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LECTURES

Sur les traces de l’enfance

Lecture de "Enfance obscure" de Pierre Péju (Gallimard 2011)

5 décembre 2011




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Enfance obscure. Sombre, indiscernable, inintelligible. Pierre Péju nous conduit sur les traces de cette obscure et insaisissable enfance comme on se promène avec un enfant : lui tenant la main ou restant seulement à côté de lui, silencieux, ajustant le pas ou le pressant pour suivre notre rythme, le laissant courir devant ou traîner derrière, le portant parfois, en parlant à voix basse ou en criant et chantant avec lui…

Les traces de l’enfance, ce qu’il nomme l’Enfantin, ne sont pas des empreintes mais comme des griffures d’expériences que Péju a relevées dans ses souvenirs, ses rêves, dans les textes littéraires ou philosophiques mais aussi historiques ou anthropologiques. Ce livre1 quelque peu palimpseste (issu d’un séminaire au collège international de philosophie), qui mêle récit, essai philosophique ou critique littéraire organise cette randonnée en enfance selon des circuits imprévus et des étapes insolites. Trois moments nous intéressent particulièrement ici : le surgissement de l’Enfantin et ses affinités avec la création, le détour par l’Infantile et ses impossibilités de penser, et la disparition ou la perte de l’enfance. Attention ! L’Enfantin est vertigineux, il est situé entre deux vides, « entre souci d’avant enfance et souci de mort », entre « possible impossibilité de son existence » et « possibilité de son inexistence » (p.85).

Obscure et brutale nouveauté de l’Enfantin

L’Enfantin, ni un âge, ni un état, ni une situation sociale, économique ou psychologique. C’est une expérience. Une expérience unique, illisible ou indéchiffrable parce que sans texte et sans chiffre, une expérience première sans être originaire. L’Enfantin est perception. Collections de perceptions qui ne s’additionnent pas, qui ne se parlent pas. C’est une façon singulière de percevoir qui, parfois, fait retour.

Chaque enfance réelle est confrontée à « des impressions toutes neuves », dissociées ou amplifiées, « visions sombres ou surexposées », « jamais séparables d’une menace, de l’expérience originelle d’une peur, d’une honte ou d’un enchantement ». « L’Enfantin est un théâtre paradoxal » : à la terne confusion d’une grande solitude répond l’éclat brutal de sensations inconnues. Le temps de l’enfance est discontinu. Ses sensations et sentiments aussi.

« L’enfant peut avoir momentanément la poitrine broyée par la terreur, être quelques instants écrasé par la honte, mais bientôt, il s’absente, se décale, et ne ressent déjà plus ce qui l’oppressait : il est un autre. Les instants vécus se succèdent sans forcément communiquer et donc sans être unifiés par la forme générale du Temps qui n’offre pas encore à ses sentiments, même les plus négatifs, un terreau très profond » (p. 39-40).

La discontinuité de l’enfance, à la fois du temps et des sensations, forme aussi sa solitude et signe son étrangeté pour les adultes.

« Ces sentiments enfantins ne ressemblent pas tout à fait à ceux qui portent le même nom chez les prétendues grandes personnes. L’enfant les éprouve d’une façon plus brutale mais souvent plus éphémère, en raison de sa faculté de passer très vite à autre chose, de glisser vers une autre activité, un autre jeu » (p. 39-40).

Ce n’est pas la psychanalyse qui dit le mieux la force de l’Enfantin :

« Une approche psychanalytique risque fort de manquer l’Enfantin. Car l’Enfantin n’est pas "inconscient". Il n’a pas subi de refoulement. Ses images ou ses idées, même les plus insolites, ne sont pas frappées d’un interdit d’accès à la conscience par quelque surmoi » (p. 65).

