagne ? », posée par l'IFOP, 61 % des Français interrogés ont répondu l'URSS, contre seulement 29 % pour les États-Unis. voir P. Ory & J.-F. Sirinelli, Les Intellectuels en France de l'Affaire Dreyfus à nos jours, Éditions Perrin, 2004, p. 234.

4 E. Morin, Autocritique, Éditions du Seuil, (Collection « Politique »), 1975, p. 47.

5 J. Fauvet, Histoire du Parti communiste français, Fayard, 1977, pp. 341-342.

6 Voir J.-P. Sartre, D. Rousset, G. Rosenthal, Entretiens sur la politique, Gallimard, 1949, p. 71.

7 Voir J. Gerassi, Jean-Paul Sartre, Hated Conscience of His Century, Volume 1, University of Chicago Press, 1989, p. 180.

8 J.-P. Sartre, « Drieu la Rochelle ou la haine du soi », in Les Lettres françaises, N°6, avril 1943 ; « La littérature, cette liberté », in Les Lettres françaises, N°15, avril 1944, p. 8 ; « Un film pour l'après-guerre », in Les Lettres françaises, N°15, avril 1944, pp. 3-4 ; « L'Espoir fait l'homme », in Les Lettres françaises, N°18, juillet 1944, p. 2. Il y avait en plus un article « Alphonse de Châteaubriant ou la peur d'être libre », écrit vraisemblablement au printemps 1943 « sans doute destiné aux Lettres françaises » (Michel Contat). Texte et commentaire de Contat distribué au colloque de Cerisy, le 22 juin 2005 par Jacques Lecarme dans le contexte de sa communication sur Sartre et les Lettres françaises.

9 S. de Beauvoir, La Force des choses, Gallimard, 1963, p. 18.

10 J.-P. Sartre, « Merleau-Ponty », in Situations IV, Gallimard, 1964, p. 219.

11 P. Robrieux, Histoire intérieure du parti communiste, Tome2 (1945-1972), Fayard, 1981, p. 22.

12 S. de Beauvoir, La Force des choses, Gallimard, 1963, p. 18.

13 P. Gavi, J.-P Sartre, P. Victor, On a raison de se révolter, Gallimard, 1974, p. 26.

14 Voir, par exemple, D. Desanti, Les Staliniens, Marabout, 1975, p. 510-511.

15 L. Casanova, Le Parti communiste, les intellectuels et la nation, Éditions sociales, 1949, p. 11.

16 Voir, par exemple, R. Caillois, « Georges Politzer et la critique des mythes », in Action, 20 octobre 1944, p. 5.

17 V. Leduc, Le Marxisme est-il dépassé ?, Éditions Raison d'Être, 1946, p. 157.

18 « À propos de l'existentialisme : Mise au point », in Action, N°17, 1944, p. 11 ; L'Existentialisme est un humanisme, Éditions Nagel, 1946 - texte légèrement modifié d'une conférence donnée au Club Maintenant le 28 octobre 1945 ; « Jean-Paul Sartre répond à ses détracteurs », in C. Audry (dir), Pour et contre l'existentialisme, Éditions Atlas, 1948, pp 181-190. Texte basé sur une émission de radio « Lettres d'auditeurs et définition de l'existentialisme » diffusée le 3 novembre 1947 dans la série d'émissions La Tribune des Temps modernes.

19 J.-P. Sartre, « À propos de l'existentialisme : Mise au point », in M. Contat et M. Rybalka, Les Écrits de Sartre, Gallimard, 1970 p. 654.

20 Ibid.

21 H. Lefebvre, « « Existentialisme » et Marxisme : Réponse à une mise au point », in Action, 8 juin 1945, p. 8.

22 G. Mounin, « L'Existentialisme est-il un humanisme ? », in Action, 29 mars 1946, p. 13.

23 D. Desanti, « Le Paté « cheval-alouette » ou le « dialogue » des Temps Modernes », in Action, 18 August 1948, p. 8.

24 Cité dans D. Aury, « Qu'est-ce que l'existentialisme ? Bilan d'une offensive », in Les Lettres françaises, 24 novembre 1945, p. 5.

25 H. Lefebvre, « « Existentialisme » et Marxisme : Réponse à une mise au point », in Action, 8 juin 1945, p. 8.

26 Ibid.

27 J.-P. Sartre, L'Existentialisme est un humanisme, Éditions Nagel, 1946, p. 63.

28 P. Gaillard, « Pour qui écrit Sartre ? », in La Pensée, novembre-décembre 1947, p. 110.

29 J.-P. Sartre, L'Existentialisme est un humanisme, Éditions Nagel, 1946, p. 83.

30 J.-P. Sartre, « La République du silence », in Situations III, Gallimard, 1976, p. 11.

31 R. Garaudy, « Sur une philosophie réactionnaire. Un faux prophète : Jean-Paul Sartre », in Les Lettres françaises, N°88, 28 décembre 1945, p. 1.

32 Parmi les autres membres du groupe on trouvait, les membres de « la famille » : Pierre Bost, Wanda et Olga Kosakiewycz, Jean Pouillon, Simone de Beauvoir, Maurice Merleau-Ponty, Jean Toussaint et Dominique Desanti, Raymond Marrot, Georges et Jean Chazelas, et cinq étudiants, François Cuzin, Simone Debout, Yvonne Picard, Raoul Levy et Jean Kanapa.

33 J. Kanapa, L'Existentialisme n'est pas un humanisme, Éditions sociales, 1948, p. 84.

34 H. Lefebvre, L'Existentialisme, Éditions du Sagittaire, 1946, pp. 62-63.

35 J.-P. Sartre, L'Existentialisme est un humanisme, Éditions Nagel, 1946, pp. 25-27.

36 R. Garaudy, « Sur une philosophie réactionnaire. Un faux prophète : Jean-Paul Sartre », in Les Lettres françaises, N°88, 28 décembre 1945, p. 1.