La psychologie également semble le méconnaître ou le manquer alors que l’anthropologie s’en approche davantage en montrant l’enfant au seuil de la mort : « L’Enfantin revient de la mort : il nous met en communication avec un monde des morts » (p. 67). C’est sans doute pourquoi il est si difficile de saisir l’Enfantin qui « jouit d’une totale liberté d’apparaître, de demeurer un moment près de nous, puis de s’esquiver, pour des raisons qui nous échapperont toujours. C’est lui qui décide » (p. 112). Et c’est aussi pourquoi « l’Enfantin n’est présent dans les textes littéraires, romans ou récits, que sous forme de courts fragments qui pourraient sans doute être encore réduits ou, plus exactement, distillés » (p. 112). Car l’Enfantin est particulièrement lié à la création et à l’art.

Situé entre deux absences, entre les deux vides d’avant et d’après la vie, l’Enfantin, petite créature et puissance de création, fait circuler cette force.

« L’énergie que l’Enfantin produit en nous prend sa source dans ce besoin fondamental d’entretenir un lien ambigu avec un au-delà (qui est aussi un en-deçà). L’enfant comme go-between entre nous et les disparus. Petit messager transparent qui ignore le message qu’il porte » (p. 72).

L’Enfantin dans la création

Discontinuité et fragmentation, monstruosité, jeu ou fantaisie sont les tendances majeures de l’Enfantin et de sa puissance artistique. Puissance ou potentialité présente au cœur des « noyaux d’enfance » (Bachelard) ou des « constellations enfantines » que Péju se plaît à énoncer pour y déambuler :

« la Cachette, la Cabane, l’Ennui, l’Atlas, Grandir et rapetisser, les Indiens, les marionnettes, les Bêtes, la Collection, le Grand-père, la Saleté, l’Impudeur, la maladie, la Fugue, la Vérité, les Bohémiens, la Lecture, etc. » (p. 99).

Mais c’est surtout parce que nous avons une responsabilité à l’égard de cette « vie première », « demi-obscurité des premiers temps » qu’il faut d’abord l’écrire. Il ne s’agit pas d’écrire des souvenirs, mémoires ou autobiographies mais, en référence à Bergson, de rappeler des possibles. C’est parce que « l’enfance, vécue dans son opacité, ses grossissements, ses lumières vives et ses petites ténèbres, se présente toujours comme un "bouquet de possibles" (p. 47) qu’il faut suivre ses leçons, écrire l’Enfantin, créer à partir de son regard, de cette approche métonymique du monde qui produit ces grossissements, rétrécissements et autres métamorphoses perceptives.

« Toute création est un combat entre une langue apprise et cette langue bredouillée et malhabile de l’Enfantin. Qu’est-ce que l’Enfantin ? C’est la nudité soudaine, le brusque abandon à l’instant présent, l’attention hypnotique à un détail, le changement de regard sur ce qui m’entoure, l’inexplicable nouveauté d’un geste, le détournement provisoire des objets » (p. 54).

Si Enfantin et création sont liés ce n’est pas par des réminiscences, des références ou des miroirs, même inversés, c’est par une manière d’être au monde, une manière de le sentir. […]

« L’Enfantin n’est pas une vaste bouillie d’oubli et d’impressions confuses, mais, en raison de sa persistance en nous, une réserve de singularités et de tendances, de forces en réserve, bref de sensations préindividuelles (et donc impersonnelles) particulièrement efficaces » (p. 64).
« Toute forme de création est possible, le "milieu propice" dans lequel l’Enfantin aura une chance, plus tard, de prospérer un moment peut s’appeler littérature ou création plastique, musique, geste inimitable, audace soudaine » (p. 63).

Peu importe. L’essentiel est bien dans cette expérience du monde qui, parfois, fait retour, dans l’Enfantin qui revient en enfantôme et nous marque d’étranges empreintes :

« il consiste surtout en une façon très légèrement différente d’être au monde, en une présence aux choses, aux autres, à soi-même qui, consciemment ou non, admet ou reconnaît cette présence de l’enfantôme. Comme si, désormais, ces amalgames de sensations et significations avaient le pouvoir d’amplifier ma perception de l’actuel » (p. 63).

Mais l’Enfantin comme impression ou sensation, expérience et traces de cette expérience première, n’est pas exactement l’enfance. Il ne renvoie pas directement à une période ou un âge de la vie dont on cherche à tracer les frontières ou à sonder l’étendue et la profondeur. L’enfance réelle, qu’elle soit biologique, sociale ou historique, est nommée Infantile et son obscurité peut, en partie, être éclairée par différentes études, réflexions et discours.

Détour par l’Infantile

Ainsi, dans le chapitre Clairière de l’enfance, Péju nous propose un détour par les discours sur l’enfance :

« J’appellerai "l’Infantile" l’ensemble des discours et des représentations concernant l’enfance ainsi que l’ensemble des institutions, usages et coutumes qui encadrent sa présence […]. L’Infantile désigne aussi, par extension, la façon dont les enfants réels sont amenés à se comporter et à conventionnellement réagir dans le cadre qui leur est imparti » (p. 127).

Pour lui :

« L’époque moderne a produit une éclaircie absolument singulière dans la vaste ténèbre infantile […]. Des décalages, des distorsions, des éclairages étonnants ont été rendus possibles grâce à la légitimation d’une enfance fantôme soudain autorisée à hanter la création » (p. 128).

Dans ces quelques pages, Péju nous conduit de l’histoire des mentalités avec Philippe Ariès et l’évolution du sentiment d’enfance, à la philosophie avec la mise au monde de l’enfant moderne (avec Rousseau bien sûr), et à la littérature du 19e et sa ribambelle de figures d’enfants. La « clairière de l’enfance », vaste et lumineuse, est une conquête : devenu promesse d’avenir, le territoire de l’enfance s’est agrandi et les enfants sont partout présents dans la vie moderne. « Soudain, que d’enfants ! » (p. 152). Un nouvel enfant est né, encadré socialement et idéologiquement, éduqué, formé, scolarisé. Dans un monde démocratique, l’enfant est devenu sujet, son infériorité est désormais égalité, et l’enfance s’expose comme un repère, un mètre étalon de toute mesure.

« C’est la première fois que l’enfance se met à compter à ce point dans la société occidentale. Elle est un âge absolu, un état à part entière » (p. 155).

La littérature, quant à elle, évoque ou retrace plusieurs profils d’enfants, différents selon les sensibilités nationales : romantisme, nostalgie et énigme d’un enfant étrange, inquiétant voire angoissant (en Allemagne avec Hoffmann) ; réalisme et messianisme d’un enfant emblème, promesse d’un monde nouveau et meilleur (en France avec Victor Hugo) ; non-sens et illogisme d’un enfant paradoxe, changeant, inintelligible (en Angleterre avec Lewis Caroll) – « les enfants sont à l’aise comme des poissons dans les eaux mêlées du paradoxe ! » (p. 190). Grâce à la littérature, l’enfance qui est aussi l’Enfantin, prend place dans nos consciences modernes, « Alice est le joli prénom du grand Enfantin radical que la modernité a su retrouver » (p. 196). Au début du 20e, les enfants de la littérature sont plutôt des héros solitaires, sans familles, qui fuient humiliations, injustices et violences. L’enfance suit d’autres chemins comme si l’Enfantin lui-même cherchait à s’échapper…

Car l’embellie, la clarté dans l’enfance obscure, ne peut ni véritablement éclairer la forêt ni empêcher la nuit et la peur du noir. Les enfants battent, se battent, sont battus. Les enfants sont haïs et maltraités : méchancetés, déformations, animalisations, violences, massacres... « La haine des enfants traverse les siècles » (p. 234). Pourtant, si les enfants sont détestés et violentés, ils sont, eux aussi, cyniques, cruels, sadiques, meurtriers. « Les enfants sont eux-mêmes capables d’une haine et d’une cruauté très particulière » (p. 238) même si leur férocité n’est souvent qu’un effet de leur domination, une réponse ou un écho à d’autres violences. Au-delà de ces brutalités et détestations réciproques, des enfants qui haïssent et des enfants que l’on hait, l’Infantile et la haine des enfants sont aussi le signe d’en empêchement de penser.