37 J.-P. Sartre, L'Existentialisme est un humanisme, Éditions Nagel, 1946, p. 55.

38 J.-P. Sartre, « À propos de l'existentialisme : Mise au point », in M. Contat et M. Rybalka, Les Écrits de Sartre, Gallimard, 1970 p. 655.

39 J.-P. Sartre, L'Existentialisme est un humanisme, Éditions Nagel, 1946, p. 51.

40 J.-P. Sartre, « À propos de l'existentialisme : Mise au point », in M. Contat et M. Rybalka, Les Écrits de Sartre, Gallimard, 1970 p. 657.

41 J.-P. Sartre, L'Existentialisme est un humanisme, Éditions Nagel, 1946, p. 52.

42 Ibid., p. 53.

43 R. Garaudy, « Sur une philosophie réactionnaire. Un faux prophète : Jean-Paul Sartre », in Les Lettres françaises, N°88, 28 décembre 1945, p. 1.

44 H. Mougin, « Courte Histoire de l'existentialisme », in La Pensée, N°8, juillet-août-septembre 1946, p. 27.

45 Cité dans D. Aury, ‘Qu'est-ce que l'existentialisme ? Bilan d'une offensive', Les Lettres françaises, 24 novembre 1945, p. 5.

46 R. Garaudy, « Sur une philosophie réactionnaire. Un faux prophète : Jean-Paul Sartre », in Les Lettres françaises, N°88, 28 décembre 1945, p. 1.

47 J.-P. Sartre, « À propos de l'existentialisme : Mise au point », in M. Contat et M. Rybalka, Les Écrits de Sartre, Gallimard, 1970, p. 653.

48 Ibid., p. 658.

49 C. Angrand, « L'Existentialisme philosophie antidémocratique », in Démocratie nouvelle, N°5, mai 1947, p. 242.

50 Ibid., p. 244.

51 Ibid., p. 242.

52 Ibid., p. 242.

53 R. Vailland, « Un Phénomène de classe qui sert la réaction », in C. Audry, Pour et contre l'existentialisme, Paris, 1948, p. 177.

54 Ibid., p. 178.

55 Sartre, un film réalisé par A. Astruc et M. Contat, Gallimard, 1977, p. 83.

56 Gavi et al, op. cit., p. 26.

57 C. Angrand, « L'Existentialisme philosophie antidémocratique », in Démocratie nouvelle, N°5, mai 1947, p. 243.

58 R. Aron, « Marxisme et existentialisme », texte d'une conférence prononcée en 1946, repris in Marxismes imaginaires, Gallimard, (Collection Idées), 1970, p. 27.

59 En fait, cet article a été publié dans les Temps modernes en juin et juillet 1946.

60 J.-P. Sartre, D. Rousset, G. Rosenthal, Entretiens sur la politique, Gallimard, 1949, pp. 74-75.

61 J.-P. Sartre, « Qu'est-ce que la littérature ? », in Situations II, Gallimard,1948, p. 277.

62 Ibid., p. 280.

63 Ibid., p. 280.

64 « Le Cas Nizan », in Les Temps modernes, N°22, juillet 1947, pp. 181-182.

65 Ibid.

66 J.-P. Sartre, préface à P. Nizan, Aden Arabie, François Maspero, 1960, p. 7.

67 Pour une analyse détaillée du RDR, voir I. Birchall, « Neither Washington nor Moscow ? The rise and fall of the Rassemblement Démocratique Révolutionnaire », in Journal of European Studies, Vol 29, 1999, pp. 365-404.

68 J.-P. Sartre, D. Rousset, G. Rosenthal, Entretiens sur la politique, Gallimard, 1949, p. 203.

69 P. Hervé, « La Clique de ceux qui ont « rejeté en bloc la révolution » », in L'Humanité, 15 décembre 1948, p. 3.

70 Marcel Déat, né le 7 mars 1894. Dirigeant socialiste, il devient dissident socialiste, ensuite un collaborateur ardent pendant l'Occupation. Condamné à mort par contumace en juin 1945 par la Haute Cour de justice il est mort le 5 janvier 1955.

71 P. Hervé, « La Clique de ceux qui ont « rejeté en bloc la révolution » », in L'Humanité, 15 décembre 1948, p. 3.

72 M.-A. Burnier, Les Existentialistes et la politique, Gallimard, (Collection Idées), 1966, p. 67.

73 La Gauche-RDR, N°3, 16-30 juin 1948, p. 4, cité dans I. Birchall, « Neither Washington nor Moscow ? The rise and fall of the Rassemblement Démocratique Révolutionnaire », in Journal of European Studies, Vol 29, 1999, p. 387.

74 J.-P. Sartre, D. Rousset, G. Rosenthal, Entretiens sur la politique, Gallimard, 1949, p. 110.

75 Voir J.-P. Sartre, D. Rousset, G. Rosenthal, Entretiens sur la politique, Gallimard, 1949, pp. 143-148.

76 Texte publié dans Les Temps modernes N°30, mars 1948, pp. 1537-1582, N°31 avril 1948, pp. 1754-1813. La pièce a été présentée pour la première fois le 2 avril 1948.

77 P. Gaillard, « C'est Sartre qui a les mains sales », in Les Lettres françaises, N°203, 8 avril 1948.

78 I. Ehrenbourg, « Contre le mensonge politique. Faulkner et Sartre vus par un écrivain soviétique », in Les Lettres françaises, 10 février 1949, p. 6.

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