L’Enfantin empêche de penser

Parce que l’enfance est d’abord matérialité, sécrétions, humeurs et cris inarticulés, elle empêche de penser.

« L’enfance, c’est de la vie, et encore de la vie, brute et brutale ; de la vie qui se soustrait à la culture » (p. 230).
« L’enfance est non seulement ce qui déforme le corps, ce qui crée du désordre, ce qui rappelle à la quotidienneté de l’alimentation, ce qui exige d’envisager un avenir, mais aussi, en tant qu’impureté et confusion, l’opposé de la vie de l’esprit. L’enfance est non seulement absence de pensée ou "pensée fausse" mais ce qui empêche de penser » (p. 255).

D’ailleurs, pour pouvoir poursuivre ses activités, le philosophe, le penseur ne doivent pas procréer : « l’activité intellectuelle, et plus spécifiquement philosophique, exige la stérilité » (p. 255). Cette autre forme de haine des enfants signe encore la puissance de l’Enfantin qui trouble, dérange et, finalement, révèle notre sourde lumière commune.

« Pourquoi tant de haine ? Depuis toujours, l’enfance est l’occasion d’un trouble. Par son silence, par son retrait ou son ignorance des langages adultes et des codes sociaux, l’enfant est d’abord une énigme. Énigme d’autant plus dérangeante que discrète et, au fond, "hors d’atteinte". […] L’enfance est la puissance d’une fragilité qui a pu effrayer, gêner, dégoûter, et provoquer des phobies spécifiques ? […] L’amour des enfants implique alors un examen lucide de la détestation des enfants, tant ce qui peut effrayer, dégoûter chez les petits s’avère profondément révélateur de notre humanité » (p. 259-251).

Et l’empêchement de penser lui-même renoue avec la puissance de création de l’Enfantin, car il appelle la nécessité des « grandes personnes ».

L’Enfantin et les grandes personnes

Être adulte est sans doute une perte, « alourdissement imperceptible des gestes. Un certain regard sur les choses s’est brisé. Une façon d’être au monde, légère et compliquée s’est perdue au profit de l’exigence de se comporter en adulte » (p. 262). C’est aussi une fonction, il s’agit de « préserver le passé, protéger le présent et assurer un avenir » (p. 263) et encore un statut politique et juridique. L’adulte doit connaître les limites, les marquer, les confirmer voire les défendre. « Mais l’adulte est aussi celui qui doit se montrer capable d’aller au delà des limites. » (p. 265). S’il est garant du passé il peut aussi « s’installer dans la position de l’inventeur, de l’initiateur, être celui par qui la nouveauté ou le scandale arrivent » (p. 266).

« […] l’adulte n’est plus le "sage" mais l’artiste, le créateur, l’inventeur. Non plus celui qui échappe aux enfantillages et à l’infantile, mais celui qui peut en lui-même réanimer l’Enfantin, c’est-à-dire l’ouverture originelle aux possibles. Peintre, savant, poète, on ne reconnaîtra que bien plus tard qu’il était vraiment "grand" » ! (p. 267).

Être adulte c’est aussi un sursaut, une initiative dont il faut avoir le courage (courage de Kant et des Lumières), courage qui ne relève pas d’une éducation. Courage d’être adulte comme une réponse à un « "appel" venu de l’enfance […] parce que les enfants ont besoin de cela pour grandir, pour ne pas tourner en rond dans l’angoisse ou la panique de quelque chose de trop grand pour eux » (p. 274). S’agissant de la philosophie, Péju raconte son enfance en philosophie puis l’enfance de la pensée avec les mythes et les héros « d’où émane cette grande énergie de l’enfance » (p. 293). Héros qui ne sont qu’action, pour qui « le monde est une vaste et énigmatique immanence dans laquelle ils se dépensent sans compter, sans forcément comprendre » (p. 295).

« Le héros homérique est cet enfant grandiose, cet énergumène qui, parce qu’il est bourré d’énergie et "possédé" par le divin, contribue à faire que des problèmes humains fondamentaux se formulent, se posent et appellent des médiations et raisonnements futurs. Tout ce dispositif, épique ou enfantin, est la matrice d’une pensée première » (p. 296).

Car si bientôt la philosophie grandit, devient adulte, l’enfance est encore et toujours présente. Bien sûr les « grandes personnes philosophiques » se méfient de l’enfant « monstre » et « fabulateur ». Tous cherchent à le capter, le réguler, l’éduquer… Pourtant, chez ces mêmes « grandes personnes » l’Enfantin (re)surgit toujours, « noyaux d’enfance » qui chassés ou tolérés rendent possible la pensée elle-même. Même après Descartes et le rejet de l’enfance pour une refondation radicale, l’Enfantin est là tapi.

« La patience de l’enfant, dans les plis et replis de philosophie est admirable. Durant les longues périodes de son oubli ou de son mépris, l’enfant a attendu » (p. 311).

Mais l’Enfantin doit être transformé pour que l’adulte advienne pleinement, pense et crée. Chameau, lion puis enfant affirme Nietzsche repris par Péju qui poursuit « si l’enfant vient en dernier, c’est qu’il faut d’abord avoir porté les valeurs et le sens des devoirs pour s’en défaire ; il faut avoir su pour "ne plus savoir". L’enfance apparaît comme la plus difficile des conquêtes, parce que la plus subtile, la plus légère ou imprévisible » (p. 315). Philosophes, peintres, écrivains, artistes doivent donc « devenir enfant ».

Perte d’enfance et patience de l’Enfantin

Si l’Enfantin est aussi création ce n’est pas parce qu’il singe l’enfance mais parce qu’il est toujours inattendu, inimaginable. Nouveau. Et les adultes lui sont nécessaires, dans la vie comme dans la création. Les grandes personnes sont essentielles en philosophie, peinture ou littérature.

« Efforts, apprentissages, acquisitions, mutations et ruptures seront nécessaires pour qu’on puisse parler de création » (p. 327).
« […] Coïncidence archaïque ou énigmatique du vieillard et de l’enfant […] le grand peintre est un gamin à demi enfoui dans le sable qui creuse et dessine, mais il connaît et possède toute l’histoire de la peinture […] il est le gosse qui "fait des pâtés" et le sage qui rit dans sa barbe » (p. 333).

Et même chez Sartre, le « philosophe autobiographe » qui déteste l’enfance et les enfants, Sartre trop savant, trop habile pour laisser remonter un peu d’Enfantin, des « blocs d’enfance » peuvent apparaître.

« C’était un jour de sottises. Il croupissait dans la chaleur provinciale qui sentait la mouche, et justement, il venait d’attraper une mouche et de lui arracher les ailes » (p. 351).

Comme le « noyau d’enfance » (Bachelard), le « bloc d’enfance » n’est pas le souvenir, écrit Deleuze « il est la seule vraie vie de l’enfant ; il est déterritorialisant ; il se déplace dans le temps, avec le temps, pour réactiver le désir et en faire proliférer les connexions ; il est intensif, et même dans les plus basses intensités en relance une haute » (p. 351). Ainsi, même si l’enfance se perd, se détache, se défait, l’Enfantin patiente toujours. Tant que la mort, l’inexistence d’après la vie n’a pas renoué avec l’inexistence d’avant la vie, il reste des plis de l’enfance à déplier. « L’enfant naît avec vingt-deux plis. Il s’agit de les déplier » écrit Michaux cité en exergue du livre Péju. « Rarement un homme meurt sans avoir encore quelques plis à défaire » et même si pour Péju « la nuit est là. Mes enfants sont partis. L’enfance enfouie » (p. 366), l’Enfantin aussi est toujours là, présent, tapi dans quelques plis, enfoui mais pas disparu, prêt pour l’inattendu.

 

Note

1 Pierre Péju, Enfance obscure, Paris, Gallimard, collection Haute enfance, 2011.

 

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